L’Inde se positionne comme un hub de développement et un moteur de déploiement, en tirant parti de son vaste vivier de talents et de son infrastructure numérique publique.
« Concevoir et développer en Inde, livrer au monde » : l’appel du Premier ministre Modi.
« L’Inde et la France façonneront ensemble ce futur. Le voyage ne fait que commencer » : Président français Emmanuel Macron.
New Delhi – Le Sommet sur l’impact de l’IA, qui s’est tenu dans la capitale indienne, est devenu bien plus qu’une simple conférence technologique. Il s’agit d’un véritable théâtre de compétition stratégique, où les nations se positionnent pour dominer la technologie phare du XXIe siècle.
Des pays comme les États-Unis, la Chine, l’Inde ainsi que les membres de l’Union européenne exploitent l’intelligence artificielle (IA) pour remodeler leur influence mondiale, à l’image des révolutions engendrées jadis par la technologie nucléaire ou la conquête spatiale.
Ce sommet illustre combien la domination en matière d’IA dépasse désormais l’innovation privée : elle est intimement liée aux politiques nationales, à la souveraineté numérique et au levier géopolitique. Les gouvernements dévoilent des missions nationales dédiées à l’IA, des infrastructures informatiques souveraines et des cadres réglementaires visant à intégrer leurs économies dans les algorithmes de demain.
Au cœur de cette compétition se joue la suprématie technologique à tous les niveaux de la chaîne d’innovation, du design des semi-conducteurs à l’informatique dématérialisée (cloud), en passant par les modèles fondamentaux et les systèmes autonomes. Les géants technologiques comme Microsoft, Google ou OpenAI collaborent étroitement avec les États, brouillant la frontière entre intérêts commerciaux et stratégiques nationaux.
L’Inde, hub de développement et puissance de déploiement
Les nations maîtrisant une infrastructure avancée en IA contrôleront les flux de données, le commerce numérique mondial et les normes internationales. L’Inde se démarque en se positionnant à la fois comme un centre de développement et une force de déploiement, capitalisant sur son large vivier de talents, son infrastructure numérique publique et son échelle, afin de rivaliser avec les leaders établis tout en offrant une alternative crédible aux écosystèmes technologiques occidentaux et chinois.
Dans le domaine de la défense, l’intelligence artificielle accélère l’émergence d’armes autonomes, la surveillance prédictive, la guerre cybernétique ainsi que l’évaluation et la prise de décision accélérées sur le champ de bataille. L’IA est devenue un pilier essentiel de la sécurité nationale. Sur le plan économique, les pays dotés de solides capacités en IA stimuleront une croissance accrue, attireront des investissements et domineront les industries clés du futur.
Ce Sommet sur l’IA en Inde symbolise donc un moment charnière, au-delà d’un simple rassemblement d’innovateurs, un affrontement stratégique déterminant les nations leaders de la prochaine ère de puissance économique, militaire et d’influence technologique.
Le Premier ministre Modi présente la mission MANAV de l’Inde
Le Premier ministre Narendra Modi a qualifié l’intelligence artificielle de force transformative comparable aux tournants majeurs de l’histoire humaine, soulignant l’ampleur, la rapidité et l’impact sans précédent de cette technologie. Il a insisté sur le fait que l’IA ne rend pas seulement les machines intelligentes, mais multiplie les capacités humaines, transformant la manière dont les sociétés travaillent, innovent et prospèrent.
Il a présenté la vision MANAV de l’Inde, acronyme de Systèmes Moraux et Éthiques, Gouvernance Responsable, Souveraineté Nationale, Accessibilité et Inclusion, Validité et Légitimité. Il a insisté sur la nécessité que l’IA demeure éthique, transparente et centrée sur l’humain. Il a appelé à une démocratisation de l’IA pour en faire un levier d’inclusion et d’autonomisation, notamment pour le Sud global, et non un monopole détenu par quelques nations ou entreprises.
Un bien commun mondial
Positionnant l’Inde comme futur leader mondial de l’IA, le chef du gouvernement a mis en avant le vaste réservoir de talents, la solide infrastructure numérique ainsi qu’un écosystème en pleine expansion comprenant semi-conducteurs, centres de données, startups et calcul avancé. Il a souligné que l’IA représente non seulement une opportunité économique mais aussi le plan directeur d’un futur capable de transformer les industries, créer des emplois et stimuler l’innovation.
Au plan international, il a lancé un appel à la responsabilité collective pour faire de l’IA un « bien commun mondial », insistant sur l’importance d’une coopération ouverte, d’un développement partagé et de normes internationales afin d’atténuer les risques liés aux deepfakes ou aux informations erronées.
Le Premier ministre a conclu en invitant le monde entier à « concevoir et développer en Inde, livrer au monde », positionnant l’Inde en tant que plateforme fiable et évolutive pour la prochaine ère du progrès porté par l’IA.
Principaux chefs d’État et de gouvernement présents au Sommet de l’IA 2026 à New Delhi (16–20 février 2026)
| Pays | Nom | Titre/Position |
|---|---|---|
| Inde | Narendra Modi | Premier ministre (hôte) |
| France | Emmanuel Macron | Président |
| Brésil | Luiz Inácio Lula da Silva | Président |
| Espagne | Pedro Sánchez Pérez-Castejón | Premier ministre |
| Slovaquie | Peter Pellegrini | Président |
| Serbie | Aleksandar Vučić | Président |
| Sri Lanka | Anura Kumara Dissanayake | Président |
| Grèce | Kyriakos Mitsotakis | Premier ministre |
| Finlande | Petteri Orpo | Premier ministre |
| Croatie | Andrej Plenković | Premier ministre |
| Estonie | Alar Karis | Président |
| Suisse | Guy Parmelin | Président |
| Pays-Bas | Dick Schoof | Premier ministre |
| Bhoutan | Tshering Tobgay | Premier ministre |
| Île Maurice | Navinchandra Ramgoolam | Premier ministre |
| Kazakhstan | Olzhas Bektenov | Premier ministre |
| Émirats arabes unis | Sheikh Khaled bin Mohamed bin Zayed Al Nahyan | Prince héritier (représentant EAU) |
| Liechtenstein | Prince héréditaire Aloïs | Prince héréditaire |
| Guyana | Bharrat Jagdeo | Vice-président (chef de délégation) |
| Bolivie | Edmand Lara Montano | Vice-président (chef de délégation) |
| Seychelles | Sébastien Pillay | Vice-président (chef de délégation) |
Remarques :
- Le sommet a réuni plus de 20 chefs d’État ou de gouvernement, ainsi que plusieurs vice-présidents et représentants officiels menant des délégations nationales.
- Des dirigeants d’organisations internationales, comme António Guterres (Secrétaire général de l’ONU) et Kristalina Georgieva (Directrice générale du FMI), étaient également présents mais ne figurent pas dans cette liste car ils ne dirigent pas d’États souverains.
Le président Macron : l’IA façonne la géopolitique, le pouvoir économique et l’équilibre mondial
Dans son discours d’ouverture, le président français Emmanuel Macron a souligné l’importance d’un développement souverain, indépendant et collaboratif de l’IA à l’heure où la compétition technologique s’accélère.
Établissant un parallèle entre la révolution de l’infrastructure numérique publique en Inde et la transformation actuelle apportée par l’IA, il a décrit cette dernière comme un domaine stratégique influant sur la géopolitique, le pouvoir économique et l’équilibre global.
« L’IA la plus intelligente n’est pas la plus coûteuse. C’est celle conçue par les meilleurs experts et dans un objectif juste. L’avenir de l’IA appartiendra à ceux qui allient innovation et responsabilité, technologie et humanité. Aucun pays ne doit se contenter d’être un simple marché où des entreprises étrangères vendent des modèles et extraient les données des citoyens. Il existe un chemin pour l’innovation, l’indépendance et l’autonomie stratégique, et l’Inde et la France façonneront ensemble ce futur », a déclaré Emmanuel Macron.
Une stratégie d’IA fondée sur la démocratisation et l’échelle
Ashwini Vaishnaw, ministre indien de l’Électronique et des Technologies de l’Information, a présenté la stratégie indienne d’IA, axée sur la démocratisation, la montée en puissance et la souveraineté. Il a détaillé l’approche exhaustive de l’Inde couvrant les cinq couches du stack IA – applications, modèles, capacités de calcul, talents et énergie – en insistant sur leur déploiement concret dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’éducation et des services publics.
Le secrétaire général de l’ONU plaide pour des garde-fous et un Fonds mondial
António Guterres, Secrétaire général des Nations unies, a salué le leadership de l’Inde pour l’organisation du premier Sommet sur l’IA dans le Sud global. Il a insisté pour que l’avenir de l’IA ne soit pas le fait d’un petit nombre de pays ou d’intérêts privés.
Il a mentionné deux initiatives majeures de l’Assemblée générale de l’ONU :
- La création d’un panel scientifique international indépendant sur l’IA, composé de 40 experts mondiaux.
- Le lancement d’un dialogue global sur la gouvernance de l’IA afin d’assurer une participation inclusive à plusieurs parties prenantes.
Appelant à des garde-fous garantissant l’action humaine, il a déclaré : « L’avenir de l’IA ne peut être décidé par une poignée de pays ou laissé à la discrétion de quelques milliardaires. Nous avons besoin de garde-fous qui conservent l’initiative, la supervision et la responsabilité humaines. »
« L’IA doit être accessible à tous. C’est pourquoi je demande la création d’un Fonds mondial pour l’IA afin de construire des capacités de base dans les pays en développement. L’impact réel signifie une technologie qui améliore les vies et protège la planète. Construisons une IA pour tous avec la dignité comme paramètre par défaut. »
L’IA, la prochaine infrastructure fondamentale : le président de Tata Sons
N. Chandrasekaran, président du groupe Tata Sons, a qualifié l’IA de prochaine infrastructure fondamentale, « l’infrastructure de l’intelligence », comparable à l’électricité, la machine à vapeur ou Internet dans son potentiel de transformation.
Il a souligné les succès indiens en matière d’infrastructure numérique publique et présenté l’IA comme une capacité stratégique nationale construite sur toute la chaîne, des puces aux systèmes, en passant par l’énergie et les applications.
Insistant sur les opportunités majeures pour l’industrie, il a déclaré : « L’IA est la prochaine grande infrastructure. C’est l’infrastructure de l’intelligence. Notre mission est de mettre l’IA à la portée de chaque individu et de chaque citoyen dans notre pays. Nous devons mettre l’IA entre les mains du dernier citoyen de l’Inde, et même du monde entier. Nous sommes à un moment décisif, à l’ère de l’intelligence abondante, où les ressources rares sont la confiance, la responsabilité et les capacités humaines. »
L’Inde, marché d’IA le plus prometteur : Sam Altman
Sam Altman, PDG d’OpenAI, a salué le rôle croissant de l’Inde sur la scène mondiale de l’intelligence artificielle, la décrivant comme l’un des marchés les plus dynamiques et prometteurs.
Au sommet, il a observé qu’il était « incroyable de voir le leadership de l’Inde et son avance en IA », mettant en lumière les progrès du pays pour rendre cette technologie accessible aux populations et communautés.
« Il est frappant de constater combien l’Inde a progressé dans sa mission de faire fonctionner l’IA pour un plus grand nombre de personnes, dans plus de régions du pays. Le leadership de l’Inde en matière d’IA souveraine est également remarquable. »
Une avancée stupéfiante : Dario Amodei, PDG d’Anthropic
Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a fait le bilan du rythme extraordinaire des progrès de l’IA depuis le premier Sommet mondial sur la sécurité de l’IA, organisé à Bletchley Park (Royaume-Uni) en 2023, qualifiant l’évolution des deux dernières années et demie de « stupéfiante ».
Selon lui, l’IA suit une courbe exponentielle depuis près d’une décennie et s’approche rapidement d’un point où les systèmes pourraient surpasser les capacités cognitives humaines dans la plupart des domaines.
« L’IA est en pleine trajectoire exponentielle depuis dix ans, et nous sommes désormais très avancés sur cette courbe. Nous approchons ce que j’appelle ‘le pays des génies dans le centre de données’, un ensemble d’agents d’IA plus capables que la plupart des humains sur la plupart des tâches, coordonnant à une vitesse surhumaine. Ce niveau de performance offre des opportunités extraordinaires pour guérir les maladies, sortir des milliards de personnes de la pauvreté et construire un monde meilleur. Mais il comporte aussi de sérieux risques. Face à la rapidité des changements, nous devons collaborer, entreprises et gouvernements, pour gérer la disruption et garantir que la prospérité soit partagée de manière juste et responsable. »
Un moment ambigu sur scène
Un moment particulier a attiré l’attention lorsque Sam Altman et Dario Amodei, anciens amis et collaborateurs, ne se sont pas donnés la main lors de la « chaîne de la solidarité » que le Premier ministre Modi avait demandée aux dirigeants de former. Les deux leaders ont tenu la main d’autres personnes, mais pas l’un de l’autre. Leurs entreprises s’affrontent dans une lutte intense pour la suprématie en IA.
« Le plus grand changement de plateforme d’une vie » : Sundar Pichai
Sundar Pichai, PDG de Google, a qualifié l’IA de « plus grand changement de plateforme d’une vie », soulignant son potentiel à accélérer les découvertes scientifiques.
« L’IA est le plus grand changement de plateforme d’une génération. Nous sommes au seuil d’une hyper-progression et de nouvelles découvertes qui pourraient permettre aux économies émergentes de dépasser leurs retards. Mais ce résultat n’est ni garanti ni automatique. Pour bâtir une IA vraiment utile à tous, nous devons avancer avec audace, agir de manière responsable et traverser ce moment déterminant ensemble. Nous ne pouvons pas laisser la fracture numérique devenir une fracture de l’IA. »
Lors du Symposium sur la recherche en IA et son impact, M. Vaishnaw a souligné l’importance pour l’Inde de mettre l’accent sur des applications concrètes et à grande échelle, déclarant : « En interagissant avec des milliers de jeunes à l’Expo IA en cours, j’ai été frappé par leur optimisme pour l’avenir. Cette confiance me rend optimiste pour un nouveau chapitre pour notre pays et pour le monde. En Inde, notre priorité est l’IA en périphérie, celle qui résout des problèmes réels, améliore la productivité des entreprises et répond aux défis de santé, d’agriculture et de changement climatique à grande échelle. Ce symposium est une opportunité pour façonner cet avenir de manière responsable, et j’encourage les leaders présents à proposer des idées concrètes pour rendre l’IA sûre et véritablement bénéfique à l’humanité. »
Des investissements massifs des groupes Ambani et Adani
Le groupe Adani s’est engagé à investir 100 milliards de dollars d’ici 2035 dans une infrastructure AI alimentée par des énergies renouvelables, visant à faire de l’Inde un exportateur mondial de technologies d’IA.
Mukesh Ambani, président de Reliance Industries, a présenté une feuille de route ambitieuse pour positionner Jio au cœur de la transformation de l’Inde par l’intelligence artificielle, annonçant trois initiatives phares pour « connecter le pays à l’ère de l’intelligence » :
- Construction de centres de données à très grande échelle, avec plusieurs gigawatts de capacités prêtes pour l’IA. La construction a commencé à Jamnagar, avec 120 MW attendus cette année.
- Avantage énergétique vert, Reliance disposant de près de 10 GW d’énergie propre prête à l’emploi dans les régions de Kutch et d’Andhra Pradesh.
- Développement d’une couche informatique périphérique nationale, étroitement intégrée au réseau Jio, pour rendre l’IA réactive, à faible latence et accessible à proximité des populations.
Les technologies transformatrices dans l’histoire humaine : Sir Demis Hassabis, cofondateur et PDG de Google DeepMind
Sir Demis Hassabis a mis en lumière le potentiel de l’IA pour faire progresser la science et la médecine. « Nous sommes à un seuil où l’intelligence générale artificielle (AGI) se profile à l’horizon. L’IA sera l’une des technologies les plus transformatrices de l’histoire humaine, avec un potentiel extraordinaire pour la science, la médecine et la santé humaine, mais elle comporte également des risques réels. Comme cette technologie affectera le monde entier, un dialogue et une coopération internationaux sont essentiels pour assurer que ses bénéfices soient partagés et que ses dangers soient gérés de manière responsable. »
Il a rappelé le rythme rapide des progrès réalisés depuis la création de DeepMind en 2010 tout en précisant que l’intelligence générale artificielle réelle reste un défi technique.
Il a identifié plusieurs lacunes clés, notamment l’apprentissage continu, la planification à long terme et la cohérence inter-tâches, tout en exprimant un optimisme prudent quant à la capacité de l’IA à inaugurer une nouvelle ère de découvertes scientifiques.
Transformation de la main-d’œuvre
Dame Wendy Hall, professeure d’informatique à l’université de Southampton, a abordé l’avenir de l’IA sous l’angle de la gouvernance, de l’inclusion et de la transformation des métiers. Dans le contexte du Sud global, elle a appelé à la création de systèmes d’IA « pour l’humanité », fondés sur des cadres de sécurité, un accès équitable et des capacités souveraines.
Elle a insisté pour que les stratégies en matière d’IA prennent en compte les priorités nationales, la diversité linguistique et les écosystèmes locaux de données, soulignant l’importance de modèles de développement inclusifs assurant des bénéfices sociétaux durables. Son intervention reflétait un optimisme prudent, invitant gouvernements, chercheurs et jeunes innovateurs, notamment dans les économies émergentes, à orienter l’IA de manière ancrée localement, connectée globalement et fondamentalement inclusive.
Risques émergents
Le professeur Yoshua Bengio, universitaire en informatique à l’Université de Montréal, a mis l’accent sur les risques associés aux systèmes d’IA de plus en plus puissants et autonomes, en particulier les problèmes de désalignement, de comportements trompeurs et d’insuffisance des mécanismes d’évaluation et de protection.
Il a prévenu que les avancées rapides en IA dépassent les dispositifs actuels d’évaluation et de contrôle, appelant à un changement fondamental dans la conception de l’IA, passant des systèmes orientés objectifs et imitation humaine à des modèles basés sur le raisonnement scientifique.
Par ailleurs, S. Krishnan, secrétaire du ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’Information, a affirmé : « Nous abordons ce moment avec un optimisme prudent, en adoptant le potentiel de l’IA tout en restant conscients des risques liés aux normes, à la gouvernance et surtout en veillant à ce que toutes les voix mondiales soient entendues dans le débat sur l’IA. »