Le Vietnam pourrait bientôt devenir l’un des prochains clients internationaux du chasseur Rafale de Dassault Aviation, alors que Hanoï réévalue activement sa dépendance historique aux avions de combat russes.
Selon des sources proches du dossier, les négociations seraient à un stade avancé, illustré par la possibilité pour un pilote vietnamien d’effectuer un vol d’évaluation sur Rafale. Cette étape, rare en dehors des partenariats techniques et opérationnels bien établis, est un signe fort de l’intérêt concret porté à cet avion.
La force aérienne vietnamienne s’appuie encore largement sur des appareils hérités de l’époque soviétique, principalement des chasseurs Sukhoi et des plateformes plus anciennes dédiées à des missions d’attaque au sol. Le cœur de la capacité air-air repose aujourd’hui sur le Su-30MK2, un avion relativement moderne à l’échelle régionale, mais dont la maintenance dépend exclusivement de la chaîne logistique russe. Par ailleurs, Hanoï continue d’exploiter des Su-22, dont la pertinence militaire décroît face à l’augmentation des systèmes radar, des défenses anti-aériennes et des capacités de guerre électronique dans la région.
Dans ce contexte, l’acquisition du Rafale s’inscrit comme une opportunité majeure de renouvellement, mais surtout de transformation qualitative en introduisant une plateforme multifonction occidentale capable d’interception, d’attaque de précision et de présence armée dans des zones maritimes sensibles.
La commande récente de 42 Rafale par l’Indonésie a déjà marqué un tournant important pour Dassault Aviation en Asie du Sud-Est. Ce succès consolide la position du Rafale face à des concurrents américains, russes ou asiatiques. L’Inde illustre également la coexistence possible entre chasseurs russes – une large flotte de Sukhoi – et Rafale, confirmant une stratégie viable de diversification des équipements militaires. Le Vietnam pourrait suivre cette voie, avec une dimension politique claire, rompant nettement avec un modèle d’acquisition historiquement centré sur Moscou.
Il est toutefois peu probable que le Rafale remplace immédiatement le Su-30MK2, qui restera la colonne vertébrale de l’aviation vietnamienne à court terme. Le scénario le plus plausible serait un remplacement progressif des appareils les plus anciens, notamment ceux dédiés aux missions d’attaque traditionnelle, pour moderniser le volet air-sol et renforcer les capacités d’attaque de précision. À moyen terme, l’intégration d’un chasseur multifonction occidental pourrait induire des ajustements doctrinaux, avec une aviation davantage axée sur la polyvalence, les effets de précision et la supériorité informationnelle, en délaissant le seul critère de masse aérienne.
En matière de supériorité aérienne, le Rafale offrirait au Vietnam un saut qualitatif dans la qualité des interceptions et la capacité à maintenir le contrôle du ciel sur la durée, grâce à des capteurs modernes et une conscience situationnelle améliorée. Ce renforcement est d’autant plus crucial dans le cadre des missions d’attaque maritime : opérant dans un environnement marqué par des contestations autour d’îles, de routes maritimes et de zones économiques exclusives, Hanoï a besoin d’une arme capable d’assurer la dissuasion par des missions de patrouille armée, de reconnaissance et d’attaques de précision contre des cibles navales ou terrestres.
Conçu pour opérer en contexte de haute tension, le Rafale renforcerait la posture militaire vietnamienne en mer de Chine méridionale, élargissant la portée et la précision des options disponibles tout en augmentant la survivabilité des missions.
Sur le plan géopolitique, la vente du Rafale à Hanoï enverrait des signaux multiples : pour Pékin, elle témoignerait du renforcement de la défense aérienne vietnamienne face à une intensification des activités militaires chinoises. Pour Moscou, elle refléterait la volonté de Hanoï, longtemps client fidèle, de diversifier ses alliances pour préserver sa liberté d’action. Pour la France, cet accord consoliderait sa présence stratégique dans l’Indopacifique tout en soutenant ses intérêts industriels, en élargissant la base utilisateurs du Rafale en Asie et en assurant la pérennité de la production, des activités de maintenance et de modernisation à long terme.