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L’Allemagne n’envisage pas de développer ses propres armes nucléaires mais étudie la possibilité d’intégrer des bombes atomiques françaises et britanniques dans un système de dissuasion similaire au parapluie nucléaire de l’OTAN basé sur les États-Unis, a indiqué le chancelier Friedrich Merz.

« Je ne souhaite pas que l’Allemagne envisage de développer ses propres armes nucléaires », a déclaré Merz lors du podcast Machtwechsel, publié mercredi. C’était sa première interview majeure de l’année.

Au lieu de cela, Merz a proposé d’examiner si la France et le Royaume-Uni pouvaient renforcer leur rôle de dissuasion nucléaire au même titre que les États-Unis, afin de protéger l’Europe et garantir l’intégrité territoriale de l’OTAN.

« Comme avec les Américains, la décision finale dans ce domaine revient aux Français et aux Britanniques », a précisé Merz, décrivant les scénarios d’emploi de ces armes.

La France et le Royaume-Uni disposent de missiles balistiques lancés depuis des sous-marins comme principal pilier de leur dissuasion nucléaire. Paris maintient également plus de 50 missiles de croisière aéroportés pouvant être embarqués sur ses chasseurs Rafale, terrestres et embarqués.

La doctrine actuelle de partage nucléaire de l’OTAN prévoit que les avions allemands Tornado, ainsi que les futurs F-35A, soient équipés du matériel nécessaire pour lancer des bombes nucléaires américaines stockées en Allemagne, même si Berlin ne peut pas prendre seul la décision de leur emploi.

Le président français Emmanuel Macron avait déjà proposé à l’Allemagne d’étendre sa dissuasion nucléaire à son voisin d’outre-Rhin. Toutefois, la France conserve son autonomie stratégique en gardant ses forces nucléaires en dehors du processus de commandement et de prise de décision de l’OTAN.

« Les temps ont changé, et j’aimerais que nous puissions au moins discuter de l’offre française », a souligné Merz. « Dans des moments comme ceux que nous vivons, une telle proposition du gouvernement français ne peut simplement être ignorée ».

Le 13 février à Munich, Emmanuel Macron a annoncé qu’il présenterait dans les semaines à venir un discours clarifiant la doctrine nucléaire française. Selon la presse locale, cette allocution est attendue pour la fin février. Il y a réaffirmé la référence aux déclarations de l’ex-président Charles de Gaulle, selon lesquelles les « intérêts vitaux de la France » ont une dimension européenne.

Le chef de l’État a également évoqué un dialogue stratégique engagé avec Friedrich Merz et d’autres dirigeants européens afin de définir « comment articuler notre doctrine nationale » à travers « une coopération spéciale, des exercices conjoints et des intérêts communs de sécurité avec des pays clés ».

« Je pense que ce dialogue est essentiel, car c’est la manière d’intégrer la dissuasion nucléaire dans une approche globale de défense et de sécurité », a déclaré Emmanuel Macron. « Cela permet de créer une convergence stratégique et culturelle entre l’Allemagne et la France ».

La France mène aussi des discussions avec la Suède, qu’Emmanuel Macron qualifie de « discussion très spécifique, avec un objectif très précis », sans donner davantage de détails.

Dans le contexte de l’invasion russe en Ukraine et de la rupture des relations entre les capitales européennes et Moscou, le débat sur la dissuasion nucléaire a pris de l’ampleur sur le continent. L’Allemagne s’efforce de redéfinir son rôle militaire en Europe tout en renonçant à sa politique extérieure et de défense pacifiste de longue date.

Selon Merz, Berlin reste encadré par ses lois nationales et engagements internationaux concernant la dissuasion nucléaire, en particulier le traité 2+4 entre les deux Allemagnes et les Alliés de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le Traité de non-prolifération nucléaire qui interdit la possession d’armes nucléaires aux États ne les possédant pas avant 1967.

Le chancelier allemand a présenté le partenariat franco-allemand en matière nucléaire comme une option historique, remontant au général De Gaulle dans les années 1960, et qui revient aujourd’hui au premier plan.

« Nous en sommes au tout début », a-t-il déclaré. « Jusqu’à présent, j’ai simplement dit au président français : “Parlons-en”, rien de plus ».

En juillet, la France et le Royaume-Uni ont convenu d’intensifier la coordination de leur dissuasion nucléaire. Les deux gouvernements ont réaffirmé qu’ils ne voyaient pas de situation où les intérêts vitaux de l’un seraient menacés sans que cela ne soit le cas pour l’autre. Ils ont également souligné qu’aucune menace grave contre l’Europe ne pourrait manquer de susciter une réponse commune.

Linus Höller