Des signaux GPS falsifiés ont perturbé la trajectoire de plusieurs avions civils au-dessus de l’Irak, contraignant certains équipages à demander une assistance au contrôle aérien pour naviguer correctement. Ces événements, signalés par l’association spécialisée Ops Group depuis le 25 septembre, suscitent une alerte croissante au sein des pilotes et des régulateurs du trafic aérien.
Selon Ops Group, qui regroupe environ 8 000 professionnels du secteur aérien, au moins 20 incidents d’usurpation de signal GPS ont été recensés en une semaine. Dans la majorité des cas, le système de référence inertielle (IRS), crucial pour la détermination de la position géographique, cesse de fonctionner correctement. Les capteurs traditionnels comme le VOR/DME tombent également en panne, l’horloge universelle UTC de certains appareils est désactivée, et les équipages doivent alors demander des vecteurs de navigation au contrôle aérien.
Les avions affectés comprennent des Boeing 777, 747 et 737, des Embraer E190 et Legacy 600, ainsi que des jets d’affaires comme les Gulfstream 650, Challenger 650, Global Express et Falcon 8X. Un équipage d’Embraer Legacy 650 a rapporté un incident au-dessus de Bagdad : « Nous avons perdu le GPS de l’avion et les deux iPads, en plus du système de référence inertielle. Le pilote automatique s’est emballé. Lorsque nous avons demandé notre position à la tour de contrôle, nous avons découvert que nous étions à environ 150 km de notre route prévue. Nous avons failli entrer dans l’espace aérien iranien sans autorisation. »
Une zone sensible au cœur de tensions géopolitiques
La plupart des incidents se produisent le long de la voie aérienne UM688, qui relie l’Europe au Moyen-Orient au-dessus de l’Irak, proche de la frontière iranienne et d’une zone de conflit active. Op Group souligne que tout franchissement non autorisé de l’espace aérien iranien peut provoquer une réaction militaire iranienne. Deux importantes bases de missiles iraniennes, à Kermansah et Khorramabad, sont situées à proximité de cette frontière.
Pour rappel, en 2020, l’Iran a abattu par erreur un avion civil près de Téhéran. En septembre 2023, il a également diffusé des avertissements menaçant d’abattre tout aéronef pénétrant sans autorisation dans le secteur FIR (Flight Information Region) iranien, sur la fréquence 121,5 MHz.
Dans un autre cas, un Bombardier Challenger 604 a perdu son signal GPS au nord de Bagdad et a dû suivre intégralement les vecteurs radar du contrôle aérien jusqu’à sa destination à Doha. L’équipage a constaté que toutes ses données de navigation avaient disparu ; le système de gestion du vol est passé en mode « Dead Reckoning » (navigation estimée), indiquant une position erronée et une vitesse au sol à zéro.
Un phénomène inédit et potentiellement cybernétique
L’Agence fédérale de l’aviation américaine (FAA) met en garde contre le risque que représente ce type d’usurpation de données GPS (spoofing). Contrairement au brouillage classique qui interrompt le signal, le spoofing manipule activement les données de position envoyées aux avions. Ce type d’attaque serait plus complexe, impliquant possiblement des composantes cybernétiques étendues. Il est d’autant plus inquiétant que le système IRS, supposé fonctionner indépendamment, est aussi affecté. Certains experts évoquent même la possible implication d’un drone.
Face à ces incidents, la FAA recommande aux équipages de maintenir une communication constante avec le contrôle aérien, de surveiller attentivement les performances des équipements de navigation pour détecter toute anomalie, et de se préparer à opérer sans GPS si nécessaire.
La FAA a publié un avis aux navigants (NOTAM) avertissant des interférences GPS dans la région de Bagdad, précisant notamment :
« Toutes les compagnies aériennes traversant la région FIR de Bagdad doivent s’attendre à des interférences GPS dans le nord de l’Irak, le long de la route UM688. Elles doivent également se préparer à des perturbations GPS lors des phases d’approche finale, et informer immédiatement le contrôle aérien en cas de perte de signal pour garantir la sécurité des opérations. »
Un porte-parole du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), responsable des opérations au Moyen-Orient, a confirmé être informé du problème sans en donner davantage.
Conséquences potentielles
La perte temporaire ou prolongée des capacités de navigation GPS à proximité des frontières iraniennes augmente fortement le risque d’entrées involontaires dans des espaces aériens sensibles. Le retard dans la reconnaissance d’une telle déviation peut provoquer une interception par l’armée de l’air iranienne, avec des conséquences potentiellement graves et imprévisibles.