Un drone kamikaze russe Lancet a frappé un avion de chasse subsonique ukrainien Su-25 sur le terrain d’aviation de Dolgintsevo, dans la région de Dnipropetrovsk. L’attaque aurait eu lieu à environ 60 km derrière la ligne de front, confirmant ainsi la portée opérationnelle accrue de ce drone de combat.
Le drone Lancet a attaqué le Su-25 par la droite, touchant la partie du fuselage située juste derrière le cockpit et à proximité de l’aile droite. L’impact a déclenché un incendie localisé sur cette zone. Bien que l’avion était armé de missiles, il était stationné sur le terrain d’aviation au moment de l’attaque. Des débris ont été projetés quelques mètres derrière l’appareil, indiquant un impact précis sur la jonction entre l’aile et le fuselage.
Les images montrent rapidement la propagation du feu, tandis qu’un camion de pompiers tente d’éteindre l’incendie à distance. Dans cet état, le Su-25 ne pourra pas reprendre le vol sans réparations importantes, lesquelles ne garantissent pas nécessairement un retour à la pleine capacité opérationnelle de l’avion.
Portée opérationnelle
La frappe à 60 km derrière les lignes de front confirme la portée minimum du drone Lancet, qui selon les données officielles du fabricant russe ZALA, s’étend de 60 km à un maximum de 110 km. Ce système de munition téléguidée en vol stationnaire (loitering munition) est considéré comme le drone russe le plus efficace dans le conflit ukrainien.
Le Lancet a déjà confirmé son efficacité contre une large gamme de cibles : canons automoteurs, chars (russe comme occidentaux), véhicules blindés de transport de troupes et véhicules d’infanterie. Son aptitude à neutraliser des systèmes d’armes divers en fait un atout clé pour les forces russes.
Il est notable que la même base aérienne de Dolgintsevo avait déjà été ciblée avec succès par un drone Lancet, qui avait endommagé un MiG-29 ukrainien, soulignant des failles dans la protection de l’aviation ukrainienne sur ce secteur.
Nouvelle conception du drone
En juillet 2023, la télévision russe a diffusé un reportage détaillé sur la nouvelle version du drone Lancet ainsi que sur son site de production. La Russie convertit des espaces commerciaux désaffectés, comme des centres commerciaux abandonnés par des entreprises occidentales, en usines modernes de fabrication de ces systèmes d’armes avancés.
Alexander Zakharov, concepteur principal du drone, a qualifié la nouvelle version de Lancet d’« exceptionnellement distinctive et strictement confidentielle ». Il a évoqué l’utilisation tactique de multiples lanceurs permettant des « frappes simultanées sur plusieurs cibles », pointant également une évolution majeure du système de lancement qui abandonnera bientôt le catapultage traditionnel au profit d’un dispositif plus autonome.
Ce drone est désormais muni d’une structure unique à aile circulaire inclinée à 45 degrés, différente des ailes en forme de croix des versions précédentes. Fonctionnant en essaim, les drones partagent instantanément les données de détection d’une cible, facilitant une attaque coordonnée à grande échelle. Selon Zakharov, « intercepter ces drones est quasiment impossible », et leur efficacité dépasse celle de la précédente génération Lancet-2.
Contrairement à certaines analyses, Zakharov a précisé que le drone ne fonctionne pas à l’intelligence artificielle, mais repose sur des algorithmes mathématiques traitant les données en quelques fractions de seconde.
Contexte de l’invasion russe en Ukraine
Le 21 février 2022, la Russie a affirmé qu’une installation frontalière sous la guardia du Service fédéral de sécurité (FSB) avait été détruite suite à des tirs prétendument ukrainiens, provoquant la mort de cinq soldats ukrainiens. Kiev a nié toute implication, qualifiant ces actions de « faux drapeaux ».
Le même jour, la Russie a reconnu officiellement les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk, ainsi que les oblasts environnants, avant d’y déployer ses forces militaires. L’invasion militaire a été lancée le 24 février 2022, avec des frappes aériennes ciblées sur les bases militaires ukrainiennes et une offensive terrestre depuis la Biélorussie.
Malgré le caractère évident du conflit armé, le gouvernement russe continue à qualifier cette invasion de « opération militaire spéciale » plutôt que de guerre.