Une unité de l’Armée américaine, initialement créée pour former les forces afghanes, se voit désormais confier une nouvelle mission : enseigner aux soldats américains la guerre en milieu tropical.
Mardi, la 1ère Brigade d’Assistance aux Forces de Sécurité (1st Security Forces Assistance Brigade – SFAB) a cessé d’exister pour renaître sous le nom d’Army Security Cooperation Group – South. Sa mission principale sera désormais la gestion du Combined Jungle Operations Training Course au Panama.
« Nous avons désormais la responsabilité d’occuper un nouveau terrain, non plus en tant que conseillers, mais comme experts engagés en guerre de jungle », a déclaré le colonel Keith W. Benedict, commandant de l’unité, lors d’une cérémonie organisée mardi à Fort Benning, en Géorgie. « Nous sommes chargés et avons la chance de conduire la formation combinée interarmes en milieu tropical. »
Durant la Guerre mondiale contre le terrorisme, l’armée américaine avait réduit son accent sur la formation à la guerre de jungle. Mais, à l’automne dernier, des troupes conventionnelles américaines sont revenues au Panama pour la première fois depuis plus de vingt ans, afin d’y apprendre la survie et les tactiques de combat dans ce type d’environnement.
Les soldats américains et panaméens s’entraînent ensemble lors de ce stage intensif de 21 jours, organisé à la base aéro-navale de Cristóbal Colón, ancienne base américaine transférée au Panama en 1999.
Depuis l’année dernière, la majorité des militaires ayant suivi cette formation sont des Marines, encadrés par des instructeurs de l’armée de terre américaine et panaméenne. Le premier important contingent de soldats américains devrait débuter le stage en février.
Dès le mois prochain, les soldats complétant ce stage recevront pour la première fois la « jungle tab » de l’armée américaine, a précisé le colonel Mike Burns, porte-parole du Commandement de l’Hémisphère Ouest de l’Armée américaine. Ce badge atteste de la maîtrise des compétences spécifiques à la guerre de jungle, notamment les tactiques, la survie, le pistage en combat et les opérations amphibies.
La création de l’Army Security Cooperation Group – South s’inscrit dans un contexte où le gouvernement américain réoriente sa stratégie vers l’Amérique latine. La stratégie nationale de défense récemment publiée par le Département de la Défense met en avant la nécessité de « défendre sans peur les intérêts américains dans l’ensemble de l’Hémisphère occidental ».
Le document souligne également l’objectif de « refuser aux adversaires la possibilité de déployer des forces ou des capacités menaçantes dans notre hémisphère ».
Réorganisation et fin progressive des SFAB
Entre 2017 et 2020, l’Armée américaine a mis sur pied six brigades d’assistance sécuritaire (SFAB), dont cinq issues de la force active et une de la Garde nationale.
Ces unités ont été conçues sous l’impulsion du général Mark Milley, alors chef d’état-major de l’Armée, avec pour objectif la création d’unités dédiées à l’assistance et à la formation de forces conventionnelles étrangères.
Les SFAB étaient initialement destinées à entraîner des forces afghanes, irakiennes et peshmergas. Depuis 2018, ces soldats portent un béret marron, une mesure visant à dissiper toute confusion avec les Forces Spéciales qui arborent le béret vert. Cette décision faisait suite à une polémique liée à la diffusion d’une photo montrant un béret vert attribué par erreur à un soldat de la 1ère SFAB.
« Il n’est pas question de remplacer ou de rivaliser avec les Forces Spéciales », avait affirmé Mark Milley à Army Times en octobre 2017. « Il s’agit de combler une mission spécifique et distincte. »
La 1ère SFAB a été déployée en Afghanistan en 2018 avant de réorienter son action vers l’Amérique du Sud dans le cadre d’une réorganisation plaçant les brigades sous les commandements militaires régionaux.
Sur les six SFAB initiales, seule la 5ème continuera à exercer son rôle original, axé sur la région Indo-Pacifique, selon les autorités militaires.
L’an dernier, un porte-parole de l’Armée a indiqué que deux SFAB seraient dissoutes afin de redistribuer des sous-officiers expérimentés vers des unités de combat classiques telles que l’infanterie et les blindés.
« C’est dans ces unités que nous rencontrons les plus grosses difficultés de recrutement, » a expliqué le colonel Dave Butler, porte-parole du chef d’état-major de l’Armée, soulignant l’importance de renforcer les effectifs opérationnels avec ces profils qualifiés.