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Endosser son béret est souvent l’un des moments les plus fiers dans la carrière militaire. Chaque béret possède une histoire riche, généralement unique à l’unité et aux personnels qui le portent. Ainsi, après un processus de sélection rigoureux, le port de ce couvre-chef distinctif marque le début d’une carrière prometteuse et pleine de sens.

Longtemps, les soldats ont porté différentes couleurs sans qu’aucune ne soit officiellement autorisée, excepté la casquette de patrouille classique. Aujourd’hui, la diversité des bérets autorisés dans les forces armées américaines est telle que, rassemblés, ils formeraient presque un arc-en-ciel guerrier. Les attributions peuvent paraître complexes, d’autant plus que certaines couleurs sont partagées entre plusieurs unités.

L’intérêt commence par un filtrage simple : seuls l’Armée de Terre (U.S. Army) et l’Armée de l’Air (U.S. Air Force) délivrent des bérets officiellement. La Garde côtière, la Marine et le Corps des Marines n’en ont pas d’autorisés pour leurs personnels. Ces deux branches concentrent donc la quasi-totalité des traditions du béret aux États-Unis.

Le béret noir de l’Armée de Terre américaine

Similaire au béret vert, le béret noir a été longtemps porté sans autorisation officielle. Dans les années 1960, les forces blindées et de cavalerie de l’armée ont commencé à l’adopter, mais son usage reconnu n’est intervenu qu’avec les Rangers.

Le 16 mars 2001, le général Eric Shinseki et le secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz annoncèrent l’adoption officielle du béret noir pour toute l’U.S. Army. Cette décision provoqua un tollé chez les membres du 75e Régiment des Rangers, qui se sentirent dépossédés d’un symbole forgé par un long élèvement sélectif. Malgré la controverse, la décision fut maintenue et le béret noir devint alors un emblème général des soldats américains, au moins temporairement.

En 2011, la casquette de patrouille a remplacé le béret noir comme couvre-chef standard pour l’uniforme de combat. Cependant, le béret noir reste obligatoire avec l’Uniforme de Service de l’Armée (ASU), qui lui-même est en cours de remplacement graduel par l’Army Green Service Uniform, plus formel ou cérémoniel.

Le béret « tan » des Rangers de l’Armée de Terre

Les parachutistes d’élite du 75e Régiment des Rangers portent le béret tan, aussi appelé kaki, ainsi que les cadres qualifiés Ranger affectés à la Brigade de formation aéroportée et Ranger. Ce béret distinctif est devenu un symbole incontournable du style de vie Ranger.

Initialement, les Rangers portaient le béret noir à partir du 30 janvier 1975, date de la recréation des bataillons modernes après la guerre du Vietnam. Mais lorsque le béret noir fut adopté pour toute l’armée, les Rangers choisirent une autre couleur, le tan, pour préserver leur identité.

Cette teinte tire son origine d’une des six équipes de combat de la 5307e Unité composite (provisoire), mieux connue sous le nom de Merrill’s Marauders, régiment dont descend directement le 75e Régiment des Rangers d’aujourd’hui.

Le béret vert des Forces spéciales de l’Armée de Terre

Les Forces spéciales américaines portent le béret vert depuis 1953. C’est le major Herbert Brucker qui l’adopta comme emblème, rapidement suivi par le premier lieutenant Roger Pezelle au sein de son équipe A. Ce port ne fut cependant officialisé par l’armée qu’en 1961.

Le président John F. Kennedy fut le premier à autoriser officiellement le port du béret vert pour les Forces spéciales, le qualifiant de « symbole d’excellence, insigne de courage et marque de distinction dans la lutte pour la liberté ».

Ce béret est toujours porté aujourd’hui par les soldats ayant terminé le cursus de qualification des Forces spéciales et arborant l’onglet « Special Forces ».

Le béret bordeaux des unités aéroportées de l’Armée de Terre

Les parachutistes américains ont porté le béret bordeaux pour la première fois en 1973, bien que son port n’ait été officiellement autorisé qu’en 1980. Ce couvre-chef est désormais approuvé dans plusieurs unités d’élite aéroportées nationales et internationales.

Seuls les soldats affectés à des unités aéroportées peuvent porter ce béret. Pour cela, il faut réussir le Basic Airborne Course à Fort Moore. Le béret bordeaux est notamment porté au sein de la 82e Division aéroportée, de la 173e Brigade aéroportée, entre autres unités.

Le béret marron de la Security Force Assistance Brigade (SFAB)

En 2018, lors de la création des SFAB, un béret vert olive avait d’abord été choisi comme couvre-chef officiel. La communauté des Forces spéciales, mécontente, souleva une vive protestation, ce qui provoqua le choix final du béret marron.

La mission des SFAB est d’entraîner et conseiller les armées conventionnelles partenaires. Le marron symbolise la terre ou la boue, évoquant les « bottes boueuses », surnom désignant les leaders toujours sur le terrain aux côtés des troupes.

Le béret bleu marine des Security Forces de l’Armée de l’Air

Les Security Forces de l’US Air Force portent le béret bleu marine depuis 1976. Leur héritage remonte au 1041e Escadron de Police de Sécurité pendant l’« Opération Safeside » (1965–1967). Depuis, ces unités ont connu plusieurs activations et désactivations. Aujourd’hui, les personnels de la 820e Security Forces Group l’arborent.

Ce béret symbolise « réussite et reconnaissance » et s’aligne avec leur devise « Defensor Fortis » – défenseurs de la force. Son adoption déclencha cependant une controverse parmi les contrôleurs de combat, déjà utilisateurs du béret.

Le béret marron foncé des Combat Aviation Advisors de l’Armée de l’Air

Les Combat Aviation Advisors (CAA), relevant du 6e Escadron des Opérations Spéciales, portent exclusivement le béret marron foncé. Ils forment les unités aéronautiques alliées aux opérations de combat aérien.

Ce béret fut officiellement autorisé lors d’une cérémonie de remise des diplômes CAA le 6 janvier 2018.

Lors de cette cérémonie, le général Brad Webb (retraité), ancien commandant du Commandement des Opérations Spéciales aériennes, a déclaré : « Quand je vois un béret marron, je m’attends à voir un expert culturel, parfaitement conscient des coutumes et modes de vie du pays hôte. Je m’attends à un expert de la guerre conjointe capable de fusionner notre manière de combattre avec celle de nos partenaires. »

Cette couleur symbolise selon l’AFSOC un sol fertile, la ténacité, le travail acharné et l’engagement à transformer les forces alliées, rappelant aux aviateurs « de voir du potentiel là où d’autres ne voient que la stérilité ».

Le béret gris des Techniciens météo des opérations spéciales de l’Armée de l’Air

Les équipiers de reconnaissance spéciale portent un béret gris étain, premièrement autorisé en 1986. Leur histoire remonte à la Seconde Guerre mondiale avec plusieurs phases d’activation et de désactivation. Depuis le 30 avril 2019, les équipes de météo des opérations spéciales ont évolué en équipes de reconnaissance spéciale.

Ces météorologues de combat sont parmi les plus qualifiés. Ils évaluent avec précision les conditions météorologiques en zones hostiles ou interdites—une mission cruciale puisqu’une opération peut être compromise par un typhon ou des conditions extrêmes.

Le béret rouge écarlate des Combat Controllers de l’Armée de l’Air

Les véritables maîtres du champ de bataille, les Combat Controllers d’AFSOC arborent le béret rouge écarlate, reconnu officiellement sous ce nom. Initialement porteurs d’un béret bleu, ils l’adoptèrent en 1978 et le conservent depuis.

Les Combat Controllers sont les observateurs avancés les mieux formés de l’Armée américaine, capables de guider des frappes aériennes, allant du tir très rapproché à la frappe nucléaire. Ils détiennent la qualification de Joint Terminal Attack Controller (JTAC), la plus haute pour le soutien aérien rapproché aux États-Unis.

Le béret bordeaux des Pararescuemen de l’Armée de l’Air

Les Pararescuemen (PJ), forces de sauvetage d’élite d’AFSOC, portent le béret bordeaux, parfois appelé rouge par leurs membres. Cette couleur symbolise le sang versé par leurs frères d’armes et leur dévouement à secourir les personnes en danger, fidèle à leur devise « That others may live » (pour que d’autres vivent).

Le béret fut autorisé par l’Air Force dès 1966 et demeure la tenue standard. Ces sauveteurs sont parmi les meilleurs secouristes du militaire américain, experts en opérations de sauvetage conventionnelles et non conventionnelles.

Le béret vert grisâtre des spécialistes SERE

Parfois décrit comme vert étain ou sauge, le béret des spécialistes Survival, Evasion, Resistance, Escape (SERE) est porté par les meilleurs experts de la survie de l’Armée de l’Air. Leur histoire remonte aussi à la Seconde Guerre mondiale avec plusieurs cycles d’activation et d’évolution.

Le port du béret fut autorisé en 2004. Il illustre le travail ardu et le dévouement de ces aviateurs qui non seulement s’entrainent à empêcher l’adversaire d’extraire des informations, mais aussi à survivre et s’échapper de situations extrêmes.

Le béret noir de la Tactical Air Control Party (TACP)

Les TACPs de l’Air Force s’intègrent aux unités de l’Armée et des Marines en première ligne, permettant des frappes aériennes instantanées. Leur béret noir symbolise leurs compétences d’experts dans la gestion en temps réel du champ de bataille.

Autorisé dès 1979, bien que l’insigne n’ait été validé qu’en 1985, leur unité possède un héritage plus ancien remontant à la guerre de Corée. Cette unité bénéficie dans le folklore militaire du surnom non officiel de « l’infanterie de l’Air Force ».