En 2024, l’Indian Air Force prévoit la réception des deux derniers systèmes de défense aérienne longue portée S-400, achevant ainsi la commande de cinq régiments. Cette information a été confirmée par le maréchal de l’air Vivek Ram Chaudhari, chef de l’Armée de l’air indienne.
Le 5 octobre, le maréchal a apporté une mise à jour sur cette commande importante. Il a déclaré : « Nous avions initialement contracté pour cinq systèmes, dont trois ont déjà été livrés. Malheureusement, le conflit en cours entre la Russie et l’Ukraine a engendré des difficultés dans les livraisons. Malgré ces obstacles, nous restons confiants quant à l’obtention des systèmes restants dans l’année à venir. »
Par ailleurs, sous le projet Kusha, l’Inde avance dans le développement de sa propre défense aérienne longue portée, une initiative stratégique visant à réduire la dépendance du pays aux fournisseurs étrangers pour équiper ses forces armées.
Suite à une commande passée par le ministère indien de la Défense en octobre 2018, la Russie a accéléré les livraisons des S-400. Ce contrat, d’une valeur de 5,43 milliards de dollars, a stimulé la réactivité russe face aux demandes successives de New Delhi.
Après des investissements importants dans les années 2010, l’industrie de défense russe a significativement renforcé ses capacités de production, notamment pour le système S-400. Ces investissements ont permis d’étendre considérablement la production nationale en fin de décennie, répondant ainsi à un double objectif :
- l’expansion rapide de l’arsenal domestique,
- la satisfaction des commandes à l’export, notamment vers la Biélorussie et l’Inde.
Malgré la menace de sanctions américaines, l’Inde a maintenu fermement sa politique d’acquisition d’armements russes de haute qualité, rejetant catégoriquement les pressions économiques de Washington qu’elle considère illégales et injustifiées, particulièrement à l’égard de ses commandes prévues de systèmes de défense.
En Russie, la construction de nouvelles unités de production et la modernisation des usines existantes ont permis une augmentation notable des capacités, offrant la possibilité de produire plusieurs régiments de S-400 par an. Ce développement accompagne l’évolution parallèle des systèmes S-300V4 et S-500, considérés comme des évolutions technologiques majeures en matière de défense aérienne.
Parmi les installations clés modernisées figurent la nouvelle branche de l’usine Obukhov à Saint-Pétersbourg, l’usine Avitek à Kirov entièrement rénovée, ainsi que l’usine NMP à Nijni Novgorod.
En janvier 2023, le président russe Vladimir Poutine a souligné lors d’une visite à l’usine Obukhovsky la capacité exceptionnelle de production de missiles sol-air, surpassant les volumes cumulés des installations similaires à l’échelle mondiale. Bien que les données sur la production chinoise et nord-coréenne restent incertaines, cette capacité confère à la Russie un avantage considérable dans le domaine des systèmes de défense aérienne avancés.
En Inde, le premier système S-400 reçu a été déployé en décembre 2021 près de la frontière occidentale avec le Pakistan, renforçant significativement la posture défensive. L’année suivante, un deuxième régiment a été installé à proximité de la frontière nord avec la Chine, témoignant d’une progression stratégique dans la couverture des menaces potentielles.
Depuis janvier 2023, la livraison du troisième lot de S-400 a amorcé une transformation notable des capacités sol-air indiennes, une étape majeure dans le renforcement de la défense nationale.
Le système S-400, réputé pour ses performances avancées, est capable d’intercepter des avions furtifs, catégorie dans laquelle la Chine déploie massivement ses appareils. Il peut simultanément engager missiles balistiques et de croisière, bombardiers et chasseurs, tout en assurant une large capacité de détection, avec une portée maximale d’environ 600 km.
Parmi ses caractéristiques remarquables, le S-400 offre une grande mobilité et une résistance accrue grâce aux contre-mesures électroniques sophistiquées. Il est également capable d’intercepter des armes hypersoniques atteignant Mach 8, renforçant ainsi sa polyvalence et son efficacité stratégique.
Le système dispose d’une gamme étendue de missiles adaptés à différents types de cibles et de distances, lui permettant d’assumer une défense multi-couches à partir d’une seule plateforme.
Avant le conflit ukrainien débuté en 2022, l’Inde était probablement le plus important acheteur d’armement russe. Cependant, la guerre a engendré une suspension des livraisons militaires russes vers l’Inde, principalement liée à la difficulté de trouver un mode de paiement compatible avec les sanctions américaines, selon des sources officielles indiennes.
Les paiements indiens s’élevant à plus de 2 milliards de dollars sont bloqués depuis près d’un an. De plus, la Russie, principal fournisseur d’armes de l’Inde face aux menaces venues du Pakistan et de la Chine, a interrompu la fourniture de crédits pour une chaîne d’approvisionnement de pièces détachées estimée à environ 10 milliards de dollars.
Le paiement en dollars est impossible en raison des sanctions, tandis que la Russie se montre réticente à accepter des roupies à cause des fluctuations du taux de change. De son côté, New Delhi refuse d’utiliser le rouble, invoquant des préoccupations liées à une juste valorisation de la monnaie.
Pour éviter une crise liée à la roupie, le gouvernement indien a proposé une solution originale, suggérant que les recettes issues des ventes d’armes soient réinvesties dans le marché financier indien. Cette proposition ne semble toutefois pas rencontrer une grande faveur auprès des autorités russes.
Récemment, des observateurs régionaux ont rapporté le 4 octobre la présence de deux lanceurs 51P6A, éléments essentiels du système S-400, en Russie. Ce cliché, diffusé sur les réseaux sociaux par un civil russe, laisse penser que ces systèmes sont entrés dans la phase finale de leur fabrication avant les contrôles et tests habituels, prélude à leur expédition vers l’Inde.
Malgré le contexte difficile d’un conflit actif en Ukraine et les sanctions occidentales, la Russie semble donc poursuivre ses engagements pour livrer à l’Indian Air Force les équipements stratégiques prévus, confirmant ainsi la robustesse de ses capacités industrielles et la résilience de sa coopération militaire internationale.