Le Hamas a exigé l’arrêt total de « l’agression » israélienne comme condition préalable à toute discussion sur Gaza, alors que le « Conseil de la paix » lancé par Donald Trump prépare l’avenir du territoire. Israël, de son côté, insiste pour que les militants se désarment avant le début des travaux de reconstruction.
Le Conseil de la paix de Donald Trump s’est réuni pour la première fois à Washington jeudi, avec plusieurs pays s’engageant à fournir des fonds et du personnel pour la reconstruction de Gaza, plus de quatre mois après un fragile cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
Cependant, cette réunion n’a pas permis de fixer de calendrier pour le désarmement du Hamas ni pour un éventuel retrait de l’armée israélienne de l’enclave dévastée.
« Tout processus politique ou arrangement en discussion concernant la bande de Gaza et l’avenir de notre peuple palestinien doit commencer par un arrêt total de l’agression », a déclaré le Hamas jeudi soir.
Le groupe palestinien a également souligné que les négociations doivent s’appuyer sur « la levée du blocus et la garantie des droits nationaux légitimes de notre peuple, en premier lieu leur droit à la liberté et à l’autodétermination ».
Lors de la réunion du Conseil de la paix, il a été annoncé qu’un petit nombre de pays — Albanie, Indonésie, Kazakhstan, Kosovo et Maroc — s’engageraient à déployer des troupes au sein d’une force internationale de stabilisation (ISF) pour Gaza.
Le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a indiqué à l’AFP que le mouvement islamiste palestinien était « ouvert à la présence de forces internationales mais avec des réserves ».
« Nous souhaitons des troupes de maintien de la paix qui surveillent le cessez-le-feu, en garantissent le respect, et jouent un rôle de tampon entre l’armée d’occupation et notre population à Gaza, sans interférer dans les affaires internes de la bande de Gaza », a précisé Qassem.
L’ISF vise à compter 20 000 soldats, ainsi qu’une nouvelle force de police. L’Indonésie, pays majoritairement musulman, a d’ores et déjà annoncé sa disponibilité à déployer jusqu’à 8 000 soldats.
Un projet « sécurité et paix »
Le Conseil de la paix a été créé après que l’administration Trump, ainsi que les médiateurs traditionnels que sont le Qatar et l’Égypte, ont négocié un cessez-le-feu en octobre, mettant fin à deux années de guerre dévastatrice entre Israël et le Hamas à Gaza.
La prochaine étape du plan de Trump prévoit le désarmement progressif du Hamas, le retrait graduel des forces israéliennes et le déploiement de cette force internationale de stabilisation, avec un comité technocratique palestinien assurant la gestion quotidienne.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé que le Hamas doit déposer les armes avant tout début de reconstruction.
Or, le Hamas refuse de désarmer selon les conditions imposées par Israël.
Les deux parties se sont mutuellement accusées à plusieurs reprises de violer les clauses du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre dernier, après deux ans de conflit.
Lors de la réunion du Conseil de la paix jeudi, Donald Trump a annoncé que plusieurs pays, principalement dans le Golfe, avaient promis plus de sept milliards de dollars pour reconstruire Gaza.
Les habitants de Gaza, interrogés à Khan Younis au sud de la bande de Gaza, oscillent entre espoir et scepticisme face à ce forum organisé à Washington.
Farid Abu Odeh a déclaré : « Trump est simplement une force militaire imposant sa vision au monde, et ce conseil de sécurité dont il se vante n’est qu’une autre porte ouverte à l’occupation de la Palestine, un autre visage de l’occupation sioniste ».
Un autre Palestinien, Mohammed al-Saqqa, a confié prier pour que le Conseil de la paix débouche sur « la sécurité, la paix, et quelque chose de mieux que ce que nous avons traversé ».
Un projet colonial ?
Plusieurs experts et alliés américains manifestent leur scepticisme vis-à-vis du Conseil, craignant qu’il ne marginalise les Nations Unies.
Hugh Lovatt, chercheur principal au Conseil européen des relations étrangères, a déclaré à l’AFP qu’il trouvait « sérieusement inquiétant » ce qui émergeait du Conseil.
Selon lui, beaucoup d’idées concernant la reconstruction de Gaza proviennent de partenaires pro-israéliens, tandis que les voix palestiniennes sont écartées.
« Il s’agit là d’un projet colonial visant à imposer un projet économique étranger à un territoire », a-t-il estimé.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a critiqué la présence d’un représentant de la Commission européenne à la réunion, estimant que cette institution ne disposait pas d’un mandat clair pour représenter les États membres.
L’ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, a quant à lui jugé qu’en l’absence de participation palestinienne et avec de grands plans de reconstruction conditionnés au désarmement du Hamas, il était « difficile de prendre le Conseil de la paix au sérieux ».