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Jeudi, le président russe Vladimir Poutine a révélé que des fragments d’une grenade à main avaient été découverts dans les corps des victimes d’un crash aérien survenu le 23 août, impliquant l’avion de Yevgeny Prigojine, dirigeant du groupe mercenaire Wagner.

Selon Poutine, l’enquête en cours ne montre aucune preuve d’un « impact externe » sur le jet privé. Parmi les dix victimes figurent Prigojine lui-même ainsi que deux hauts responsables de Wagner. Le crash s’est produit sur la liaison entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Ces déclarations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Une première analyse des renseignements américains suggère que le crash résulte d’une explosion délibérée. Les autorités occidentales pointent régulièrement des assassinats ciblés contre les opposants à Vladimir Poutine, mais le Kremlin dément fermement toute implication, qualifiant ces accusations de « mensonge absolu ».

Aucune conclusion officielle n’a encore été rendue publique, et Moscou a refusé la proposition du Brésil, pays constructeur de l’avion d’affaires Embraer, de participer à l’enquête technique.

Les propos de Poutine laissent entendre une possible implication d’une grenade dans l’accident. La rébellion menée par Prigojine en juin avait constitué une menace majeure pour le pouvoir russe, et le crash survient exactement deux mois après cet épisode.

Les témoins de l’accident ont rapporté des images montrant de la fumée s’échappant de l’un des deux moteurs Rolls-Royce AE3007, ce qui pourrait indiquer une explosion. Cependant, la cause précise, qu’elle soit accidentelle ou criminelle, reste à établir.

Plusieurs spécialistes en aéronautique, analysant les photos officielles diffusées, ont relevé la présence présumée d’éclats d’obus sur la partie arrière du fuselage ainsi que sur l’aile de l’appareil.

Dans toute enquête d’accident aérien, la cause accidentelle doit rester la première hypothèse. Néanmoins, vu la présence à bord de personnalités telles que Prigojine et son adjoint Dimitri Utkin, l’éventualité d’une explosion interne provoquée intentionnellement ne peut être négligée.

Poutine a également indiqué qu’aucun test toxicologique n’avait été effectué sur les corps, mais lors des investigations consécutives à la rébellion, 5 kg de cocaïne avaient été saisis dans le bureau de Prigojine à Saint-Pétersbourg, une information susceptible de nuire à l’image du chef mercenaire.

Après la mort de Prigojine, Poutine a qualifié sa vie de « destin difficile » marquée par « de graves erreurs ». La fortune de Prigojine, âgé de 62 ans, provenait en grande partie de ses liens étroits avec le Kremlin, remontant aux années 1990, notamment grâce à des contrats de restauration très lucratifs. Il était surnommé le « chef de Poutine ».

Le groupe Wagner, fondé par Prigojine, a engagé des dizaines de milliers d’hommes dans des conflits en Ukraine, en Syrie, et dans plusieurs pays africains. Wagner a notamment joué un rôle clé dans la bataille pour la ville de Bakhmut, à l’est de l’Ukraine.

La rébellion de juin 2023 visait à renverser la direction du ministère russe de la Défense, accusée d’erreurs dans la conduite de la guerre en Ukraine. Après avoir pris le contrôle du quartier général militaire du sud à Rostov-sur-le-Don, les mercenaires ont avancé vers Moscou avant de suspendre leur offensive suite à des négociations offrant une amnistie. Les combattants ont alors eu le choix entre la retraite, l’exil en Biélorussie ou le renouvellement de leur contrat avec le ministère.

Poutine a rencontré un haut commandant de Wagner qui envisage de poursuivre les combats en Ukraine via des « unités de volontaires ». Cette démarche montre la volonté du Kremlin d’intégrer les mercenaires à sa stratégie militaire, malgré la disparition de Prigojine. Jeudi, Poutine a annoncé que plusieurs membres de Wagner avaient signé des contrats avec l’armée russe.