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Des documents militaires révélés récemment montrent qu’l’Iran a secrètement acquis un satellite espion chinois, utilisé pour guider des attaques contre des bases militaires américaines au Moyen-Orient lors du conflit de mars 2026.

Selon des informations issues de documents iraniens confidentiels, le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI) aurait obtenu le contrôle d’un satellite espion chinois nommé TEE-01B, renforçant ainsi la capacité de surveillance et de ciblage précise des installations américaines dans la région.

Les preuves indiquent que ce satellite, lancé depuis la Chine à la fin de l’année 2024, a été acquis par la Force Aérospatiale du CGRI. Des relevés coordonnées, horodatés et analysés confirment que le satellite a surveillé plusieurs sites militaires clés des États-Unis, notamment avant et après des frappes de drones et missiles intervenues en mars dernier.

Un système satellitaire fabriqué par Earth Eye Co, entreprise chinoise spécialisée dans la livraison de satellites en orbite, assure la gestion complète du TEE-01B qui fait partie d’une offre dit de « livraison en orbite » permettant le transfert du contrôle des engins spatiaux à des clients étrangers une fois en orbite.

Dans le cadre de l’accord, le CGRI a aussi accédé aux stations terrestres commerciales d’Emposat, un fournisseur basé à Pékin qui opère un réseau global de stations au sol couvrant l’Asie, l’Amérique latine et d’autres régions.

Cette utilisation d’un satellite chinois à des fins militaires par l’Iran, durant un conflit marqué par des attaques répétées à l’aide de missiles et drones contre des voisins régionaux, suscite une vive polémique. La Chine demeure en effet un partenaire économique majeur des pays du Golfe ainsi que le principal acheteur de leur pétrole.

Des images du TEE-01B ont révélé une surveillance précise de la base aérienne Prince Sultan en Arabie Saoudite les 13, 14 et 15 mars. Le 14 mars, le président américain de l’époque, Donald Trump, confirmait que la base avait été touchée, occasionnant notamment de lourds dégâts sur cinq ravitailleurs en vol de l’US Air Force.

Le satellite a également observé la base aérienne Muwaffaq Salti en Jordanie, des sites proches de la base navale de la 5e Flotte américaine à Manama (Bahreïn), et l’aéroport d’Erbil en Irak, coïncidant avec des attaques revendiquées par le CGRI sur ces zones.

Parmi d’autres sites surveillés figurent le Camp Buehring et la base aérienne Ali Al Salem au Koweït, Camp Lemonnier à Djibouti, ainsi que l’aéroport international de Duqm en Oman. La couverture s’étend aussi aux infrastructures civiles du Golfe, telles que le port à conteneurs de Khor Fakkan, l’usine de dessalement et d’énergie de Qidfa aux Émirats arabes unis et l’installation Alba à Bahreïn, l’une des plus grandes fonderies d’aluminium au monde.

« Ce satellite est clairement utilisé à des fins militaires, opérant sous le contrôle direct de la Force Aérospatiale du CGRI, et non du programme spatial civil iranien », souligne Nicole Grajewski, experte en Iran à Sciences Po. « Cette capacité étrangère est cruciale pour l’Iran en temps de guerre, car elle permet d’identifier les cibles à l’avance et d’évaluer le succès des opérations. »

Le satellite TEE-01B peut fournir des images avec une résolution proche de 50 cm, comparable aux satellites commerciaux occidentaux les plus performants. Cette capacité représente une avancée majeure par rapport aux satellites iraniens Noor-2 et Noor-3, qui offrent respectivement une résolution d’environ 12-15 mètres et 5 mètres, insuffisante pour une identification fine des aéronefs ou la surveillance détaillée des infrastructures militaires.

Earth Eye Co précise que ce satellite fut transféré « en orbite » à un pays non identifié adhérent à l’Initiative chinoise « la Ceinture et la Route », dont l’Iran fait partie depuis 2021. Officiellement, le satellite est destiné à des usages civils tels que l’agriculture, la surveillance océanique, la gestion des urgences ou l’observation des ressources naturelles.

En septembre 2024, la Force Aérospatiale du CGRI aurait déboursé environ 250 millions de yuans (36,6 millions de dollars) pour acquérir le contrôle du système satellitaire, selon des documents consultés par le Financial Times. Emposat fournit le logiciel et la plateforme terrestre pour exploiter le satellite durant toute sa durée de vie, permettant des opérations à distance depuis n’importe où dans le monde.

« Cette approche stratégique de dispersion des ressources spatiales renforce la résilience iranienne », explique Jim Lamson, ex-analyste de la CIA expert de l’Iran. « Les stations terrestres iraniennes ont été attaquées en 2025 et 2026, alors que les stations chinoises situées à l’étranger sont beaucoup plus difficiles à cibler. »

Dans ce contexte, l’armée israélienne a déclaré avoir mené des frappes contre plusieurs installations spatiales et liées aux satellites en Iran pendant le conflit, notamment le principal centre de recherche de l’Agence spatiale iranienne en mars – un site destiné au développement de satellites militaires et à la collecte de renseignement, contribuant « à diriger des tirs ciblant l’ensemble du Moyen-Orient ».

Selon Jim Lamson, le satellite TEE-01B améliore considérablement la capacité de l’Iran à surveiller les bases américaines, en complétant les renseignements humains locaux ainsi que des images satellitaires russes : « Pour les planificateurs militaires iraniens, disposer d’un tel outil constitue un formidable avantage stratégique. »

Cette montée en puissance des capacités satellitaires étrangères en Iran s’accompagne d’une coopération accrue avec la Russie, qui a lancé plusieurs satellites iraniens ces dernières années.

La Chine cherche de son côté à promouvoir son secteur spatial commercial comme essentiellement civil, malgré l’usage croissant de ses technologies à des fins militaires ou duales. Les autorités américaines surveillent étroitement les entreprises chinoises du secteur, soupçonnées de soutenir des acteurs au Moyen-Orient menaçant la sécurité des États-Unis.

En 2025, il a ainsi été rapporté que Chang Guang Satellite Technology, groupe lié à l’armée chinoise, avait fourni des images satellitaires aux rebelles houthis soutenus par l’Iran, facilitant leurs attaques contre des navires militaires américains et commerciaux en mer Rouge.

Emposat a été identifié par un rapport de la Chambre des représentants américaine comme ayant des liens étroits avec la Force Aérospatiale de l’Armée populaire de libération chinoise, incluant du personnel lié à des centres de commande satellitaire clés. Bien qu’Emposat soit une entreprise commerciale, elle a été fondée par un ancien cadre de l’Académie chinoise des technologies spatiales. De même, plusieurs dirigeants et ingénieurs d’Earth Eye ont des connexions avec des universités chinoises réputées pour leur collaboration étroite avec les forces armées nationales.

Ces éléments s’ajoutent à l’inquiétude américaine grandissante sur l’aide chinoise à l’Iran. Dennis Wilder, ancien chef de l’analyse de la Chine à la CIA, rappelle que la Chine a déjà fourni des armements à Téhéran dans une stratégie pragmatique visant à étendre son influence, citant notamment les missiles antinavires Silkworm utilisés pour gêner la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Des sources proches du dossier indiquent que les États-Unis auraient repéré des signes laissant penser que la Chine envisagerait de fournir à l’Iran des missiles portables similaires à ceux employés récemment pour abattre un chasseur F-15 américain. La CIA n’a pas commenté cette information, initialement rapportée par CNN.

Malgré son caractère commercial, Emposat illustre parfaitement la frontière floue qui existe en Chine entre capacités spatiales civiles et militaires.

La Maison-Blanche n’a pas souhaité s’exprimer directement sur les liens entre Emposat et le CGRI, mais un porte-parole a fait référence aux avertissements récents du président Trump, menaçant la Chine de « graves problèmes » si elle livrait des systèmes de défense aérienne à l’Iran.