Au Royaume-Uni, l’attribution sans appel d’offres d’un contrat de trois ans supplémentaire à Palantir par le ministère de la Défense suscite des interrogations quant à la pertinence, au rapport qualité-prix et à la dépendance croissante à un fournisseur unique américain pour des données critiques de défense et des capacités d’intelligence artificielle.
Au sein de la Chambre des Lords, la baronne Goldie a souligné que l’accord actuel arrive à expiration en 2025 et a affirmé que des entreprises britanniques s’étaient montrées intéressées par un appel d’offres. Elle a critiqué la décision d’attribuer un nouveau contrat en décembre 2025 sans mise en concurrence ouverte, évoquant “une très désagréable odeur flottant autour de ce dossier” et s’interrogeant sur les discussions lors d’une réunion en février 2025 à Washington réunissant le Premier ministre, Palantir et Peter Mandelson.
Lord Coaker, ministre d’État au ministère de la Défense, a indiqué qu’il prendrait en compte ces remarques avant de répondre après consultation, tout en défendant le recours aux contrats attribués sans appel d’offres. Il a rappelé une déclaration conservatrice à la Chambre des communes indiquant que “de nombreux contrats du MOD sont légitimement attribués sur une base unique” et souligné que le ministère s’appuyait sur les capacités et les antécédents de Palantir pour justifier cette attribution directe.
Le ministre a mentionné un avis de transparence publié en décembre 2025, expliquant les raisons de ce choix, et a affirmé qu’il était “dans l’intérêt du ministère de la Défense et du pays” de procéder ainsi.
Lord Fox a exprimé des réserves sur la question de savoir si ce procédé ne revient pas à externaliser une capacité souveraine, arguant que si les données restent protégées, l’expertise pour les exploiter via les systèmes propriétaires de Palantir resterait détenue par l’entreprise américaine.
En réponse, Lord Coaker a assuré que les données britanniques utilisées dans les logiciels Palantir restent souveraines et sous contrôle du ministère de la Défense, précisant : “Elles résident au Royaume-Uni”. Il a rappelé l’existence de contrôles contractuels stricts, selon lesquels aucune modification ne peut être faite sans consentement britannique, évoquant de “réelles protections” garantissant la sécurité des données tout en permettant au MOD de bénéficier des compétences de Palantir.
Interrogé par Lord Bellingham sur la rédaction éventuelle d’un compte-rendu de la visite de février 2025 chez Palantir, Coaker a répondu : “Pas de compte-rendu de cette réunion, qui était une visite de routine.” Il a précisé que cette visite comprenait une brève présentation, une visite des locaux et des rencontres avec le personnel, insistant sur une démarche normale d’engagement gouvernemental avec l’industrie.
La baronne Wheatcroft a demandé des informations sur les contrats passés avec Anduril, après avoir déjà recherché des détails sur ceux impliquant Palantir et Anduril. Le ministre a indiqué qu’il fournirait une réponse écrite qui serait également disponible à la bibliothèque du Parlement.
Le pair travailliste Lord Watts a soulevé des questions plus larges sur l’attribution de gros contrats de défense sans concurrence, insistant sur l’importance d’encourager l’industrie britannique à concourir autant que possible. Coaker a reconnu que la mise en concurrence est généralement préférable, mais a fait valoir que certaines situations justifient un recours à l’attribution unique. Il a par ailleurs mentionné que Palantir, dans le cadre d’un accord signé en décembre 2025, s’était engagé à injecter 1,5 milliard de livres pour développer les entreprises britanniques, notamment les PME et les compétences, pour garantir une retombée positive au Royaume-Uni malgré l’attribution à un fournisseur américain.
La baronne Cash a exprimé des inquiétudes évoquées par openDemocracy concernant les dons politiques et les liens présumés avec des entreprises susceptibles de bénéficier de ces contrats, s’interrogeant sur l’examen des conflits d’intérêts. Coaker a affirmé qu’il répondrait par écrit si nécessaire, tout en assurant que “tout a été fait correctement et conformément aux règles”, précisant que la décision d’attribution relevait uniquement du secrétaire à la Défense et que ces considérations n’avaient aucun impact sur les décisions d’achat.
Enfin, la baronne Brinton a soulevé des questions sur la gestion des données par Palantir, en référence à d’anciens débats autour de la loi sur les marchés publics sur les restrictions d’accès aux données sensibles de santé. Coaker a réitéré que le contrôle des données de défense était une décision souveraine du gouvernement britannique, assurant : “Rien ne peut être fait sans le consentement du gouvernement du Royaume-Uni”, ajoutant que des protections étaient en place pour empêcher toute circulation des données au-delà des cadres autorisés.