La visibilité de la guerre n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui, grâce à la diffusion massive sur les réseaux sociaux. Des vidéos montrant de petits drones mener des attaques dévastatrices contre des troupes russes en Ukraine inondent ainsi des plateformes populaires comme X (anciennement Twitter), Instagram et TikTok.
Mais les petits systèmes d’aéronefs sans pilote (sUAS) sont variés et parfois complexes, allant des gros drones militaires capables de transporter de lourdes charges jusqu’aux quadricoptères compacts de la taille d’une main, utilisés pour la reconnaissance dans des zones difficiles d’accès. Les petits drones se déclinent en une gamme étendue, des modèles sophistiqués employés par l’armée américaine à ceux achetés dans le commerce grand public.
Qu’est-ce qu’un petit système d’aéronef sans pilote (sUAS) ?
Un sUAS désigne simplement un petit drone, généralement équipé d’une caméra, de quatre rotors et d’une télécommande. Sa portée varie considérablement selon les modèles, allant de quelques dizaines de mètres à plusieurs kilomètres, voire jusqu’à 20 000 mètres selon la technologie embarquée.
L’armée américaine emploie depuis des décennies des drones de toutes tailles pour la reconnaissance et les frappes chirurgicales. Parmi les types les plus connus, les drones à voilure fixe tels que le Reaper ou le Predator sont capables de frapper précisément des cibles spécifiques, en minimisant les dommages collatéraux.
Les capacités des petits drones
Les petits drones sont désormais omniprésents sur le champ de bataille, utilisés aussi bien pour la surveillance que pour des attaques de précision. Ces dernières années, les forces armées ont développé des drones assez compacts pour être lancés à la main par un soldat, afin de repérer des embuscades, des engins explosifs improvisés (EEI) ou pour d’autres missions tactiques.
L’autonomie de ces appareils est limitée par la capacité de leurs batteries, avec des durées de vol allant de 18 minutes pour certains modèles commerciaux à plusieurs heures pour les drones militaires plus avancés. Leur capacité de charge dépend du rapport puissance/poids, les petits drones civils pouvant transporter entre 0,5 et 2,5 kg selon les modèles.
Mais la portée et la capacité de charge ne résument pas à elles seules l’apport des petits drones dans la guerre moderne.
La Marine américaine, par exemple, travaille activement à la mise en œuvre de tactiques d’essaims de drones. Ces essaims, composés de milliers de petits drones, pourraient coordonner des attaques multifrontales pour submerger les défenses antiaériennes, neutraliser des radars, des canons ou les centres de commandement d’un navire ennemi.
La course internationale aux armements s’intensifie pour maîtriser à la fois la technologie et les tactiques liées aux petits drones, dans l’objectif d’ajouter un nouvel outil létal aux arsenaux militaires nationaux.
Exercice de simulation et menace des sUAS
En septembre 2023, le Joint Counter-small Unmanned Aircraft Systems Office (JCO) a organisé un exercice de simulation des opérations de combat à grande échelle, à Washington, afin d’évaluer la capacité des forces américaines à contrer la menace croissante des sUAS.
Lors de cette table ronde, chaque commandement régional américain — notamment le Commandement central (CENTCOM), l’Afrique (AFRICOM), l’Europe (EUCOM), le Nord (NORTHCOM), le Sud (SOUTHCOM) et l’Indo-Pacifique (INDOPACOM) — a été confronté à quatre vagues successives d’attaques de petits drones, chaque vague devenant plus complexe et difficile à repousser.
Le colonel Glenn Henke, adjoint militaire du JCO, a décrit ces vagues comme représentatives de menaces diverses, incluant notamment les attaques par essaim et les frappes massives.
Chris Pernin, physicien principal à la RAND Corporation et directeur du département d’ingénierie et des sciences appliquées, a indiqué que cette simulation a permis d’identifier le nombre et le type de systèmes de contre-drone nécessaires dans les forces armées, tout en soulignant l’absence de justification pour des changements tactiques majeurs à ce stade, appelant à poursuivre les recherches.
Parmi les solutions testées, certaines visent à améliorer la protection et la survie des soldats, marins, aviateurs et opérations spéciales face aux attaques de sUAS.
Un bref historique de l’usage des drones dans les conflits américains
Les petites plateformes aériennes sans pilote ont été largement utilisées pour la première fois à grande échelle par l’armée américaine pendant la guerre du Viêt Nam. À l’époque, elles servaient principalement à la reconnaissance, à guider les bombardements et les tirs d’artillerie, à brouiller les radars ennemis, ou encore à diffuser des tracts de propagande.
Avec les progrès technologiques, ces appareils ont évolué pour devenir des vecteurs d’armes capables d’effectuer des frappes chirurgicales en Irak et en Afghanistan, visant à neutraliser des cibles tout en limitant les dommages collatéraux dans des zones peuplées.
Le recours aux frappes par drones cinétiques s’est accentué sous la présidence de Barack Obama, qui a mené 542 frappes au cours de ses deux mandats, nettement plus que durant la présidence de George W. Bush. Ce nombre a encore cru sous Donald Trump, qui a notamment autorisé l’élimination du général iranien Qassim Suleimani près de l’aéroport de Bagdad.
Sur la présidence actuelle, les frappes ont diminué, mais l’administration américaine a été vivement critiquée après un accrochage tragique impliquant une frappe aérienne ayant fait 10 victimes civiles, dont 7 enfants, lors du retrait des troupes américaines d’Afghanistan.
Aucun conflit récent n’a toutefois mis autant en lumière la puissance dévastatrice des petits drones que la guerre en Ukraine.
Les petits drones dans le conflit ukrainien
Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, l’appel à l’usage massif de drones commerciaux a rapidement gagné en popularité sur les réseaux sociaux. Cette guerre, très visible et largement médiatisée, a amplifié la psychologie du combat par l’exposition constante d’images et de vidéos de succès militaires.
Les forces ukrainiennes ont souvent filmé l’usage de petits drones pour repérer des cibles à équiper de frappes d’artillerie, ou encore pour des opérations plus rapprochées, parfois presque en combat rapproché.
L’Ukraine s’est illustrée par sa maîtrise de la combinaison des petits drones avec des tactiques militaires adaptées. Ces drones sont utilisés aussi bien pour des frappes aériennes précises que pour surveiller des réseaux complexes de tranchées, coordonner des blindés ou faciliter les mouvements de petites unités spéciales évitant les grandes formations adverses.
Alors que les usages tactiques des petits drones continuent d’évoluer avec les avancées technologiques, il est indéniable que ces appareils jouent et joueront un rôle central dans les conflits du XXIe siècle.