Lors du salon Wings India 2026 à Hyderabad, Airbus a affirmé avec assurance que l’Inde ne se limite plus à être un marché aéronautique en forte croissance, mais devient rapidement l’un des piliers stratégiques majeurs de l’aviation mondiale. Le pays entre dans une décennie décisive pour ce secteur.
Jürgen Westermeier, président et directeur général d’Airbus pour l’Inde et l’Asie du Sud, a qualifié l’Inde de pierre angulaire de sa production, de ses services et de sa stratégie de croissance à long terme. Déjà responsable de plus de 10 % des livraisons annuelles d’avions d’Airbus, cette part devrait augmenter régulièrement dans les années à venir. Mais le message délivré lors du sommet ne concernait pas seulement les ventes d’appareils : il s’agissait d’une transformation structurelle portant sur la taille des flottes, les infrastructures, les services, les capacités industrielles et la profondeur technologique.
Une base économique et infrastructurelle solide
La trajectoire macroéconomique de l’Inde est le socle de cette expansion aéronautique. Aujourd’hui économie de 4 000 milliards de dollars et première grande économie mondiale en termes de croissance, l’Inde offre, selon Westermeier, « une base solide pour un avenir aéronautique prometteur ». Le développement des infrastructures a été central dans ce processus. En une décennie, le nombre d’aéroports opérationnels a plus que doublé, passant à environ 150. Cette extension garantit une meilleure pénétration régionale et établit les fondations d’une croissance durable du trafic passager.
Ce dynamisme s’appuie également sur une main-d’œuvre en pleine expansion : près de 23 000 professionnels de l’aviation contribuent actuellement au fonctionnement, à la maintenance et à la formation dans le secteur. Parallèlement, une classe moyenne en forte expansion, qui représente désormais près de 38 % de la population, peut accéder de plus en plus au transport aérien, désormais considéré comme un mode de déplacement courant plutôt qu’un luxe.
Cependant, malgré cette progression rapide, l’Inde reste un marché sous-exploité dans le domaine aérien. Avec environ 850 avions en service et un taux de déplacement aérien par habitant de seulement 0,13 voyage annuel, le pays est encore à ses débuts comparé aux économies aéronautiques matures. Pour Airbus, ce constat est perçu comme une opportunité majeure, non comme une limite.
Un marché en maturité
Au cours des dix dernières années, le secteur aérien indien a connu une croissance à la fois quantitative et qualitative. La flotte a doublé en taille tandis que le nombre de lignes aériennes a triplé, traduisant une augmentation de la demande mais aussi une meilleure optimisation des appareils et des stratégies de réseau plus efficaces chez les compagnies indiennes. À l’horizon, l’expansion prévue est encore plus spectaculaire : les compagnies aériennes indiennes ont commandé plus de 1 700 appareils, l’un des plus importants carnets de commandes mondiaux. Environ 72 % de ces commandes sont passées auprès d’Airbus, témoignant de l’empreinte solide du groupe sur ce marché.
Par ailleurs, l’Inde fait entrer dans ses flottes des avions de dernière génération, plus économes en carburant. Des appareils monocouloirs avancés aux gros-porteurs nouvelle génération, les compagnies indiennes alignent leurs flottes sur les standards internationaux de performance et de durabilité. Cette évolution reflète un marché en maturation, de plus en plus compétitif sur les liaisons internationales.
La part des compagnies indiennes dans le trafic international a ainsi atteint 47 %, en progression de près de dix points en dix ans. Cette évolution illustre un renforcement de leur positionnement global et une dépendance moindre vis-à-vis des transporteurs étrangers sur les lignes long-courriers.
La décennie à venir
Airbus anticipe une accélération marquée du marché aérien indien au cours des dix prochaines années. Le nombre de voyages aériens par habitant devrait doubler, passant de 0,13 aujourd’hui à 0,27 en 2035. En volume, cela correspond à près de 400 millions de déplacements annuels desservant l’Inde, que ce soit au départ, à l’arrivée ou en vol domestique.
À cette échéance, l’Inde devrait grimper du cinquième au troisième rang des marchés aéronautiques mondiaux, avec un taux de croissance annuel moyen d’environ 8,9 %.
Pour accompagner cette demande, l’écosystème aérien s’étendra sur plusieurs axes : le nombre d’aéroports devrait passer de 150 à environ 200, la flotte tripler pour atteindre 2 200 avions, et la capacité annuelle passager dépasser 460 millions de sièges.
Fait notable, la capacité passager croîtra quatre fois plus vite que la flotte, grâce notamment à l’arrivée d’appareils plus capacitaires comme les gros-porteurs et les monocouloirs de plus grande taille tels que l’A321. Ce mouvement reflète un renforcement des liaisons majeures et une expansion graduelle des vols long-courriers.
Le trafic cargo suivra cette tendance : la capacité fret annuelle devrait excéder 5 000 kilotonnes, soit un triplement par rapport aux niveaux actuels, soutenant ainsi les ambitions de l’Inde en tant que plateforme logistique et industrielle.
Le marché de la maintenance (MRO) en plein essor
Un des segments les plus prometteurs identifiés par Airbus est celui de la Maintenance, Réparation et Révision (MRO). Le marché indien devrait croître de 3 milliards de dollars aujourd’hui à environ 9,5 milliards dans une décennie, couvrant la maintenance structurelle, la réparation des composants et les services moteurs.
La demande pour les contrôles importants et la maintenance lourde devrait plus que tripler avec l’expansion rapide des flottes. L’Inde dispose déjà d’installations MRO qui desservent les marchés domestiques et régionaux, mais de nouveaux investissements sont en cours. Les grandes compagnies développent des capacités en interne, tandis que les principaux équipementiers internationaux collaborent avec des acteurs locaux pour déployer des services adaptés.
Airbus a réaffirmé son engagement à renforcer cet écosystème en fournissant formation, outillage, approvisionnement en matériel et conseils. À mesure que la flotte indienne jeune arrive en période de maintenance intensive, cette décennie sera cruciale pour accroître les capacités industrielles.
Digitalisation et intelligence artificielle
Avec la croissance de la flotte de 850 à plus de 2 000 avions, la complexité opérationnelle s’intensifiera de façon exponentielle. Les systèmes manuels et les processus fragmentés ne seront plus adaptés. Airbus prévoit que les services aéronautiques numériques — incluant maintenance prédictive basée sur l’IA, suivi des performances et analyses opérationnelles — passeront d’un marché de 300 millions de dollars aujourd’hui à environ 1 milliard dans dix ans.
Les outils de maintenance prédictive, les analyses de performance en temps réel et la surveillance avancée des indicateurs clés deviendront essentiels pour veiller à l’efficacité des coûts et à la fiabilité. Les modernisations et les mises à niveau numériques se multiplieront, traduisant une sophistication accrue dans la gestion des flottes. La digitalisation ne sera donc pas un choix, mais un fondement nécessaire à une croissance durable.
La phase « Make in India »
Westermeier a également insisté sur l’élargissement de l’empreinte industrielle d’Airbus en Inde dans le cadre de l’initiative « Make in India ». Le pays est désormais non seulement un grand marché de livraison, mais aussi une composante croissante de l’écosystème de production global d’Airbus. La prochaine étape consistera en une intégration industrielle plus poussée, la localisation de pièces aéronautiques complexes, le développement de compétences en matériaux avancés et une participation accrue dans la chaîne d’approvisionnement.
En renforçant ses partenariats de fabrication locaux, en investissant dans les capacités d’ingénierie et en soutenant le développement aéronautique national, Airbus vise à faire de l’Inde à la fois un marché dynamique et un centre de production stratégique.