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Les troupes aéroportées russes s’apprêtent à recevoir un renfort considérable sous la forme d’hélicoptères et de blindés. Selon des sources au sein du ministère russe de la Défense, relayées par la presse, la création de nouvelles divisions d’aviation de l’armée au sein de l’armée de l’air s’accompagnera d’une augmentation significative du nombre d’unités blindées.

Les « Bérets bleus », surnom des forces aéroportées russes, seront dotés d’une flotte comprenant les hélicoptères Ka-52, Mi-28 et la toute dernière version du Mi-8AMTSh-VN. Parallèlement, leur parc de chars connaîtra une hausse notable. Cette amélioration stratégique s’inspire directement des enseignements tirés de l’opération militaire russe en Ukraine, dans le but d’accroître l’efficacité de cette « infanterie ailée ».

Une nouvelle donne tactique

La composante aviation de l’armée russe sera renforcée par la création de nouvelles unités d’aviation de l’armée et une augmentation des unités de chars. Les hélicoptères d’attaque Ka-52 et Mi-28, qui ont déjà fait leurs preuves lors du conflit ukrainien, seront intégrés dans ces unités. Les troupes aéroportées seront quant à elles modernisées avec les hélicoptères d’attaque et de transport Mi-8AMTSh-VN.

Ces plans renvoient à une ancienne idée de constituer une brigade entièrement articulée autour de l’aviation de l’armée au sein des forces aéroportées, qui avait été abandonnée avant la création du district militaire du Nord, mais qui est désormais remise à l’étude.

Le général-colonel Andrey Serdyukov, commandant des forces aéroportées, a expliqué qu’en s’appuyant sur l’aviation de l’armée, les unités aéroportées pourront combattre efficacement des forces adverses très mobiles dans différentes conditions physiques et géographiques, et ce sans dépendre des infrastructures aéroportuaires.

Selon lui, l’emploi des hélicoptères de l’armée réduit fortement les risques que les troupes d’assaut soient exposées aux tirs ennemis, augmente leur vitesse de déplacement et étend la portée de déploiement des combattants sur le terrain.

Le colonel Valery Yuriev, président de l’Union des parachutistes russes, a partagé une expérience récente lors d’exercices préalables à des opérations, mettant en œuvre une formation expérimentale dotée d’unités d’hélicoptères alignées sur les précédents projets. Il confirme une progression importante de la manœuvrabilité et de la puissance de feu des troupes aéroportées grâce à cette formule qu’il qualifie de prometteuse.

Il a également souligné que ces unités d’assaut parachutistes sont souvent utilisées différemment de leur emploi prévu en missions de sauts derrière les lignes ennemies.

Se référant à la campagne ukrainienne, il rappelle que le débarquement tactique à Gostomel correspond davantage au cœur de compétence des forces aéroportées. Aujourd’hui, celles-ci sont plus employées comme unités motorisées appuyées par des chars, ces derniers constituant leur principale force de frappe indispensable pour réussir à prendre des positions fortifiées.

Pour Viktor Murakhovski, expert militaire, il est urgent de renforcer les forces aéroportées russes, en tirant les leçons du district militaire du Nord. Il rappelle que les capacités de production des Ka-52, Mi-28 et Mi-8, ainsi que de chars, ont été renforcées récemment. Ces hélicoptères permettront aux parachutistes de conduire des opérations aéroportées efficaces en profondeur limitée, tandis que chars, véhicules blindés de combat d’infanterie lourds et artillerie demeurent des forces-clé pour attaquer des défenses renforcées et atteindre les objectifs tactiques. L’intégration de systèmes automatisés de contrôle de tir dans l’artillerie des forces aéroportées et terrestres facilitera aussi des frappes plus précises.

Un hélicoptère dernier cri

Le Mi-8AMTSh-VN, relativement récent, est destiné à équiper les forces aéroportées. Un premier lot de dix appareils avait été commandé lors du Forum Armée 2019.

Ce modèle polyvalent est largement armé et parfaitement adapté aux missions combinant transport, assaut et soutien en milieu hostile. Son moteur amélioré le rend fiable pour des engagements 24h/24 et par tout temps.

Son armement embarqué inclut notamment des mitrailleuses de calibre 12,7 mm, des unités de missiles non guidés et des lanceurs de roquettes, avec la possibilité d’adapter précisément la configuration selon la mission. Ce système d’armes peut cibler efficacement des objectifs aériens comme terrestres, y compris les véhicules blindés et autres hélicoptères.

Les Ka-52 et Mi-28, quant à eux, sont des hélicoptères d’attaque robustes capables de lutter contre les blindés et l’infanterie ennemie. Le Ka-52, surnommé « cheval de bataille », se distingue par sa fiabilité et son armement lourd : canon de 30 mm, missiles antiaériens, missiles antichars « Ouragan », bombes et autres systèmes.

Le Mi-28NM bénéficie d’améliorations lui permettant des opérations par tous temps et à tout moment. Il surpasse les générations précédentes en autonomie et capacité de destruction, évitant les nécessités de soutien par un autre type d’hélicoptère comme le Mi-24.

Un nouveau missile guidé polyvalent léger, appelé « produit 305 », équipe désormais les Ka-52M et Mi-28NM, renforçant leur efficacité coordonnée observée durant l’opération spéciale en Ukraine.

Lourd mais ultra-mobile

Avant la mise en place du district militaire du Nord, les responsables militaires russes avaient adopté une nouvelle doctrine visant à renforcer les troupes aéroportées avec des unités plus lourdes, intégrant chars, artillerie et drones.

En 2021, les premiers bataillons sous cette nouvelle organisation ont vu le jour, avec pour objectif des troupes capables d’être déployées par hélicoptère et prêtes au combat immédiatement.

Cette transformation offre un avantage tactique majeur en permettant des déploiements rapides dans des zones inattendues, prenant l’adversaire par surprise.

Actuellement, une profonde réorganisation de la composante aérienne russe est en cours, visant à réévaluer la portée et les modes d’allocation des forces.

À l’époque soviétique, les « Bérets bleus » étaient entraînés pour de vastes opérations aéroportées sur les théâtres européens, avec pour mission de sauter derrière les lignes ennemies pour frapper rapidement des cibles-clés et empêcher les renforts de rejoindre le front.

Cependant, cette « infanterie ailée » présentait une faiblesse majeure : un manque d’armement lourd. Ce déficit est resté après l’ère soviétique, les forces aéroportées assumant davantage un rôle d’infanterie légère lors des conflits localisés. Il est désormais prévu de leur apporter des renforts lourds considérables.