La France va lancer en 2026 le développement d’une version Mk2 modernisée de son missile de croisière aérien SCALP, visant à améliorer le guidage, la détection des cibles et les fonctions associées à la mission. Ce programme sera supervisé par la Direction générale de l’armement (DGA) et géré en coopération avec l’OCCAR, afin de garantir la compatibilité avec les stocks existants de missiles SCALP-EG et Storm Shadow utilisés par la France et le Royaume-Uni.
Cette initiative s’inscrit dans un cadre de coopération bilatérale sous l’égide de l’OCCAR, avec la DGA qui pilote le projet. Différents acteurs expriment l’espoir d’une future production à grande échelle, tout en considérant cette modernisation comme un palliatif en attendant le remplacement complet par le futur missile FC/ASW, dont le développement et la mise en service sont programmés au-delà de 2028.
En juillet 2025, la France et le Royaume-Uni ont relancé la production des missiles de croisière SCALP-EG et Storm Shadow après une pause d’environ quinze ans. Cette décision fait suite à l’engagement important de ces armes en Ukraine depuis 2023, qui a fortement réduit les stocks nationaux et exigé leur reconstitution. La production a repris dans un cadre industriel binational dirigé par MBDA. La fabrication des composants de guidage et de contrôle a été relancée à l’usine britannique de Stevenage, tandis que les sites français de Bourges et Selles-Saint-Denis ont repris la propulsion, l’assemblage et l’intégration finale.
La reprise est formalisée au sein de l’« Entente Industrielle » franco-britannique en matière de missiles, destinée à assurer une capacité de fabrication continue plutôt qu’une production sporadique. Cet accord soutient la production du SCALP-EG et du Storm Shadow jusqu’au lancement de leur successeur prévu.
Depuis 2023, MBDA a augmenté sa production de missiles, enregistrant une hausse de 33 % en 2024, avec l’objectif de doubler son volume total d’ici fin 2025 par rapport à 2023. Ce développement repose sur un investissement de 2,4 milliards d’euros pour la période 2023-2028, axé sur l’automatisation, l’extension des équipes et la remise en marche de fournisseurs laissés en sommeil depuis le début des années 2010.
Le SCALP-EG et le Storm Shadow sont assemblés à partir de composants issus de plusieurs sites nationaux, ainsi que de chaînes d’approvisionnement transnationales pour les éléments électroniques, les batteries thermiques et les ogives, nécessitant une requalification après cette longue interruption. Même si les cadences exactes de production mensuelle ne sont pas publiques, elles sont évaluées à plusieurs unités par mois avec un déploiement progressif. Cette montée en puissance s’inscrit dans la perspective du futur missile FC/ASW dont la production est prévue entre 2028 et 2034.
Début 2025, le carnet de commandes de MBDA s’établissait à environ 37 milliards d’euros, soit près de sept années de production à rythme constant, reflétant une demande soutenue dans différentes familles de missiles.
Le missile SCALP-EG/Storm Shadow est né au milieu des années 1990 pour répondre à la nécessité d’une arme de frappe conventionnelle longue portée lancée depuis l’air, capable de toucher des cibles protégées à distance. Au Royaume-Uni, ce programme est issu du concours CASOM, remporté par la collaboration Matra/British Aerospace le 25 juin 1996. Un contrat commun de développement et de production a été signé le 11 février 1997, après la fusion des activités missiles des deux sociétés au sein de Matra BAe Dynamics, devenu depuis MBDA. La France a commandé un premier lot de 500 missiles SCALP en janvier 1998, tandis que le Royaume-Uni disposait d’une flotte estimée entre 700 et 1000 Storm Shadow pour la Royal Air Force.
Les premiers tirs entièrement guidés ont eu lieu fin décembre 2000 en France, avec un Mirage 2000N comme avion porteur, puis le 25 mai 2001 au Royaume-Uni depuis un Tornado. Le Storm Shadow est entré en service dans la RAF en 2002, tandis que le SCALP-EG a été déployé dans l’armée de l’air française à partir de 2005, initialement sur Mirage 2000D puis sur Rafale dans les forces aériennes et navales. Son emploi opérationnel s’est étendu depuis, notamment en Irak en 2003, en Libye en 2011 — avec plus d’une quinzaine de tirs — ainsi qu’en Irak et en Syrie entre 2015 et 2016. Jusqu’en février 2017, environ 200 missiles avaient été tirés par les forces françaises et britanniques, avec une nouvelle utilisation lors des frappes de 2018 en Syrie.
Depuis mai 2023, l’Ukraine utilise les missiles Storm Shadow et SCALP-EG fournis par le Royaume-Uni et la France pour frapper des quartiers généraux, des ponts, des ports et des navires de guerre, notamment autour de Sébastopol et de Féodosia. Des livraisons complémentaires sont prévues jusqu’en janvier 2024. Dans ce contexte opérationnel et industriel, la modernisation Mk2 vise à maintenir et améliorer progressivement les capacités d’attaque profonde existantes, avant l’introduction du successeur FC/ASW.
Le SCALP-EG a été conçu pour des missions d’attaque en profondeur, ciblant des objectifs situés très en arrière des lignes ennemies, limitant ainsi l’exposition des avions porteurs. Son autonomie est généralement annoncée jusqu’à 400 km, avec des rapports évoquant jusqu’à 560 km pour la Royal Air Force. Les versions export sont quant à elles contraintes à des portées réduites. En service en France, le SCALP-EG complète les missiles ASMP-A et MdCN au sein d’une batterie d’armes de frappe longue portée. Le missile pèse environ 1 300 kg au lancement, mesure 5,10 mètres de long pour une envergure de 2,85 mètres et est propulsé par un turboréacteur Microturbo TRI 60-30 développant une poussée nominale de près de 5,7 kN.
Sa vitesse maximale atteint 1 163 km/h, soit Mach 0,95, avec une altitude de croisière de 30 mètres qui correspond à un vol rasant, utilisant la navigation inertielle combinée au GPS, au guidage par repérage du terrain, ainsi qu’à des entrées radar et infrarouges en phase terminale.
La précision est décrite comme métrique. Le coût unitaire du Storm Shadow était estimé à 2 millions de livres sterling en 2023, soit environ 2,5 millions de dollars américains. L’ogive BROACH en tandem pèse 450 kg, composée d’une charge de pénétration initiale puis d’une charge principale retardée, destinée à détruire les structures renforcées ou enfouies. Les données de mission sont programmées avant le tir, le missile suit une trajectoire prédéfinie sans possibilité de redirection en vol ni autodestruction active. Pendant son parcours, il maintient une altitude très basse par suivi du terrain avant de remonter proche de la cible pour optimiser la détection finale.
Le cône avant est éjecté pour laisser place à un chercheur infrarouge haute résolution qui confirme le point d’impact. Si l’identification de la cible est impossible ou le risque collatéral trop élevé, le missile est conçu pour s’abîmer dans une zone inhabitée. Le SCALP-EG et le Storm Shadow ont été intégrés sur divers avions de combat : Mirage 2000, Rafale, Panavia Tornado, Eurofighter Typhoon, Saab Gripen ainsi que sur des Su-24 ukrainiens modifiés.