Les bombes à projectiles formés par explosion, appelées EFP (Explosively Formed Penetrators), ont causé de nombreuses pertes parmi les militaires américains durant la guerre contre le terrorisme. Leur capacité à percer les blindages, notamment durant l’opération Iraqi Freedom, leur a rapidement valu une redoutable réputation.
Un rapport déclassifié concernant les décès causés par les EFP révèle que 195 militaires américains ont été tués et près de 900 blessés par ces engins entre juillet 2005 et novembre 2011. La dangerosité de ces dispositifs a poussé l’armée américaine à développer et mettre en œuvre de nouvelles technologies et tactiques défensives pour en limiter l’impact tout au long du conflit.
Qu’est-ce qu’un EFP ?
Un EFP est une ogive en cuivre qui, lorsqu’elle est détonée, se liquéfie et forme un projectile en fusion capable de transpercer presque tous les types de blindages, y compris ceux des chars M1 Abrams et des véhicules blindés MRAP. Ces engins explosifs sont généralement déclenchés par un capteur de mouvement, à distance, ou via des pressostats, à l’instar d’autres explosifs improvisés.
« Les EFP sont un type de mine avec deux caractéristiques spécifiques. Premièrement, l’engin peut être placé à une certaine distance du bord d’une route ou de la cible visée », explique le Dr Michael Knights, chercheur spécialisé au Washington Institute.
« Deuxièmement, ils produisent un effet perforant extrêmement puissant, capable de traverser même les chars les plus modernes », ajoute-t-il.
Selon Michael Knights, l’un des aspects les plus meurtriers des EFP est leur discrétion. Ils peuvent être dissimulés dans des endroits inattendus : sous un pont, dans un mur de briques, au sommet d’un lampadaire, ou dans une barrière HESCO. Bien que pouvant être employés pour des tirs précis, ces engins ont souvent été conçus comme des armes à effet de zone, utilisées en chaîne pour contourner les défenses américaines tout au long de la guerre contre le terrorisme.
Historique des bombes EFP dans la guerre contre le terrorisme
Après l’invasion américaine de l’Irak, les EFP ont rapidement fait leur apparition, imposant un changement radical de tactique. Ces projectiles fondus ont commencé à neutraliser des véhicules lourdement blindés, conduisant l’armée à déployer des systèmes de brouillage pour empêcher les déclenchements à distance.
Face à cela, les insurgés ont adopté des commandes par fils électriques, rendant les brouillages inefficaces. Avec les progrès technologiques, les drones ont été utilisés pour détecter ces fils et avertir les forces en approche.
Dans une nouvelle évolution, les EFP ont été équipés de capteurs de mouvement infrarouges passifs. Les attaquants choisissaient alors d’armer l’EFP à distance, lorsque la zone était dégagée entre l’engin et le convoi, avant que le brouillage ne puisse s’activer.
Les forces américaines ont contrecarré ces capteurs grâce à l’emploi de barrages flottants, déclenchant les capteurs de mouvement avant le passage des véhicules. Ce dispositif faisait souvent passer le projectile au-dessus ou à côté de la cible. En réaction, les insurgés ont utilisé des EFP décalés, auxquels les États-Unis ont répondu par des barrages flottants à longueur variable, compliquant ainsi la précision de l’attaque.
« Ce jeu de forces et contre-forces était principalement une question d’initiation. Il ne s’agissait pas tant d’améliorer le blindage, mais de pré-détonner ou d’attaquer le réseau de déclenchement. En somme, il fallait détecter de manière proactive le réseau d’attaque et le neutraliser, pour empêcher ces dispositifs d’entrer sur le territoire », explique Michael Knights.
Les EFP en Ukraine
Si tous les EFP ne se ressemblent pas, ils présentent tous un danger élevé. Plusieurs rapports mentionnent l’utilisation d’EFP pour neutraliser des blindés en Ukraine. Une vidéo diffusée sur le réseau social X (anciennement Twitter) montre un engin à réduction d’éclatement aérien présenté comme un EFP : après l’explosion, un impact est visible sur un système antiaérien russe, suivi d’un incendie.
Il s’agirait en réalité d’un obusier BONUS de 155 mm tiré depuis un obusier M114 — une version améliorée d’un EFP, très prisée par l’Ukraine. Une fois tiré, ce projectile libère en plein vol deux ogives autonomes, équipées de capteurs leur permettant de rechercher leurs cibles sur une surface d’environ 32 000 mètres carrés. Ces obus peuvent atteindre une portée de 35 kilomètres lorsqu’ils sont tirés depuis un canon L52 de l’OTAN.
La Russie aurait, quant à elle, utilisé des engins explosifs improvisés en Ukraine, notamment laissés sur place lors de ses retraits, bien que les preuves tangibles de ces dispositifs restent à confirmer.
Comment neutraliser les EFP ?
Pour Michael Knights, la stratégie la plus efficace pour contrer les EFP est une démarche de contre-espionnage visant à identifier et éliminer les fabricants de ces engins. Si cette approche ne suffit pas à elle seule à prévenir tous les risques le long des axes routiers, elle complète efficacement les mesures défensives telles que les barrages flottants à longueur variable et les équipements de brouillage embarqués sur les véhicules blindés.
Les tuiles blindées réactives développées par RAFAEL ainsi que le système de protection ShieldAll, conçu par Battelle et produit par PVI, sont présentés comme des solutions prometteuses pour contrer les EFP et autres munitions pénétrantes. Toutefois, en raison de la nature sensible de ces technologies, peu d’informations ont été rendues publiques.