Les forces armées chinoises ont déployé 103 avions de combat vers Taïwan en l’espace de 24 heures, un record récent dénoncé par le ministère de la Défense taïwanais.
Ces avions ont été repérés entre 6 heures dimanche et 6 heures lundi, selon le ministère. Comme à l’accoutumée, ils sont retournés en Chine avant d’atteindre le territoire taïwanais. La Chine fait survoler la région autour de l’île autonome presque quotidiennement, mais généralement avec un nombre bien inférieur d’appareils. Le ministère n’a pas précisé la période à laquelle il réfère pour qualifier ce déploiement de « récent record ».
Sur les 103 avions détectés, 40 ont franchi la ligne médiane symbolique du détroit de Taïwan ou pénétré dans les zones d’identification de défense aérienne (ADIZ) au sud-ouest et au sud-est de l’île. Parmi eux figuraient 10 Sukhoï SU-30, 12 J-10, 4 J-11, 10 J-16, ainsi que des avions ravitailleurs Y-20 et deux avions de commandement et contrôle KJ-500.
La Chine revendique Taïwan comme une province rebelle et mène depuis plusieurs mois des exercices militaires de plus en plus importants dans l’air et en mer autour de l’île, dans un contexte de fortes tensions dues notamment au soutien des États-Unis à Taïwan. Washington est le principal fournisseur d’armes de l’île et s’oppose fermement à toute modification unilatérale du statut de Taïwan par la force.
La Chine privilégierait néanmoins une réunification volontaire, comme l’illustre son récent plan pour créer une zone expérimentale de développement intégré dans la province du Fujian, à proximité immédiate de Taïwan. Cette initiative économique s’accompagne toutefois d’une pression militaire constante, illustrant la stratégie dite du « bâton et de la carotte » souvent attribuée à Pékin.
Ces déploiements massifs surviennent également à quelques mois de l’élection présidentielle taïwanaise programmée en janvier. Le Parti démocrate progressiste (DPP), actuellement au pouvoir et favorable à une déclaration formelle d’indépendance, est particulièrement mal vu par Pékin. La Chine soutient implicitement les candidats d’opposition prônant une coopération plus étroite avec le continent.
Les principaux candidats à la présidence n’ont pas commenté immédiatement la récente activité militaire chinoise.
Le ministère de la Défense taïwanais a précisé que 40 des avions chinois ont franchi la ligne médiane, franchissement considéré comme une provocation. Ces appareils comprenaient plus de 30 chasseurs ainsi que des ravitailleurs en vol. De plus, neuf navires chinois ont été observés dans les eaux proches de Taïwan durant les 24 heures précédentes.
Le ministère a qualifié ces actions de « harcèlement » et a mis en garde contre une possible intensification dans un climat déjà très tendu. Il a appelé Pékin à « prendre ses responsabilités et à cesser immédiatement ces activités militaires destructrices ».
La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a réagi en contestant l’existence d’une « ligne médiane » dans le détroit, affirmant que Taïwan fait partie intégrante du territoire chinois.
La semaine dernière, une flotte chinoise comprenant le porte-avions Shandong a navigué à proximité de Taïwan, à la suite du passage dans le détroit de navires de guerre américains et canadiens, dans un contexte de démonstrations de force mutuelles entre Pékin et Washington.
Rappel historique : Taïwan et la Chine continentale se sont séparées en 1949, à l’issue de la guerre civile chinoise. Les nationalistes vaincus ont alors fui vers l’île, où ils ont mis en place un gouvernement autonome. Seulement quelques pays reconnaissent officiellement Taïwan diplomatiquement. Les États-Unis, tout en maintenant des relations officielles avec Pékin, entretiennent un bureau de représentation à Taïwan, garantissant ainsi un lien politique et militaire indirect.