Dans la région de Louhansk, au cœur de la zone boisée de Kremin, les forces de défense ukrainiennes ont réussi à neutraliser un équipement d’ingénierie russe grâce à un tir d’artillerie précis. Cette opération, révélée par la brigade spéciale « Azov » de la Garde nationale, illustre l’efficacité du ciblage des infrastructures ennemies.
Les éclaireurs de la brigade Azov ont joué un rôle essentiel en ajustant le tir de l’artillerie avec une précision remarquable. Le battalion a ainsi considérablement entravé le fonctionnement d’une machine russe BAT-2, un appareil de construction de routes conçu dans la région de Kharkiv à l’époque soviétique.
La machine BAT-2 est cruciale pour la mécanisation des travaux d’ingénierie liés à la préparation et à l’entretien des voies militaires et des itinéraires de convoi. Par ailleurs, un manipulateur-grue russe KMV-20K, monté sur un camion KAMAZ 63501, a été également touché lors de ces frappes efficaces.
Un manipulateur pour l’installation de dents de dragon
Le manipulateur ciblé revêt une importance particulière car il est utilisé pour positionner des « dents de dragon », des obstacles anti-chars destinés à ralentir la progression des véhicules blindés ennemis. Un ponton utilisé pour faciliter le franchissement d’obstacles fluviaux par les troupes a aussi été endommagé durant l’attaque d’artillerie.
« La brigade rapporte que nos opérateurs ont réussi à neutraliser la machine BAT-2, le ponton et le manipulateur employé pour déployer les dents de dragon avec des tirs calculés et efficaces », indique un communiqué. Cette action intervient après la tentative des forces russes d’établir des positions anti-chars dans la forêt de Kremin, près du village de Shipilovka, dans la région de Louhansk.
Actuellement sous occupation russe, les environs de Kreminna abritent un nombre important de soldats russes. Cependant, leur progression vers la ligne Kupiansk-Svatove-Kreminna s’est nettement ralentie, et la ville de Kreminna est en train de devenir une zone fortifiée.
Par ailleurs, l’armée ukrainienne a récemment repoussée une attaque majeure des forces russes visant Ivanivka, dans la région de Kharkiv, infligeant de lourdes pertes à l’ennemi.
Le concept des dents de dragon
Les dents de dragon sont apparues pour la première fois durant la Seconde Guerre mondiale en tant que redoutables barrières anti-chars. Composées de béton armé et formant des pyramides carrées, elles ont pour but d’entraver la progression des blindés et de l’infanterie mécanisée. En ralentissant et en dirigeant ces engins de guerre vers des zones de tir prédéfinies, elles facilitent la neutralisation efficace par les armes anti-chars.
Ces obstacles ont été largement utilisés par plusieurs armées sur le théâtre européen, avec une importance particulière dans la stratégie défensive allemande. La ligne Siegfried et le Mur de l’Atlantique représentent des exemples emblématiques de déploiement massif de ces structures, dont la hauteur variait généralement entre 90 et 120 centimètres.
Les dents de dragon étaient souvent accompagnées d’autres moyens défensifs : des champs de mines disposés entre les pyramides, des fils barbelés destinés à ralentir l’infanterie, ainsi que des poutres en acier positionnées pour bloquer les chars.
Le Royaume-Uni a aussi implanté un grand nombre de dents de dragon lors de la préparation d’une éventuelle invasion allemande entre 1940 et 1941. Leur robustesse, ainsi que la quantité déployée, expliquent pourquoi de nombreux exemplaires sont encore visibles aujourd’hui, notamment sur les vestiges de la ligne Siegfried.
Les dents de dragon russes
En octobre 2022, dans la région de Belgorod, une stratégie défensive rigoureuse a été mise en place sous la supervision du groupe Wagner. La frontière russo-ukrainienne est devenue une seconde ligne de défense marquée par des formations de dents de dragon, destinées à contrer toute incursion des forces ukrainiennes sur le territoire russe.
Un témoignage de la vigilance constante du groupe Wagner réside dans l’extension de la « ligne Wagner », une ligne de fortifications située dans la zone occupée d’Hirske en oblast de Louhansk. Selon leurs plans, cette ligne défensive devait s’étendre à travers les territoires ukrainiens contrôlés par la Russie, de la partie orientale de Kreminna jusqu’au sud de Svitlodarsk.
En novembre 2022, des journalistes ukrainiens ont noté une transformation notable du paysage autour de Melitopol, où des lignes de dents de dragon encadraient la région, sous commandement russe apparent.
Ces fortifications ne sont pas les seuls éléments du dispositif défensif en Kherson. Elles s’inscrivent dans un système échelonné comprenant également des champs de mines, des fossés anti-chars, des abris et des tranchées.
La fabrication de ces dents de dragon est attribuée à des entreprises biélorusses fournissant les forces russes. Parallèlement, les régions de Marioupol, Nikolske et Staryi Krym arborent également ces installations menaçantes.
Le Challenger 2 face aux dents de dragon
Une vidéo diffusée sur Internet en mai dernier a révélé qu’une catégorie spécifique de chars est capable de démanteler ces redoutables obstacles. Il s’agit du char britannique Challenger 2, qui dispose d’un accessoire particulier : une pelle fixée à l’avant du châssis.
Pesant environ 75 tonnes, ce véhicule militaire est animé par un moteur diesel Perkins CV12-6A V12 développant 1 200 chevaux. Son dispositif frontal ne se contente pas de désagréger les pyramides en béton des dents de dragon ; il parvient aussi à creuser le sol en dessous avec une aisance impressionnante.
La rapidité et l’efficacité avec lesquelles le Challenger 2 élimine ces obstacles sont remarquables, donnant l’impression que ces pyramides massives sont moins gênantes qu’une simple branche sur la route.
Cependant, cette démonstration concerne un scénario où les dents de dragon sont posées directement sur le sol. Il reste incertain de savoir comment le char réagirait si ces obstacles étaient profondément enfouis dans le terrain.