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Les véhicules de patrouille blindés (VPB) constituent des outils essentiels pour les forces armées, déployés dans de multiples rôles de combat et de soutien. Voici un aperçu sélectionné des modèles actuellement commercialisés, présenté par région.

Les véhicules de patrouille blindés regroupent une large gamme de plateformes variées. La plupart des modèles actuels sont des 4×4 ou 6×6. Par définition, ces VPB sont « protégés », c’est-à-dire blindés, avec des niveaux de protection allant de léger à lourd selon les priorités des utilisateurs et les profils de mission. Toutefois, la tendance moderne privilégie davantage la mobilité et la gestion de la signature que le blindage massif. La modularité est également un atout majeur, la plupart des VPB pouvant intégrer des kits d’armure additionnelle, des armements, des capteurs et d’autres systèmes modulaires, configurables en fonction des besoins opérationnels.

États-Unis

L’Armée américaine et le Corps des Marines (USMC) ont commencé à acquérir le Joint Light Tactical Vehicle (JLTV) 4×4 avec un contrat de production initiale à faible cadence attribué à Oshkosh Defense en août 2015. La production à plein régime du modèle A1 d’Oshkosh a été approuvée en juin 2019. Le véhicule de base mesure 6,2 mètres de long pour un poids total en charge (PTAC) d’environ 10 200 kg. Le niveau de protection standard correspond au niveau 1 de la norme STANAG 4569, modulable par des kits d’armure additionnelle. À la mi-2025, environ 22 000 JLTV avaient été livrés aux forces américaines, et 1 600 autres à des pays alliés ou partenaires.

En 2022, le Pentagone a relancé la compétition pour le programme JLTV, attribuant en février 2023 un contrat complémentaire à AM General, mettant fin au rôle principal d’Oshkosh dès 2025. Comme pour le JLTV A1, la variante A2 d’AM General vise un équilibre entre protection contre mines et explosions et mobilité tout-terrain élevée. Cette nouvelle version peut être déployée dans des configurations polyvalentes, porteurs d’armes lourdes ou véhicules de combat rapproché, ainsi qu’en utilitaire. Le modèle A2 intègre plus de 270 modifications techniques par rapport à l’A1, notamment une suspension améliorée, une production électrique renforcée et une architecture numérique modernisée.

La production initiale à faible cadence du JLTV A2 a débuté en février 2025. Toutefois, dans un revers inattendu, l’Armée américaine a annoncé le 1er mai 2025 l’arrêt des commandes de JLTV, conformément à une directive du ministre de la Défense, Peter Hegseth, visant à « éliminer les systèmes obsolètes et annuler ou réduire les programmes inefficaces ou redondants, y compris les véhicules terrestres excédentaires ».

Cette décision est largement attribuée à l’orientation stratégique du Pentagone, qui s’éloigne des opérations de contre-insurrection pour se concentrer sur la région Indo-Pacifique, privilégiant des véhicules plus légers, moins protégés mais plus mobiles. Le chef d’état-major de l’Armée, le général Randy George, a qualifié le JLTV de « coquille vide », soulignant que « le problème avec certains de ces véhicules, c’est leur faible mobilité. Ils s’embourbent, et lorsqu’ils sont coincés, ils deviennent une cible ». Ironiquement, cette analyse contraste avec un communiqué de la Defense Security Cooperation Agency (DSCA) daté du 2 septembre 2025, qui présente le JLTV comme « un choix optimal pour un large spectre de missions tactiques légères à travers le monde, combinant protection, maniabilité, vitesse, fiabilité et capacité de soutien logistique bien supérieures à tout autre véhicule de sa catégorie ».

Contrairement à l’Armée de Terre, le Corps des Marines maintient son engagement à acquérir le JLTV. Son commandant, le général Eric Smith, a prévenu que l’arrêt des commandes par l’Armée pourrait faire augmenter les coûts unitaires, contraignant potentiellement les Marines à réduire leurs objectifs d’achat. Cette persistance s’explique notamment par le recentrage du Corps sur la mobilité, en préparation de missions de type insulaire dans le théâtre Indo-Pacifique.

Malgré le revirement de l’Armée, Oshkosh et AM General poursuivent la production de leurs variantes respectives pour l’exportation, mettant en avant la personnalisation afin de répondre aux besoins variés des clients. Les exportations se font à la fois par ventes commerciales directes et via les ventes militaires à l’étranger (FMS).

En avril 2025, Oshkosh a remporté un contrat pour fournir 150 Dutch Expeditionary Patrol Vehicles (DXPV), une version spécialisée du JLTV adaptée aux opérations littorales et tous terrains pour le Corps des Marines néerlandais, s’ajoutant à plusieurs contrats FMS signés depuis 2023. Le 2 septembre 2025, la DSCA a notifié au Sénat américain que le Canada envisageait l’acquisition de 60 JLTV A2, première vente étrangère pour la variante AM General. Le 8 octobre 2025, AM General a annoncé un partenariat avec l’industriel britannique Marshall Land Systems pour répondre à l’appel d’offres du futur Land Mobility Programme (LMP) du Royaume-Uni, accompagné d’une démonstration de ses véhicules légers tactiques, incluant le JLTV A2, au centre d’essais UTAC Millbrook.

France

Le Serval 4×4 Véhicule Blindé Multi-Rôle Léger (VBMR-L) a intégré le service de l’armée française en 2022. Fabriqué conjointement par KMDS France (ex-Nexter), responsable de la coque blindée et de l’intégration des systèmes mission, et Texelis Defense (en cours d’acquisition par KNDS), qui fournit le châssis roulant, la transmission et la suspension, ce véhicule mesure 6,5 mètres.

Son poids en ordre de combat varie entre 15 et 17 tonnes selon la configuration. Il est transportable par air (A400M ou plus grand), rail ou mer et offre une autonomie routière de 600 km. Le modèle de base comprend un équipage de deux personnes et peut embarquer huit soldats (2+8). Sa modularité permet de développer jusqu’à 31 variantes ou sous-variantes, couvrant ainsi l’ensemble des missions envisagées : reconnaissance, commandement, transport de troupes, appui-feu et soutien logistique.

Le Serval dispose d’une station d’armes télécommandée (RCWS) pouvant recevoir une mitrailleuse lourde de 12,7 mm, une mitrailleuse de 7,62 mm ou un lance-grenades automatique de 40 mm. Une mitrailleuse secondaire de calibre 5,56 mm ou 7,62 mm est de série. Une version notable est la configuration anti-drone LAD, équipée d’un radar, d’un système de détection directionnelle et d’une tourelle ARX30 armée d’un canon automatique 30 mm capable de tirer des munitions airburst.

La protection du Serval comprend un blindage de base contre les menaces balistiques, les mines et les engins explosifs improvisés (IED). Des kits d’armure balistique supplémentaires sont disponibles. Son système de survie intègre une suite de détection à 360°, une protection NRBC optionnelle, un brouilleur radiofréquence Thales BARAGE et un détecteur d’alerte de lancement (SLA) combinant capteurs acoustiques, optiques et infrarouges capables de détecter flashs de bouche, tirs de missiles ou impacts de projectiles.

Déjà déployé lors d’opérations de maintien de la paix en Afrique et dans des exercices multinatonaux en Europe, la France prévoit d’acquérir environ 2 000 Serval d’ici 2035. Ce véhicule est également proposé à l’export.

Allemagne

La famille de véhicules blindés de transport Dingo, développée par KNDS Deutschland, équipe l’armée allemande depuis 2000 et cinq autres membres de l’OTAN, ainsi que plusieurs forces armées internationales, totalisant environ 1 200 véhicules. Utilisés pour le transport de personnel, l’escorte de convois, la patrouille, la reconnaissance et le commandement, les Dingos disposent aussi de variantes spécialisées comme ambulance ou véhicule d’intervention.

La dernière version, le Dingo 3, offre une protection passive contre les armes légères, éclats, mines et IED, ainsi qu’une protection NBC. Sa cellule blindée en acier constitue le noyau protégé, équipée de portes latérales et d’une rampe arrière électrique. Le Dingo 3 existe en 4×4 et 6×6 pour le transport de troupes, ainsi qu’en version ambulance 6×6.

Le 4×4, basé sur un châssis militarisé Unimog 14.5, vise des missions variées sur terrains extrêmes, avec une autonomie de plus de 800 km. Long de 6,6 mètres, il peut peser jusqu’à 14,8 tonnes (dont 3 tonnes de charge utile), contre 13,1 tonnes pour son prédécesseur Dingo 2. Il accueille un équipage de deux personnes et jusqu’à huit soldats en arrière (2+8), avec un tunnel de passage intérieur. Il peut se configurer en véhicule de reconnaissance NRBC ou poste de commandement mobile. La capacité d’emport d’équipement atteint désormais deux tonnes, contre 1,5 tonne sur la version précédente.

Le Dingo 3 bénéficie d’une nouvelle chaîne cinématique avec moteur diesel turbo 6 cylindres coupleux, transmission automatique et système automatique de gonflage centralisé des pneus (CTIS). La puissance électrique disponible progresse à 11,2 kW pour intégrer de futurs systèmes de mission, et la climatisation a été renforcée (16 kW). Le tableau de bord du conducteur a été modernisé avec système d’information intégré.

Le 6×6, basé sur le châssis Unimog FGA 20, mesure 8,05 m et a un poids maximal autorisé de 20 tonnes, dont 5 tonnes de charge, avec 3,5 tonnes réservées à l’équipement. Avec 17 m³ dans l’habitacle, il transporte jusqu’à 12 personnes (2+10), convenant au transport de troupes tout en étant modulable pour diverses missions : patrouille, reconnaissance, commandement, maintenance, récupération, porteur de radar ou ambulance.

Suisse

La gamme Eagle, développée par Mowag (aujourd’hui General Dynamics European Land Systems – GDELS), a vu sa dernière génération, l’Eagle V, présentée en 2010. C’est le premier modèle Eagle disponible en châssis 4×4 et 6×6. La version 4×4, longue de 5,4 m, pèse jusqu’à 11,5 tonnes avec une capacité de charge de 3,5 tonnes; elle accueille quatre personnes (2+2) avec une place temporaire pour un cinquième.

Le 6×6, de 6,9 m, peut peser jusqu’à 17 tonnes avec 5 tonnes de charge et accueillir 12 personnes (2+10) selon la configuration. Tous deux utilisent une suspension de type de Dion, améliorant la mobilité et la stabilité tout-terrain.

Comme le Dingo, l’Eagle concentre sa protection sur les zones habitées. Son châssis intègre un plancher en V double et des mesures de découplage internes pour optimiser la protection contre les mines. Le blindage balistique standard STANAG 4569 niveau 1 peut être renforcé jusqu’au niveau 3 avec des kits d’armure optionnels et complété par des dispositifs anti-roquettes RPG. La filtration NBC, la protection incendie automatique et un compartiment moteur blindé sont aussi disponibles. Une tourelle télécommandée optionnelle permet de monter diverses armes. L’Eagle se décline en plusieurs rôles : patrouille générale, reconnaissance, surveillance, défense anti-aérienne courte portée (SHORAD) ou ambulance.

Serbie

Le BOV M16 Miloš 4×4, conçu et produit par Yugoimport, est en production depuis 2017. Il a été mis en service au sein des forces serbes en 2019 et accomplit des missions diverses telles que patrouille, reconnaissance, lutte antiterroriste, soutien aux forces spéciales et opérations antichars. Sa suspension indépendante garantit une mobilité élevée sur des terrains variés.

Long de 5,45 mètres, ce véhicule pèse jusqu’à 14 tonnes. L’habitacle de 6,5 m³ peut recevoir jusqu’à huit soldats (2+6). Quatre sièges se trouvent à l’avant avec des portes classiques pour la montée et la descente, tandis que quatre autres occupant la zone arrière disposent d’une rampe hydraulique ou d’une porte arrière intégrée.

La coque en acier blindé offre une protection balistique STANAG 4569 niveau 3 à l’avant et niveau 2 sur les flancs, avec une protection anti-mines aux niveaux 2a et 2b.

Le BOV M16 peut être équipé de stations d’armes télécommandées ou manuelles pouvant armer mitrailleuses lourdes de 12,7 mm ou minigun M134D. Des missiles antichars guidés (ATGM) et systèmes VSHORAD peuvent également être montés.

Le Miloš 2, entré en service en 2023, mesure 6,5 mètres et pèse jusqu’à 18 tonnes. Il est équipé du système de tourelle Kerber de 1 000 kg, développé par Yugoimport pour véhicules blindés légers à moyens. Armé de trois canons automatiques de 20 mm (20×110 mm) et doté de viseurs optroniques jour/thermique et d’un système de contrôle de tir, il offre une puissance de feu élevée contre les menaces terrestres, aériennes et maritimes. Le véhicule est toujours en phase d’acquisition par l’armée serbe et proposé à l’export.

Turquie

Le constructeur BMC Otomotiv Sanayi produit la série Vuran de VPB 4×4. Le modèle de base, appelé MPAV (Multi-Purpose Armoured Vehicle), mesure 6,22 mètres de long avec un PTAC de 19,1 tonnes. Il peut embarquer neuf personnes (2+7) et sert à la patrouille générale, la reconnaissance, la défense ponctuelle et l’escorte de convois.

Une station d’armes télécommandée montée sur le toit peut être armée selon les besoins de l’utilisateur. La gamme Vuran inclut aussi des versions spécialisées : transporteur de mortier de 120 mm ou lance-roquettes multiples de 107 mm. Mise en service en 2019, elle a été exportée dans sept pays supplémentaires.

Le Vuran fonctionne dans des conditions climatiques extrêmes (-32° à +49°) et en haute humidité. Ses performances hors route lui permettent d’escalader des pentes à 60% et d’évoluer sur des dévers de 30%, avec un dégagement au sol de 400 mm et une capacité de gué de 800 mm. Il est équipé d’un système d’extinction automatique, climatisation, kit arctique, pneus à résistance prolongée, système centralisé de gonflage des pneus, treuil automatique, brouilleur, système de détection des coups de feu et caméras avant/arrière. Des protections RPG et NRBC sont optionnelles. Sa coque monocoque blindée et ses sièges absorbant les chocs assurent une protection balistique, anti-mines et contre les IED conforme à la norme DIN EN1522-1063.

Émirats arabes unis

La filiale Nimr Automotive LLC du groupe Edge produit plusieurs gammes de VPB légers à lourds. Le véhicule tactique léger Ajban 440A 4×4 dérive des versions précédentes de véhicules logistiques Ajban. En 2021, Nimr a lancé la deuxième génération Ajban Mk2, comprenant une amélioration substantielle de la charge utile, de la protection balistique et anti-mines.

Trois configurations Mk2 sont commercialisées : 442A, 432AU et 452A. Ils disposent d’une coque en « V » pour une meilleure résistance aux explosions sous caisse, d’une cabine monocoque blindée et d’un plancher flottant renforçant la protection des occupants. L’armure moteur, les réservoirs scellés et un système automatique d’extinction d’incendie sont optionnels. La conscience situationnelle est améliorée par des caméras frontales et arrière. Les armes peuvent être installées sur une tourelle télécommandée en toiture, avec un anneau porte-armes adapté aux mitrailleuses ou lance-grenades. Les guérites permettent le tir d’armes légères en restant protégés. L’intérieur est conçu pour intégrer des systèmes de commandement, contrôle et communication adaptés à la mission.

La version la plus petite, le 442A, mesure 5,8 m pour un PTAC de 14,5 tonnes et une charge utile de 4 tonnes. Elle est prévue pour quatre soldats (2+2) avec possibilité d’un cinquième siège, et vise la patrouille, la reconnaissance, la surveillance et les combats légers. Le 432AU est plus grand, principalement destiné à des rôles utilitaires, avec une option véhicule porteur de mortier.

En 2025, Nimr a dévoilé le 452A, renforçant capacité et performances avec 11 occupants (2+9), une charge utile de 3,5 tonnes et un PTAC de 16 tonnes. Le véhicule conserve un châssis 4×4 commun à la génération Mk2, avec des dimensions légèrement supérieures (6,05 m de long, 2,51 m de large, 2,695 m de haut, empattement 3,5 m), restant compact pour un véhicule proche des rôles typiques des 6×6. En plus de la patrouille et du transport de personnel, il peut être configuré en poste de commandement, observatoire d’artillerie ou ambulance. Le 452A conserve un blindage en « V » pour la protection anti-explosion sous caisse, des protections NBC et un lance-grenades fumigènes complètent l’équipement défensif.

Un défi majeur : la flexibilité

Historiquement, les VPB privilégiaient souvent la protection au détriment de la mobilité. Par exemple, les premiers véhicules MRAP étaient conçus avec un fort dégagement au sol pour mieux résister aux mines et IED, mais cela augmentait leur centre de gravité et les rendait plus susceptibles de basculer sur un terrain accidenté. Aujourd’hui, la conception tend à trouver un équilibre plus juste entre puissance de feu, survivabilité, mobilité et coût.

Sidney E. Dean