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Le sauvetage et la récupération en combat (CSAR) sont un engagement fondamental de l’armée de l’air envers ses pilotes et équipages alliés : « si vous vous éjectez en territoire ennemi, nous viendrons vous chercher ». Cependant, la force de sauvetage ne connaît pas d’expansion, alors que le Pentagone se prépare à un éventuel conflit avec la Chine, où les pertes aériennes seront probables et où l’immensité de l’océan Pacifique rend impossible le retour à pied.

Pour comprendre, le corps permanent CSAR de l’US Air Force repose sur trois composantes clés : des hélicoptères dédiés à la récupération des blessés ou isolés, des avions cargos C-130 qui coordonnent l’opération et ravitaillent les hélicoptères en vol, ainsi que les pararescuemen (PJs) et officiers de sauvetage qui interviennent au sol ou en mer pour effectuer l’extraction.

Cette organisation a acquis son prestige lors de la guerre du Vietnam, où les équipages d’hélicoptères de sauvetage se retrouvaient fréquemment sous un feu intense, devenant des cibles vulnérables tout en déployant les PJs dans la jungle pour récupérer les aviateurs abattus. Bien que les sauvetages ne fussent pas toujours couronnés de succès, leur détermination sans faille était remarquable. Sur environ 3 000 aviateurs abattus en Asie du Sud-Est, près de 49 % furent tués ou portés disparus, 10 % capturés, mais près de 1 200 pilotes de l’Air Force, soit 41 % des abattus, furent ramenés vivants, sans oublier plus de 600 aviateurs de la Marine.

Le capitaine Ronald Bliss, pilote de chasse durant le Vietnam, témoignait : « Quand je suis arrivé à Takhli en 1966, un pilote de F-105 avait 100 % de chances d’être abattu et 50 % d’être secouru. Nous n’avons jamais hésité à mener une mission. »

Durant la guerre contre le terrorisme, les équipes CSAR ont conservé leur réputation, effectuant des sauvetages meurtris au sol sous le feu ennemi. Mais les hélicoptères HH-60G vieillissaient et nécessitaient un remplacement urgent. Le HH-60W, dit « Whiskey », offre une autonomie accrue grâce à une capacité de carburant supérieure, des systèmes avioniques améliorés, des contre-mesures défensives renforcées et une meilleure communication, ce qui augmente la connaissance du champ de bataille et les chances de survie sur un théâtre complexe.

Pourtant, le nombre de HH-60W livrés pourrait bien ne pas répondre aux besoins exprimés. Initialement, l’Air Force devait recevoir 112 exemplaires afin de remplacer complètement les HH-60G, mais ce chiffre a été réduit à 75 en 2022 après négociations avec le Congrès. Un compromis récent prévoit environ 100 hélicoptères, dont une vingtaine seront détournés de leur usage principal pour assurer le transport de hauts responsables autour de Washington, avec des modifications coûteuses pour retirer leurs spécificités de sauvetage.

La polyvalence des forces et leur protection sur un champ de bataille moderne

Une des raisons majeures de cette réduction tient à la théorie selon laquelle un hélicoptère lent ne survivrait pas sur un champ de bataille saturé par les radars modernes, missiles sol-air et avions de chasse, comme dans l’arsenal chinois. Les pertes d’hélicoptères massives constatées lors du conflit en Ukraine semblent corroborer ce point.

Pourtant, même les systèmes anti-aériens les plus avancés présentent des angles morts exploitables grâce à des tactiques adaptées. Le lieutenant-colonel retraité Brandon Losacker, ancien pilote de HH-60G et UH-1Y de la Marine ainsi qu’ancien élève de l’Air Force Weapons School, rappelle qu’aucun aéronef, qu’il s’agisse d’un hélicoptère lent ou d’un F-35 furtif, n’est invulnérable. D’où la pratique constante de la « force packaging », combinant plusieurs systèmes et armes qui se couvrent mutuellement afin de percer les défenses ennemies.

Lorsque les équipes de sauvetage s’engagent vers un site de récupération, elles bénéficient d’une couverture comprenant des leurres aéroportés pour perturber les radars adverses, des avions de guerre électronique tels que les EA-18G Growler pour brouiller les communications, ainsi que des chasseurs F-16 ou F-35 pour neutraliser les missiles sol-air, tandis que des F-22 veillent à la protection aérienne. Selon Losacker, les équipes CSAR s’entraînent régulièrement à s’intégrer dans de telles formations, tirant parti des nouvelles technologies pour accroître leur efficacité.

En septembre, un HC-130J a été aperçu équipé d’un pod de guerre électronique surnommé « Angry Kitten », capable de renvoyer des signaux radar ennemis trompeurs afin de créer de fausses pistes. Témoins d’une équipe technique opérant à bord pour moduler ces faux signaux en temps réel ou lancer des drones émettant des leurres, tandis que les équipages HH-60W peaufinent leurs tactiques dans des exercices impliquant d’autres appareils dont des F-15.

Innovations technologiques pour améliorer les capacités

Malgré ses améliorations, le HH-60W conserve une faiblesse notable : sa vitesse limitée et son rayon d’action conditionné à la portée de ses ravitailleurs, indispensables pour pénétrer les zones hostiles. S’inquiétant d’un affrontement possible avec la Chine à moyen terme, le Pentagone ne dispose pas des budgets ni du temps pour développer un nouvel appareil long rayon spécifiquement dédié au sauvetage.

Une solution envisagée est de rapprocher la vitesse de l’hélicoptère de celle d’un avion, notamment avec le concept VTDP (vectored thrust ducted propeller), combinant une propulsion par hélice orientable, des ailes et d’autres innovations techniques. Un prototype baptisé SpeedHawk avait été testé en 2007, mais le projet n’a pas été poursuivi.

Détection et sauvetage des aviateurs en mer

Un conflit dans le Pacifique s’étendrait sur de vastes espaces marins, imposant des défis opérationnels distincts. Losacker propose de moderniser une idée datant de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’on larguait des canots motorisés depuis des B-17 ou B-29 modifiés pour les aviateurs échoués. Aujourd’hui, la mise à disposition de canots gonflables demeure une compétence essentielle, mais le futur pourrait voir des planeurs autonomes largués hors de portée ennemie depuis des HC-130J, capables de rejoindre les pilotes perdus, une solution déjà testée pour le ravitaillement de troupes.

La manière la plus simple de récupérer un pilote en mer reste d’atterrir un avion amphibie à ses côtés. Une expérimentation récente permet au commandement Indo-Pacifique de recruter des pilotes civils pour des opérations avec des appareils amphibies. Le détail du matériel envisagé reste à définir, mais l’armée américaine ne dispose aujourd’hui d’aucun avion amphibie dans ses rangs.

L’intégration d’Ospreys V-22, appareils à rotors basculants plus rapides et à plus grande autonomie que les HH-60W, figure aussi parmi les pistes potentielles. Toutefois, leur coût élevé et leurs besoins en maintenance limitent leur utilisation étendue, d’autant qu’ils constituent déjà un pilier des forces spéciales.

Les hélicoptères navals brillent pour le sauvetage en zone proche des flottes, mais manquent de la capacité de ravitaillement en vol, ce qui restreint leur rayon d’action. De plus, engagés dans des missions navales prioritaires, ils ne relèvent pas du principal responsable de la récupération du personnel, rôle assigné à l’Air Force au niveau stratégique.

La « muscle memory » des forces CSAR

Le principal atout des escadrons de sauvetage de l’Air Force réside dans leur expérience éprouvée — ou « muscle memory » — forgée par une décennie de combat au Moyen-Orient. Cependant, ils pourraient ne pas disposer d’un nombre suffisant d’appareils pour faire face à un scénario de crise multiple.

Une étude de 2017 menée par Brandon Losacker a estimé qu’en se basant sur les précédents historiques, les États-Unis auraient besoin d’environ 200 hélicoptères de sauvetage pour couvrir efficacement un conflit majeur sur deux théâtres d’opérations. Dans ce contexte, la commande actuelle de 75 hélicoptères semble manifestement insuffisante face à des engagements simultanés, comme un conflit avec la Chine, une crise au Moyen-Orient et des catastrophes naturelles.

Il est peu probable que l’Air Force augmente significativement ses commandes à court terme, étant donné la pression concurrente de la modernisation des flottes de chasseurs, bombardiers, ravitailleurs, avions d’entraînement et missiles nucléaires. À court terme, l’accent sera mis sur l’adaptation de la flotte existante pour améliorer sa vitesse, sa portée et son efficacité opérationnelle. Par ailleurs, les innovations telles que les canots largués à longue distance et l’utilisation d’appareils amphibies sous contrat pourraient ouvrir de nouvelles options.

Sur le long terme, le défi demeure complexe, mais il représente une responsabilité à la fois morale et opérationnelle pour les forces armées américaines.