Le prochain porte-avions de la classe Gerald R. Ford, nommé USS John F. Kennedy (CVN 79), a quitté Newport News le 28 janvier 2026 sous ses propres moyens pour entamer ses essais en mer. Cette première sortie marque le début des tests de constructeur avant sa livraison prévue à la Marine américaine en mars 2027.
Ces essais initiaux visent à valider les principaux systèmes et composants du mastodonte de 100 000 tonnes, sous la supervision étroite des experts de Huntington Ingalls Industries (HII), constructeur du navire. Avant sa remise officielle, le porte-avions effectuera également une série d’essais maritimes complémentaires.
Le John F. Kennedy est construit dans les chantiers HII de Newport News, berceau de tous les porte-avions nucléaires américains, depuis 2015. Le délai de onze ans entre la mise sur cale et le début des essais est plus long que pour le USS Gerald R. Ford (CVN 78), le premier de la classe, construit en 2009 et testé en mer dès 2017.
Ce retard s’explique en partie par l’impact significatif de la pandémie de COVID-19, mais aussi par une directive du Congrès imposant la capacité à accueillir les chasseurs de cinquième génération F-35C Lightning II. Notons que le USS Gerald R. Ford, bien que le plus récent dans la flotte américaine, n’a pas encore reçu les modifications nécessaires pour opérer cet avion.
Ces ajournements ont repoussé la livraison du Kennedy au-delà de la mise à la retraite du USS Nimitz (CVN 68), dont le dernier déploiement a pris fin le mois dernier. Ainsi, la Marine américaine comptera temporairement dix porte-avions en service actif, en deçà de l’objectif légal d’au moins onze.
Des améliorations notables par rapport au Gerald R. Ford
Traditionnellement, la deuxième unité d’une classe bénéficie d’un passage plus rapide aux essais en mer que la première. Toutefois, le Kennedy introduit des modifications de conception importantes comparé au Gerald R. Ford. Outre l’intégration du F-35C, nécessitant un processus de certification propre, il remplace la combinaison du radar multifonction AN/SPY-3 et du radar de recherche volumétrique AN/SPY-4 par le radar AN/SPY-6(V)3. Ce dernier est également installé sur les destroyers de la classe Arleigh Burke Flight III.
Ce changement induit une différence notable au niveau de la « superstructure » ou « île » du navire, distincte de celle du Ford.
Parmi les technologies héritées du Ford figurent le système de catapultage électromagnétique (EMALS), le système avancé d’arrêt (AAG) et les systèmes avancés de gestion des armes (AWE). Ces systèmes ont rencontré des difficultés lors de leurs premières années d’utilisation, le système AWE du Gerald R. Ford n’ayant été installé qu’en 2021, soit quatre ans après l’entrée en service du navire. Si le EMALS et l’AAG sont devenus plus fiables, leur niveau actuel reste en-dessous des objectifs fixés par la Marine.
En octobre 2025, l’ancien président Donald Trump a annoncé son intention de signer une directive ordonnant un retour aux catapultes à vapeur et aux élévateurs hydrauliques pour les aéronefs. Cette mesure ferait marche arrière sur les technologies récentes et pourrait rencontrer une forte opposition de la part des commandants de la Marine, qui apprécient l’efficacité et la flexibilité des systèmes électromagnétiques, offrant un lancement plus doux, réduisant la fatigue des cellules d’avions, et permettant un réglage précis des charges de lancement et d’appontage.
Un nouveau homeport sur la côte Ouest
Le John F. Kennedy sera basé à la Naval Base Kitsap-Bremerton, dans l’État de Washington, devenant ainsi le premier porte-avions de la classe Ford implanté sur la côte Ouest des États-Unis. Cette position stratégique facilitera ses déploiements réguliers dans les océans Indien et Pacifique. Les plans actuels prévoient son arrivée sur place avant 2029. En mai 2025, un programme de modernisation des infrastructures portuaires, d’un coût de 145 millions de dollars, a débuté pour renforcer l’alimentation électrique en vue de l’accueil du navire.
Jusqu’à sa mise en service officielle, le navire est désigné « Unité de Précommissionnement » ou PCU John F. Kennedy. Le personnel naval affecté à la PCU, embarqué depuis 2019, a déjà passé beaucoup de temps à bord et jouera un rôle crucial lors des essais en mer. Les services logistiques, comme les magasins, sont déjà opérationnels pour soutenir l’équipage durant cette phase.
Les porte-avions à venir et héritage historique
La livraison du CVN 80, le prochain porte-avions de la classe Ford baptisé Enterprise, est reportée à 2030. Il remplacera le USS Dwight D. Eisenhower, initialement prévu pour être retiré en 2028, mais que la Marine prolongera probablement en service durant la prochaine décennie pour compenser les délais de livraison.
Le CVN 79 sera le deuxième porte-avions américain à porter le nom du président John F. Kennedy, ancien officier de la Marine et chef des forces armées américaines de janvier 1961 à son assassinat en novembre 1963. Le premier USS John F. Kennedy (CV 67), basé sur la classe Kitty Hawk mais suffisamment modifié pour devenir une classe indépendante, a été mis sur cale en 1964.
Le CV 67 était le dernier porte-avions à propulsion conventionnelle de la flotte américaine, rejetant le projet initial de propulsion nucléaire au profit de huit chaudières à vapeur. Retiré du service en 2007, il est resté fluvial à Philadelphie avant d’être remorqué vers le Texas en 2025 pour démantèlement.
Kai Greet