La Corée du Sud et la Pologne prévoient de développer un nouvel obusier automoteur de nouvelle génération, fruit de l’expérience acquise avec l’obusier polonais KRAB de 155 mm engagé dans le conflit ukrainien.
Deux industriels majeurs, la société sud-coréenne Hanwha Aerospace et la polonaise Huta Stalowa Wola (HSW), travaillent conjointement sur ce projet. HSW est déjà à l’origine de la conception et de la fabrication de l’obusier KRAB actuellement utilisé sur le terrain en Ukraine.
Ce nouvel obusier n’a pas encore de dénomination officielle, mais il est évoqué sous les noms de KRAB 2 ou KRAB 3. À noter qu’aucune mention n’a été faite du K9AL Thunder, qui reste un produit de Hanwha Aerospace et dont la conception est étroitement liée à celle du KRAB polonais.
Le projet vise plusieurs améliorations clés. Il s’agira notamment d’accroître la portée opérationnelle tout en renforçant la protection contre les obus perdus et les tirs de contre-batterie. L’expérience accumulée sur les champs de bataille ukrainiens est jugée précieuse par Hanwha Aerospace pour ce développement.
Pour rappel, la portée de tir opérationnelle du KRAB est d’environ 40 kilomètres, soit la même que celle de l’obusier sud-coréen K9 Thunder, également destiné à fournir un appui-feu d’artillerie longue portée. L’augmentation de cette portée constitue donc un défi majeur pour ce nouveau programme polono-coréen.
Différents axes sont envisagés pour cet allongement de la portée, tels que :
- l’amélioration du système de propulsion de l’obusier, avec des moteurs et transmissions plus performants pour accroître la mobilité et l’efficacité du véhicule ;
- l’utilisation de munitions à portée accrue, qui ont fait l’objet de développements ces dernières années, associée à une meilleure précision grâce à des capteurs sophistiqués comme les radars et télémètres laser, permettant de détecter et engager des cibles à plus grande distance ;
- une conception modulaire favorisant l’intégration de réservoirs supplémentaires ou d’autres équipements permettant d’étendre l’autonomie sans compromettre les capacités offensives.
Concernant la protection contre les munitions errantes, deux stratégies principales pourraient guider la conception :
- La protection active : à l’instar des systèmes C-RAM (Counter Rocket, Artillery, and Mortar), qui détectent et interceptent par radar les projectiles ennemis avant qu’ils n’atteignent la cible, utilisant des missiles ou des armes à énergie dirigée ;
- La protection passive : renforcement du blindage physique du véhicule pour résister aux impacts et à la fragmentation, complété éventuellement par un système de protection active (APS) capable de neutraliser les menaces détectées en approche.
La coopération militaire entre la Corée du Sud et la Pologne existait déjà avant le début du conflit en Ukraine, mais cette guerre a accéléré et renforcé les échanges industriels. L’acquisition par la Pologne de chars, d’obusiers automoteurs et d’avions de combat légers sud-coréens a ouvert largement les portes de l’industrie de défense coréenne vers le marché européen, notamment en Europe centrale.
L’obusier KRAB de 155 mm demeure l’exemple emblématique de cette collaboration, son châssis étant dérivé de celui de l’obusier K9 Thunder développé par Hanwha Aerospace.
En 2023, la Pologne a commandé 1 000 chars K2 Black Panther, dont les dix premiers exemplaires ont déjà été livrés. Parallèlement, Varsovie manifeste un intérêt croissant pour le chasseur sud-coréen KF-21 Boramae, nouvelle star de la production aéronautique de Séoul.
Il est par ailleurs plausible que la Pologne intègre davantage les chaînes de production d’équipements militaires, comme en témoigne la confiance des États-Unis qui ont externalisé une partie de la fabrication des fuselages de F-16 vers ce pays.