Lors de son investiture pour un troisième mandat consécutif à la mi-2024, le Premier ministre Narendra Modi a franchi une étape politique majeure qui dépasse les frontières nationales. Cet événement a marqué la confirmation de l’Inde en tant que puissance mondiale clé. Depuis, New Delhi est devenue un carrefour diplomatique accueillant chefs d’État, premiers ministres et délégations stratégiques venus d’Europe, du Moyen-Orient, de l’Indo-Pacifique et d’Eurasie.
De la venue d’Emmanuel Macron à celle de Vladimir Poutine, en passant par Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, Keir Starmer, ou encore des dirigeants du Pacifique comme Sitiveni Rabuka et des responsables européens tels qu’Ursula von der Leyen et António Costa, ce flot incessant de visites illustre un profond basculement géopolitique. L’Inde n’est plus perçue uniquement comme un marché émergent, mais bien comme un pivot stratégique dans un monde instable.
Sous la direction de Modi 3.0, la diplomatie indienne a pris une dimension mondiale, mêlant habilement négociations commerciales, partenariats de défense, alliances technologiques et coopération en matière de sécurité régionale.
Tous les chemins mènent à New Delhi
Un signe fort de la montée en puissance de l’Inde est la fréquence et la diversité des visites de haut niveau.
Le face-à-face stratégique Poutine-Modi
En décembre 2025, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu à New Delhi pour le 23e sommet annuel Inde-Russie, sa première visite depuis le début du conflit en Ukraine qui a bouleversé la géopolitique mondiale. La scène était forte : Modi accueillant personnellement Poutine, réaffirmant un partenariat stratégique de longue date tout en naviguant dans un contexte mondial polarisé par sanctions et alliances. Le sommet a renforcé la coopération en matière de fabrication de défense, de sécurité énergétique et de collaboration industrielle, indiquant que l’Inde reste attachée à son autonomie stratégique malgré les pressions occidentales.
Un lien renforcé avec les Émirats arabes unis
Un mois plus tard, en janvier 2026, le président des Émirats arabes unis, Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, a visité l’Inde, approfondissant le partenariat stratégique global acquis ces dernières années. Le CEPA (Comprehensive Economic Partnership Agreement) entre l’Inde et les Émirats a déjà accéléré les échanges commerciaux et les investissements, notamment dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la logistique. Cette visite a confirmé la reconnaissance du Golfe envers l’Inde comme partenaire économique et sécuritaire majeur.
Les initiatives allemandes
En janvier 2026, le chancelier allemand Friedrich Merz a mené une délégation d’affaires de haut niveau. L’Allemagne, première puissance industrielle européenne, considère l’Inde comme une alternative manufacturière et un collaborateur technologique. Les discussions ont porté sur l’hydrogène vert, la fabrication avancée et la diversification des chaînes d’approvisionnement.
L’engagement renouvelé de la France
Le président français Emmanuel Macron est attendu à New Delhi la semaine prochaine pour le Sommet India-AI Impact Summit. La France s’est imposée comme l’un des partenaires stratégiques les plus proches de l’Inde en Europe. Au-delà de la défense — avec Dassault Aviation et la coopération sous-marine —, la relation s’étend désormais à l’intelligence artificielle, aux énergies propres, à la collaboration spatiale et à la gouvernance numérique. La présence de Macron à un sommet sur l’IA organisé par l’Inde symbolise une évolution : l’Inde n’est plus un simple acquéreur de technologies, elle façonne la prochaine génération.
Signature de l’accord de libre-échange Inde-Royaume-Uni
En octobre 2025, le Premier ministre britannique Keir Starmer s’est rendu en Inde sous le cadre Vision 2035, renforçant la collaboration en matière de défense, les initiatives climatiques et l’expansion commerciale. Une relation autrefois marquée par l’histoire coloniale est désormais animée par des ambitions économiques communes et des préoccupations partagées sur la sécurité indo-pacifique. L’accord de libre-échange accélère ce rapprochement.
Plus lointaines, les visites de Sitiveni Rabuka, Premier ministre des Fidji, en août 2025, reflètent le renforcement des liens avec les nations insulaires du Pacifique, avec un focus sur la santé, la pharmacie et la coopération au développement. De même, l’engagement des hauts responsables néo-zélandais, notamment au Raisina Dialogue, témoigne d’un alignement croissant au sein de l’Indo-Pacifique.
Le président des Seychelles s’est rendu à New Delhi début 2026, illustrant la diplomatie indienne dans l’océan Indien, zone cruciale pour la sécurité maritime et les routes énergétiques. Dans le même temps, des hauts représentants de l’Union européenne, comme le président du Conseil européen et celui de la Commission, sont arrivés en janvier 2026 pour soutenir l’élan autour de l’accord de libre-échange Inde-UE, surnommé « la mère de tous les accords ».
Ces visites sont bien plus que des échanges de courtoisie : elles révèlent une réalité stratégique majeure, où l’Inde est désormais perçue comme un acteur incontournable.
Des accords commerciaux redéfinissant l’ambition économique
Chaque accueil protocolaire cache une ambition économique forte. Le CEPA Inde-Émirats a déjà fait exploser les volumes commerciaux, faisant des Émirats arabes unis l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Inde. Les investissements du Golfe dans les infrastructures indiennes, la fintech, la logistique et les énergies renouvelables transforment le paysage économique sud-asiatique.
L’accord de libre-échange Inde-UE, longtemps bloqué, a repris une dynamique nouvelle. S’il est finalisé, il réunira deux des plus grands marchés mondiaux, représentant près d’un quart du PIB planétaire. Au-delà de la réduction des tarifs, ce partenariat intégrera des cadres pour le commerce numérique, des clauses de durabilité et une harmonisation réglementaire, montrant la volonté de l’Inde de s’aligner avec des blocs économiques avancés.
Avec le Royaume-Uni, les négociations portent sur l’accès aux marchés, la mobilité des professionnels qualifiés et la coopération dans les services financiers. Vision 2035 esquisse une convergence économique et technologique de long terme.
Parallèlement, le cadre commercial entre les États-Unis et l’Inde, bien que complexe et parfois conflictuel, vise un objectif ambitieux : 500 milliards de dollars d’échanges bilatéraux d’ici 2030. Les domaines de la défense, des semi-conducteurs et des minerais stratégiques font partie de cette matrice économique en expansion.
La France et l’Allemagne renforcent aussi leurs collaborations industrielles. De la fabrication aérospatiale à l’hydrogène vert et la mobilité électrique, l’Inde s’insère de plus en plus dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
Ce qui caractérise cette période, c’est que l’Inde ne négocie plus en position de faiblesse. En tant que l’une des économies majeures connaissant la croissance la plus rapide, dotée d’un vaste marché intérieur et d’un dividende démographique important, l’Inde exerce un levier considérable. Les investissements directs étrangers affluent toujours dans la fabrication, les infrastructures numériques et les énergies renouvelables, renforcés par des réformes politiques et l’initiative « Make in India ».
Une architecture sécuritaire renforcée
Si le commerce fait la une, la sécurité demeure le socle de ces partenariats. La coopération en défense avec la France comprend la production conjointe et des exercices navals dans l’Indo-Pacifique. Avec la Russie, malgré les réalignements mondiaux, les livraisons d’équipements militaires et les coentreprises restent fondamentales. Avec les Émirats et les partenaires du Golfe, l’échange de renseignements et la coordination antiterroriste se renforcent.
Dans l’océan Indien, les liens avec les Seychelles et d’autres nations insulaires étendent la portée maritime de l’Inde. Les projets de développement et l’aide à la sécurité confirment le rôle de l’Inde en tant que fournisseur net de sécurité régionale.
Le cadre indo-pacifique, partagé avec le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande et les pays du Pacifique, place l’Inde en force stabilisatrice face à la concurrence stratégique croissante. Les exercices navals, la coopération cybernétique et les transferts technologiques militaires sont désormais des éléments réguliers des dialogues bilatéraux. Le rôle multilatéral de l’Inde à travers des forums comme le Raisina Dialogue affermit sa réputation de meneur d’échanges mondiaux sur la sécurité, le climat et la gouvernance numérique.
Modi, homme d’État de stature mondiale
Au cœur de cette dynamique diplomatique se trouve l’image du Premier ministre Narendra Modi en homme d’État global. Qu’il accueille Poutine, qu’il reçoive Macron lors d’un sommet technologique ou qu’il échange avec des dirigeants du Golfe sur l’intégration économique, la diplomatie de Modi allie relation personnelle et stratégie calculée. Sa démarche s’inscrit dans une doctrine de « multi-alignement », qui maintient de solides liens avec l’Occident tout en préservant des partenariats historiques comme celui avec la Russie ; qui engage les monarchies du Golfe tout en renforçant les démocraties indo-pacifiques.
Si certains critiquent son style ou le fond, rares sont ceux qui contestent l’intensité de l’activité diplomatique indienne. La fréquence des visites de haut niveau sous Modi 3.0 témoigne de la reconnaissance mondiale du poids de l’Inde.
Le monde d’aujourd’hui est fragmenté, marqué par la rivalité géopolitique, l’incertitude économique et les bouleversements technologiques. Dans ce contexte, l’Inde offre échelle, stabilité et position stratégique. Sa géographie ancre l’océan Indien. Son économie alimente les chaînes d’approvisionnement globales. Son armée est l’une des plus importantes au monde. Son secteur technologique est porteur d’innovation. Ses institutions démocratiques, malgré des défis internes, assurent une continuité.
Alors que les dirigeants mondiaux affluent toujours à New Delhi — des cœurs industriels européens aux capitales énergétiques du Golfe, en passant par les États insulaires du Pacifique — le message est clair : l’Inde n’est plus en marge des affaires mondiales. Elle en est désormais le centre.
Les visites d’Emmanuel Macron, Vladimir Poutine, Sheikh Mohamed bin Zayed, Friedrich Merz, Keir Starmer, Sitiveni Rabuka, des dirigeants des Seychelles, de l’Union européenne, de représentants stratégiques de Nouvelle-Zélande et d’ailleurs racontent toutes la même histoire.
L’Inde est devenue une grande puissance, attirant leaders, capitaux et partenariats sécuritaires. Sous Modi 3.0, New Delhi ne se contente plus d’être un acteur du nouvel ordre mondial, elle en est l’un des architectes.