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Quatre jours après l’abandon d’un décollage par un avion-citerne KC-46 Pegasus sur la base aérienne de Morón, en Andalousie, la piste reste fermée et le sera encore plusieurs jours, selon un Avis aux Aviateurs (NOTAM) émis par la Federal Aviation Administration (FAA) américaine.

Cette base est un point logistique crucial pour le transit d’aéronefs, de matériel et de personnel militaire en opération vers l’Europe et le Moyen-Orient. L’incident survient dans un contexte de renforcement des forces américaines sous commandement du CENTCOM, alors que les tensions avec l’Iran s’intensifient.

L’appareil, immatriculé GOLD71, bloque toujours la piste, d’après les données de suivi de vol. Selon un témoignage direct rapporté, le KC-46 a subi une panne moteur au décollage ce samedi, entraînant un largage brutal des gaz et un freinage d’urgence qui aurait endommagé huit pneus. L’état exact de la piste n’a pas encore été communiqué.

« Il s’agissait d’un décollage routinier du KC-46 Pegasus qui a été interrompu en raison d’un défaut moteur, suivi d’une série de freinages d’urgence adaptés au poids maximal de l’appareil », a expliqué Pepe Jiménez, observateur aérien ayant filmé la scène.

Des images montrent les dégâts du train d’atterrissage et les équipes d’intervention sur place. D’autres photos révèlent le personnel inspectant le moteur droit du KC-46A.

Suite à l’accident, la FAA a rapidement publié un premier NOTAM le 31 janvier alertant les pilotes de la présence d’un aéronef immobilisé à 1935 pieds du seuil de la piste 02, extrémité sud. Ce NOTAM devait expirer le 7 février.

Le lundi suivant, deux nouveaux NOTAM ont annoncé la fermeture complète des pistes militaires et civiles jusqu’au 6 février au moins.

Cette situation bloque plusieurs appareils sur la base, dont un KC-135 Stratotanker, un autre KC-46, un C-17 Globemaster III, ainsi que l’ensemble de l’Escadron 11 avec ses Eurofighters de l’Armée de l’Air espagnole, toujours selon Pepe Jiménez.

Il n’est pas encore possible d’évaluer l’impact précis du blocage sur la logistique américaine. Au moment de l’incident, le GOLD71 participait à un déploiement de chasseurs furtifs F-35A de la Garde Nationale du Vermont en direction du Moyen-Orient, en provenance des Caraïbes. Après l’incident du KC-46, ces F-35 ont été déroutés vers la base aérienne de Rota, voisine de Morón, sans date confirmée de reprise de leur itinéraire.

Avant d’atterrir à Morón, le Pegasus avait fait escale à Lajes, au Portugal, et devait probablement poursuivre vers la Jordanie.

Pour souligner l’importance stratégique de Morón, un avion de guerre électronique F/A-18G Growler a décollé de cette base pour se poser à la base aérienne jordanienne Muwaffaq Salti le 31 janvier. Ces Growler provenaient également des Caraïbes, mais il reste incertain s’ils ont décollé avant ou après l’incident du KC-46. Jiménez a pu photographier un Growler sur la base de Morón.

« La base aérienne de Morón est un maillon essentiel pour toute opération vers l’est depuis les États-Unis, grâce à sa position stratégique proche de la Méditerranée et du Moyen-Orient, sa grande piste, ses systèmes de ravitaillement en vol et son climat favorable », souligne le 465e Escadron de ravitaillement aérien, unité hôte de la base.

En plus de sa fonction de point de transit, Morón accueille régulièrement des déploiements temporaires d’aviation stratégique, comme les bombardiers B-52J Stratofortress de la base de Barksdale en Louisiane, qui y ont été déployés en novembre en soutien à la Task Force Bombardement Europe 26-1.

Les bombardiers B-1B Lancer, basés à Dyess (Texas), ont également effectué des missions vers Morón dans le cadre de cette task force.

Bien que les États-Unis disposent d’autres bases dans la région, par exemple Rota située à environ 80 kilomètres, l’incident du KC-46 à Morón illustre la complexité des manœuvres logistiques à grande échelle qui sont en cours.

Ce déploiement massif d’effectifs et de matériel vers le Moyen-Orient intervient alors que le président américain Donald Trump exerce une forte pression sur l’Iran pour freiner son programme nucléaire. Cela engendre une intensification des vols de transport et de ravitaillement, où un seul accident peut retarder l’ensemble de l’opération pendant plusieurs jours.