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Pour survivre sur le champ de bataille moderne, les parachutistes britanniques s’adaptent pour combattre une guerre invisible se déroulant sur les ondes radio.

Le Phantom Platoon apporte une capacité unique en cyber et activités électromagnétiques (CEMA) à la 16e Brigade d’Assaut Aéroportée, la force de réaction rapide mondiale de l’armée britannique.

Les activités CEMA regroupent la guerre électronique, les opérations cyber et la gestion du spectre électromagnétique. L’objectif est de collecter des renseignements sur l’ennemi, de perturber ses plans et de protéger les forces amies.

Ce peloton, intégré au 2e Bataillon du Régiment Parachutiste (2 PARA), a participé à l’exercice Orion en France, où des soldats britanniques et français des forces aéroportées se sont entraînés ensemble pour se préparer à des crises réelles.

Construire leur propre équipement

Une mission essentielle des spécialistes CEMA consistait à localiser les positions ennemies en traquant leurs transmissions radio. Les soldats utilisaient Kraken, un système de radio définie par logiciel qu’ils ont conçu eux-mêmes.

« C’est une antenne détectant les signaux, reliée à un GPS et pilotée par un ordinateur monocarte », explique le soldat Kai. « Son déploiement ou son démontage prend cinq minutes, et nous pouvons la positionner sur le terrain pour y accéder à distance depuis n’importe où.

« Lorsque nous repérons un signal, nous déterminons ce que c’est et où il se trouve, ce qui aide à dresser un tableau précis de l’ennemi et de ses actions. »

Les parachutistes ont aussi développé d’autres dispositifs comme l’Unagi, un émetteur capable de brouiller les signaux radio ou d’en diffuser de faux ; et le Plankton, un prolongateur Wi-Fi servant à couper la liaison entre un drone et son opérateur.

Le soldat George ajoute : « L’un de nos membres a un diplôme en biologie marine, d’où les noms aux inspirations aquatiques ! Nous fabriquons notre matériel avec des composants achetés en boutique électronique, et grâce à un peu de programmation, on peut reprogamer un appareil pour lui donner un effet différent.

« Par exemple, nous utilisions l’Unagi pour brouiller des radios, puis nous l’avons reconfiguré pour imiter un point d’accès Wi-Fi. L’ennemi a capté ce signal et a cru localiser notre quartier général ; il a alors attaqué cette fausse position. En trompant l’adversaire, une de nos compagnies de fusiliers a pu atteindre son objectif sans rencontrer de résistance. »

L’importance stratégique

Le soldat Kai souligne que le travail du Phantom Platoon est un exemple de « l’initiative des forces aéroportées ».

« En tant que parachutistes, nous voulons être les meilleurs et gagner chaque combat », affirme-t-il. « En observant les conflits actuels, nous constatons que la guerre électronique joue un rôle majeur — nous l’avons vu et avons développé cette capacité nous-mêmes. »

Pour le soldat George, le CEMA a permis de rapprocher sa passion d’enfance pour l’électronique de sa carrière militaire.

« J’ai grandi en jouant à la PlayStation et à la Xbox, puis j’ai commencé à bidouiller du matériel », raconte-t-il. « Quand j’ai entendu parler du CEMA, j’étais très motivé pour m’impliquer. J’aime travailler sur l’électronique, même par mauvais temps, et je ressens concrètement l’impact de mes compétences sur notre efficacité. »

Le lieutenant-colonel Craig Shephard, commandant du 2 PARA, explique : « Le CEMA consiste à comprendre les actions ennemies tout en créant de la confusion sur nos propres intentions. Cela vise à obtenir un avantage, même minime, en temps ou en espace, indispensable pour remporter la bataille.

« Le travail du Phantom Platoon illustre bien la volonté des parachutistes d’innover et de s’adapter au champ de bataille contemporain. Cet enthousiasme et la capacité développée représentent un atout précieux pour tout commandant. »

L’exercice Orion a réuni 2 000 soldats de la 16e Brigade d’Assaut Aéroportée britannique et de la 11e Brigade Parachutiste française, qui se préparent à conduire des opérations défensives. Depuis 2013, ces deux brigades combinées et aéroportées sont entraînées pour déployer ensemble une force conjointe répondant aux crises internationales.