Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a qualifié de « productive » la réunion ministérielle de la Défense qui s’est tenue à Bruxelles, axée sur la dissuasion, l’investissement dans la défense et le soutien militaire continu à l’Ukraine. Il a décrit l’atmosphère comme un tournant décisif pour l’Alliance.
Lors d’un point presse, Rutte a souligné que cette réunion différait fondamentalement des précédentes, déclarant « ce que j’ai vu et entendu aujourd’hui est sans commune mesure avec toutes les réunions de l’OTAN auxquelles j’ai assisté depuis 2010 ». Il a estimé que les conséquences de la décision prise lors du sommet de La Haye l’année dernière, visant à porter les investissements en défense et sécurité à 5 % du PIB d’ici 2035, commençaient à se manifester. Toutefois, il a insisté sur un développement politiquement plus significatif, celui de l’élan en faveur d’une contribution européenne renforcée au sein de l’OTAN. Selon lui, les ministres ont démontré « un véritable changement d’état d’esprit, une unité de vision, une défense européenne beaucoup plus forte au sein de l’Alliance ».
Il a cité en exemple plusieurs pays ayant déjà atteint ou dépassé les objectifs de dépenses fixés par l’OTAN, notamment le Danemark, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne, qualifiant leurs progrès de « dix ans en avance sur le calendrier ». L’Allemagne, a-t-il ajouté, est en voie de doubler ses investissements par rapport aux années précédentes. Rutte a expliqué que l’objectif de cette montée en puissance budgétaire était d’assurer à l’Alliance la capacité de déployer les forces et savoir-faire nécessaires à la « préparation au combat », tout en avertissant que seuls les engagements politiques ne suffiraient pas à atteindre les objectifs fixés en matière de capacités.
Le secrétaire général a insisté à plusieurs reprises sur le fait que l’augmentation des dépenses devait se traduire par une production industrielle tangible. Il a expliqué que l’Alliance devait accélérer pour répondre à une demande croissante : « Nous devons produire en quantité, avec qualité, et rapidement ». Il a appelé à renforcer la défense aérienne, l’approvisionnement en munitions et les chaînes logistiques dans l’ensemble de l’Alliance. Rutte a insisté sur la nécessité d’augmenter les capacités de production des deux côtés de l’Atlantique et a souligné que les mécanismes d’acquisition multinationale prenaient une place croissante dans la stratégie de l’OTAN.
Évoquant plusieurs accords conclus lors de la rencontre, il a précisé que les Alliés renforçaient leur coopération autour de « capacités de frappe de précision approfondie » et de « dispositifs de défense antimissile balistique ». Il a aussi mis en avant l’initiative Task Force X Baltic, lancée il y a un an pour renforcer la sécurité des infrastructures sous-marines critiques après plusieurs incidents dans la région. Ce projet pilote évolue désormais vers une adoption par les nations participantes, avec « huit Alliés qui intègrent et déploient ces capacités innovantes multi-domaines ».
Rutte a souligné que ces cadres multinationaux fournissaient à l’industrie les signaux économiques nécessaires à l’expansion de la production. Il a qualifié cette coopération de « méthode intelligente » permettant de développer rapidement des capacités tout en optimisant les dépenses. Il a directement relié cette stratégie aux enseignements tirés du conflit ukrainien, présentant le secteur de la défense ukrainien comme un moteur d’innovation, notamment dans les domaines des drones et de la contre-drones : « L’Ukraine est non seulement résiliente, mais remarquable par son ingéniosité ». Il a salué l’adaptation opérationnelle sur le terrain et le travail du ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov.
Sur le volet de l’aide militaire, Rutte a rappelé que l’Ukraine subissait toujours des frappes russes persistantes visant les infrastructures civiles, insistant sur l’urgence des besoins en défense aérienne. Il a réaffirmé sa confiance dans la Prioritised Ukraine Requirements List (PURL), qui finance l’acquisition rapide d’équipements américains pour le pays, se disant « absolument confiant » dans la poursuite des livraisons de systèmes de défense aérienne américains. Il a souligné le rôle central de ce dispositif, notamment concernant les systèmes Patriot.
Interrogé à plusieurs reprises sur la représentation américaine lors de la réunion ministérielle, notamment après l’absence du secrétaire à la Défense Pete Hegseth et la représentation assurée par le sous-secrétaire à la Politique Elbridge Colby, Rutte a rejeté toute interprétation d’un affaiblissement de l’engagement américain. Il a estimé que les propos de Colby renforçaient au contraire la vision stratégique de Washington, qui considère l’OTAN comme vitale pour la sécurité américaine, en particulier face aux risques de crises simultanées en Europe et dans la région indo-pacifique. Il a souligné que la montée en puissance des Alliés européens venait renforcer l’Alliance dans son ensemble, qualifiant cette réunion comme l’une des plus cruciales auxquelles il ait participé.
Répondant aux questions concernant les tensions internes au sein de l’Alliance et des commentaires récents des États-Unis sur le Groenland, Rutte a rappelé que la nature démocratique de l’OTAN entraînait inévitablement des débats, mais que l’Alliance parvenait toujours à « avancer ensemble ». Il a insisté sur la caractéristique essentielle du moment actuel : l’acceptation par l’Europe d’une responsabilité à long terme, avec un changement désormais ancré politiquement, loin d’être temporaire. « Les gens prennent conscience que nous ne nous séparerons jamais. Nous resterons toujours unis », a-t-il affirmé.
Rutte a également défendu le maintien du rôle américain à la tête du Commandement suprême allié en Europe (SACEUR), soulignant qu’une présence américaine conventionnelle et nucléaire forte demeurera indispensable, même si l’Europe accroît sa contribution via des Commandements conjoints européens. Il a présenté cet équilibre comme logique dans une Alliance dont l’économie américaine représente plus de la moitié du poids économique total.
Pour conclure, Rutte a réaffirmé que le soutien de l’OTAN à l’Ukraine reste indissociable de la sécurité globale de l’Alliance, déclarant : « L’OTAN est aux côtés de l’Ukraine ». Il a également rappelé que les efforts de dissuasion, comme l’exercice Arctic Sentry, témoignent de la volonté de l’Alliance de défendre « chaque centimètre » du territoire allié.