Le dernier missile nucléaire russe, le 9M730 Burevestnik, pourrait rester en vol pendant une semaine en mode veille. Cette information fait suite aux déclarations récentes du président Vladimir Poutine, qui a annoncé le succès d’un test de ce missile à l’occasion des réunions du Club international de discussion Valdaï.
Selon Poutine, la Russie est désormais proche de la production en série de cette arme stratégique qu’il avait évoquée il y a plusieurs années. Le missile disposerait d’une portée globale, affirmant ainsi sa capacité à atteindre des cibles partout dans le monde. Par ailleurs, un autre système nucléaire russe, le missile balistique intercontinental lourd RS-28 Sarmat, devrait également bientôt entrer en production massive.
Une surveillance américaine attentive
Les États-Unis étaient informés des plans russes concernant le test du Burevestnik, ce qui constitue une reconnaissance implicite que les essais ont bien eu lieu, même si Washington n’a pas confirmé leur réussite. Selon des sources américaines citées par le New York Times, la Russie aurait préparé un site d’essai dans l’Arctique, notamment près de l’archipel de la Nouvelle-Zemble, où une « zone de danger temporaire » a été déclarée dans la mer de Barents.
Les autorités militaires américaines ont intensément surveillé la zone, avec des appareils détectés en vol au-dessus du site, et des pilotes avertis d’éviter la zone de test. Ces révélations soulignent l’importance stratégique de ce nouveau missile dans le contexte géopolitique actuel.
Une période de discrétion et d’incertitudes
Malgré cette démonstration, le déroulement exact des essais reste largement inconnu. Seule certitude : les tentatives précédentes du Burevestnik avaient échoué, excepté peut-être cette dernière. Selon les renseignements américains, lors des tentatives antérieures, le missile ne parcourait pas plus de 35 km et volait au maximum pendant deux minutes. Ces essais ont parfois eu des issues dramatiques, avec au moins un décès survenu.
Face aux questions des journalistes, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a refusé de confirmer les informations, se montrant même sceptique quant aux sources des médias occidentaux.
Des défis techniques majeurs
Le système de propulsion du Burevestnik constitue un défi considérable. Alimenté par un réacteur nucléaire embarqué, il présente des difficultés importantes de stabilité et de contrôle thermique. La gestion de la chaleur et le refroidissement du réacteur posent problème, provoquant risques de surchauffe et dysfonctionnements possibles.
Le missile emploie des technologies avancées de navigation et de guidage, mais des défaillances ont été signalées, entraînant des erreurs de trajectoire. Sa conception aérodynamique, incluant un moteur à statoréacteur nucléaire, est complexe et affecte sa stabilité en vol ainsi que sa manœuvrabilité, avec des écarts fréquents par rapport à la trajectoire prévue.
Caractéristiques encore partiellement inconnues
Le président Poutine et le ministère russe de la Défense ont indiqué que le Burevestnik présente des dimensions proches de celles du missile de croisière Kh-101, mais embarque une petite centrale nucléaire. Une présentation officielle met en avant son autonomie remarquable, bien supérieure à celle du Kh-101, et un lancement depuis un lanceur incliné assisté par un propulseur d’appoint détachable.
L’expert Pavel Ivanov, de VPK-news, détaille que le missile mesure entre une fois et demie à deux fois la taille du Kh-101, avec une particularité : ses ailes sont positionnées sur le dessus du fuselage, contrairement au Kh-101. Il observe également des saillies inhabituelles pouvant être dues à l’air chauffé par le réacteur nucléaire. La masse du Burevestnik excèderait largement celle du Kh-101, rendant peu probables des porteurs tels que les bombardiers Tu-160 ou Tu-95.
Selon le journal Nezavisimaya Gazeta, le Burevestnik est un missile à propulsion nucléaire thermique, doté d’un moteur-fusée à propergol solide pour le lancement. Ses dimensions sont de 12 mètres en phase de lancement et 9 mètres en vol, avec un nez elliptique d’environ 1 mètre par 1,5 mètre.
L’expert Anton Lavrov, interrogé dans Izvestia, évoque la présence probable d’un statoréacteur nucléaire, ce qui engendrerait des émissions radioactives dans les gaz d’échappement, un aspect unique par rapport aux autres systèmes nucléaires plus traditionnels.
Hypothèses supplémentaires et évaluations occidentales
La plate-forme américaine de renseignement géopolitique Stratfor suggère que le Burevestnik pourrait combiner un moteur à turbine classique avec un propulseur liquide à l’allumage. Pour sa part, le chef du renseignement de la défense britannique, James Hockenhull, qualifie le missile de « système de missile de croisière nucléaire subsonique » capable d’une portée mondiale. Il souligne aussi son temps de vol en mode stationnaire quasi infini, offrant la capacité d’attaquer depuis des directions imprévisibles.