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Une maquette grandeur nature du F-35 Lightning II aux couleurs saoudiennes a été présentée au Salon mondial de la défense à Riyad, signalant un regain d’intérêt pour ce chasseur furtif américain. Cette exposition illustre l’ambition croissante de l’Arabie saoudite pour un aérien de nouvelle génération tout en mettant en lumière les contraintes politiques auxquelles Washington fait face pour préserver la supériorité militaire qualitative d’Israël.

Si les maquettes sont courantes dans les grandes expositions de défense, celle-ci se distinguait nettement comme une proposition sur mesure, plaçant le chasseur furtif emblématique des États-Unis au cœur des spéculations autour d’éventuelles acquisitions par l’Arabie saoudite. Cette présentation intervient alors que Riyad continue de manifester son intérêt pour les capacités aériennes de prochaine génération et que Washington évalue les répercussions militaires, politiques et régionales d’un éventuel transfert du F-35 vers le royaume.

Cette opération survient dans un contexte de négociations renouvelées entre Washington et Riyad en vue d’approfondir leurs accords de défense, le F-35 étant souvent considéré comme la « pierre angulaire » du système aérien que l’Arabie saoudite convoite depuis plusieurs années. L’intégration du F-35 dans les discussions bilatérales demeure cependant incertaine, précisément parce que ce dossier touche à la limite majeure dans la région : la préservation de l’avantage militaire qualitatif d’Israël. Dès lors, le marquage saoudien sur la maquette est interprété comme une volonté claire de maintenir active cette perspective dans le processus d’acquisition de Riyad, ainsi qu’au sein des instances décisionnelles américaines.

La stratégie de vente du F-35 à Riyad est indissociable de ses caractéristiques opérationnelles. Conçu pour emporter ses munitions de précision en interne lorsque la furtivité est cruciale, il peut ensuite adopter des charges externes plus volumineuses une fois les systèmes de défense aérienne neutralisés. Sa charge de base en mode furtif comprend un canon GAU-22/A de 25 mm, deux missiles air-air AIM-120 AMRAAM ainsi que deux bombes guidées GBU-31 JDAM de 900 kg, tous logés à l’intérieur des soutes. Lorsque les conditions le permettent, il est capable de transporter jusqu’à 8 000 kg d’armements, ce qui lui confère la masse et la polyvalence d’un véritable chasseur d’attaque multirôle, et non seulement d’un pénétrateur spécialisé.

En combat aérien, l’AIM-120 AMRAAM constitue la principale arme interne du F-35. Son dispositif de guidage radar actif permet un autopilotage lors de la phase terminale de l’engagement, réduisant la dépendance vis-à-vis de l’avion lanceur. Cette capacité autorise un pilote unique à engager plusieurs cibles successivement avec rapidité. Sur le plan opérationnel, cela revêt une importance cruciale, dans la mesure où l’avantage tactique se mesure souvent à la capacité à ouvrir le feu en premier, et de manière fiable. Furtivité et fusion des capteurs permettent de tirer depuis des positions où l’adversaire ignore même être détecté ou visé. Pour les engagements à courte distance, la famille des missiles Sidewinder demeure l’option privilégiée, offrant une forte capacité hors-visée et une réaction rapide en combat rapproché lorsque la géométrie du combat se resserre.

Le défi géopolitique réside dans le fait que l’Arabie saoudite évolue dans le seul environnement du Moyen-Orient où Washington est légalement tenu de préserver la supériorité militaire qualitative d’Israël lors des principales exportations d’armes. La législation américaine impose que certaines transferts soient évalués en fonction de leur impact sur cette supériorité, faisant de toute vente éventuelle du F-35 à Riyad une affaire intrinsèquement plus politique que des accords similaires avec d’autres pays.

En conséquence, toute livraison future impliquerait très probablement des appareils équipés de configurations moins avancées que celles opérées par Israël. Concrètement, cela se traduirait par des restrictions au niveau des bases de données logicielles et des cycles de mise à jour, des bibliothèques de guerre électronique et des ensembles de données de mission plus réduits, un contrôle renforcé des fonctionnalités réseau et cryptographiques, ainsi qu’une intégration plus limitée des futures munitions américaines les plus sensibles, même si les appareils eux-mêmes paraissent identiques.

Pour autant, comparé à ses concurrents régionaux, un tel armement représenterait un saut qualitatif considérable. Les forces aériennes saoudiennes déploient actuellement une combinaison de variantes avancées de F-15 et d’Eurofighter Typhoon, assurant une excellente charge utile, vitesse et performance air-air, tandis que des avions comme le Rafale restent des plateformes multirôles redoutables. Cependant, aucun ne combine la furtivité avec la capacité de frappe et la chaîne de destruction pilotée par les capteurs à grande échelle que permet le F-35.

La maquette exposée à Riyad se lit donc comme un message soigneusement calculé : malgré les restrictions à l’export visant à maintenir Israël en position de supériorité, l’Arabie saoudite pourrait continuer d’envisager le F-35 comme le seul appareil capable de redéfinir la phase initiale d’un conflit majeur. Ce que cette maquette dévoile sur le salon pourrait constituer le signe public le plus évident à ce jour que la campagne de pression pour obtenir cet avion est déjà en cours.

Evan Lerouvillois