Article de 707 mots ⏱️ 4 min de lecture

Selon les médias locaux tchèques, l’Armée de l’air tchèque ne fait voler que quatre de ses avions Aero L-159 ALCA, tandis que Prague continue de bloquer les initiatives visant à transférer ces appareils sous-utilisés à l’Ukraine. Cette situation soulève de nouvelles questions quant à la valeur opérationnelle de ces anciens avions d’attaque légère et aux raisons politiques de leur maintien en service malgré leur usage très limité.

Le média spécialisé tchèque Respekt rapporte que l’Ukraine poursuit ses pressions pour obtenir quatre L-159, malgré l’opposition du ministre de la Défense Jaromír Zůna et du Premier ministre Andrej Babiš, qui soutiennent que ces avions restent nécessaires à la défense nationale. Cette position n’est toutefois pas partagée par tous au sein de l’État tchèque. Le président Petr Pavel a publiquement déclaré que ces appareils ne sont pas indispensables, avis partagé par le chef d’état-major des Forces armées tchèques, le général Karel Řehka.

Respekt précise que, dans les faits, l’armée tchèque utilise très peu la flotte de L-159. Sur les 16 monoplaces stationnés sur la base aérienne de Čáslav, quatre sont remisées dans des hangars depuis longtemps et un seul a été remis en service récemment. Bien que 12 avions soient techniquement opérationnels, leur activité de vol réelle reste très limitée.

Un interlocuteur anonyme de l’Armée de l’air tchèque a confié à Respekt : « Nous ne faisons voler que quatre avions ». Il a ajouté que le service manque de pilotes qualifiés, plusieurs postes étant restés vacants l’an passé. Chaque L-159 devrait normalement accumuler environ 150 heures de vol par an, mais actuellement ce chiffre est proche de 80 heures seulement. Par ailleurs, ces avions doivent subir une révision générale tous les huit ans, ce qui soulève des interrogations quant à la disponibilité des fonds pour prolonger leur durée de vie opérationnelle.

Les L-159 au cœur des tensions politiques tchèques

Le mois dernier, le président Petr Pavel avait annoncé un accord pour envoyer quatre L-159 excédentaires à l’Ukraine, où ces avions légers subsoniques sont recherchés pour la défense aérienne et la lutte contre les drones russes de type Shahed. Toutefois, le résultat des élections de 2025 a porté au pouvoir une coalition gouvernementale sceptique à l’égard de l’aide militaire à Kiev, en désaccord avec le président pro-ukrainien.

Cette aide est devenue un sujet très politisé en République tchèque, reflétant davantage des luttes de pouvoir internes qu’une stratégie militaire harmonisée. Fin janvier, Radio Prague International évoquait une hypothèse selon laquelle le refus du gouvernement de livrer les L-159 serait une forme de représailles adressées au président Pavel pour sa décision de ne pas nommer Filip Turek ministre de l’Environnement.

Le ministère tchèque des Affaires étrangères, dirigé par Petr Macinka, aurait fait part au président Pavel que le seul motif invoqué pour ne pas transférer ces avions était ses commentaires publics jugés « irréfléchis » sur le dossier. En réponse, le président Pavel a publié des captures d’écran de ses échanges avec Macinka, dénonçant un « chantage » politique à son encontre.

Le besoin ukrainien en avions pour contrer les drones

Face à la menace grandissante des drones russes, l’Ukraine pourrait se tourner vers l’acquisition de nouveaux avions L-39NG Skyfox, toujours en production en République tchèque et dont les premières livraisons pourraient intervenir à partir de 2027. L’aviation ukrainienne déploie un ensemble de systèmes variés pour contrer ces drones, incluant des avions F-16 adaptés, des Mirage 2000 rapides, des hélicoptères modifiés, ainsi que des drones intercepteurs.

Un exemple marquant est celui d’un Antonov An-28 de transport ukrainien, modifié pour la chasse aux drones Shahed. Cet appareil est notamment photographié avec 114 destructions confirmées inscrites sur son fuselage, témoignant de son rôle actif dans la défense anti-drone.

Aaron Spray