Un historien militaire de premier plan a mis en garde les députés britanniques contre le fait que le Royaume-Uni accuse un retard important par rapport à ses alliés nordiques dans la préparation de la société aux exigences des conflits modernes. Il a souligné que le gouvernement n’a pas réussi à transformer des années de débats autour de la résilience en une planification concrète pour une mobilisation massive et le remplacement des forces armées.
Lors de son audition devant le comité de la Défense, Sir Hew Strachan a affirmé que le Royaume-Uni devait « passer de la parole aux actes » en matière de résilience nationale. Il a ajouté que le pays n’avait pas su tirer pleinement parti de l’expérience de la pandémie de Covid-19, au cours de laquelle les communautés locales ont fait preuve d’une capacité collective à faire face à la crise.
Strachan a expliqué que, bien qu’une mobilisation communautaire authentique ait eu lieu durant la pandémie, celle-ci s’était construite « de manière ascendante, et non descendante », et que le gouvernement n’avait pas réussi à capitaliser sur ce modèle pour d’autres défis de sécurité nationale. Il a souligné que la résilience, notamment dans le domaine de la cybersécurité, dépend largement des comportements individuels, mais que beaucoup continuaient à ne pas respecter les règles élémentaires en milieu professionnel, qualifiant des pratiques routinières comme la gestion des mots de passe de « trop complexes » pour être maintenues de façon régulière.
En abordant la planification de la défense, Strachan a indiqué qu’en dépit de nombreuses discussions sur le volet technologique, le Royaume-Uni était « loin de disposer d’un quelconque concept » concret pour assurer une mobilisation de masse ou le remplacement de ses forces armées en cas de guerre prolongée. Il a averti que les taux de pertes observés en Ukraine soulevaient des questions que la Grande-Bretagne n’avait pas encore sérieusement abordées. La réticence politique à évoquer la conscription conduisait le pays à « tourner en rond en cherchant d’autres alternatives », dont la plupart reposent néanmoins sur un engagement volontaire.
Il a opposé la situation britannique à l’approche finlandaise, rappelant que le modèle nordique repose sur « une conscience culturelle, un précédent historique et une discussion permanente ». Il a noté que les pays scandinaves coordonnent actuellement davantage leur réflexion tout en cherchant des solutions pratiques pour définir la localisation géographique des menaces, l’affectation des conscrits, ou la priorité à accorder aux réservistes disposant de compétences civiles spécialisées en situation de crise.
Sir Hew Strachan a aussi exprimé des doutes sur la faisabilité des engagements britanniques visant à développer la force des cadets, soulignant que les bénévoles adultes se font déjà rares. Sans résoudre ce problème, l’expansion envisagée ne pourrait être réalisée.
Si le spécialiste a souligné la valeur de la contribution des volontaires, il a rappelé que le point fondamental reste que le Royaume-Uni n’a pas encore élaboré de plans crédibles pour maintenir ses forces dans un conflit à forte attrition. « Nous parlons de létalité et d’attrition dans la guerre contemporaine », a-t-il déclaré aux députés, insistant sur les implications incontournables que cela engendre concernant la manière dont la Grande-Bretagne devra remplacer ses personnels et ses capacités au fil du temps.