En 2021, alors chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Pierre Vandier avait insisté sur la nécessité de remplacer au plus tôt les Rafale M les plus anciens, pour des raisons liées à leur usure mécanique ainsi qu’à la gestion de l’âge moyen de la flotte. Cette mise à jour demeure pourtant différée, en raison des priorités stratégiques et des échéances liées aux futures capacités navales.
L’amiral Vandier soulignait que les Rafale M, déployés dès 2001, subissaient depuis longtemps un environnement d’exploitation « agressif », notamment à cause des contraintes mécaniques sévères imposées par les catapultages et appontages sur le porte-avions. « La Marine a été la première à avoir les Rafale, et logiquement, elle sera la première à les perdre du fait de l’usure », avait-il expliqué, rappelant que ces avions étaient maintenus depuis leur mise en service initiale. La modernisation de la flotte passait donc par un important programme de révision et de remise à niveau.
Par ailleurs, il était essentiel pour la Marine de surveiller l’âge moyen de ses appareils afin d’éviter un écart trop important avec celui des Rafale de l’Armée de l’air et de l’espace, ce qui aurait compliqué la gestion opérationnelle et logistique, comme l’avait averti l’amiral, ancien pilote naval.
Le sixième lot de production du Rafale, prévu pour 2029, devait permettre de renouveler environ un tiers de la flotte de Rafale M – qui compte 42 avions répartis notamment dans les flottilles 11F, 12F et 17F – au standard F5, plus moderne et adapté aux évolutions techniques.
Selon le député Frank Giletti, rapporteur du programme budgétaire 178 « Préparation et emploi des forces – Air », sur 45 Rafale commandés, 33 étaient destinés à l’Armée de l’air et de l’espace, contre 12 pour la Marine nationale.
Toutefois, même si la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit l’acquisition de 47 Rafale F5 d’ici 2035, la Marine pourrait ne pas recevoir ses appareils dans ce délai. Deux députés rapporteurs du projet de mise à jour du Plan stratégique de défense 2024-2030 ont souligné que le calendrier des commandes serait fixé lors du lancement effectif de la production au standard F5, avec une priorité accordée au renouvellement des capacités de la Force aérienne stratégique avant 2035.
Ils ont aussi précisé que le calendrier du Rafale Marine F5 était encore en cours d’ajustement, notamment pour correspondre à la mise en service opérationnelle de la Force aérienne navale nucléaire (FANu) à bord du futur porte-avions de nouvelle génération, dont l’entrée en service est prévue pour 2038.
Lors de son audition devant le Comité de la défense le 8 avril, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a confirmé que la priorité donnée au développement du Rafale au standard F5 était liée à la dissuasion nucléaire. « Une option aurait été de rester au standard F4, ce qui aurait fait perdre un avantage compétitif. Mais pour équiper un Rafale du missile ASN4G, il fallait passer au F5. Nous avons donc dû accélérer cette transition. Plutôt que d’acquérir des F4, nous avons choisi de moderniser la flotte à mi-vie et d’aller directement vers le F5. Cela répondra aux besoins de dissuasion et renforcera notre stratégie d’exportation », a-t-elle expliqué.
Patrick Pailloux, directeur général de la Direction générale de l’armement (DGA), a résumé devant le Parlement que le Rafale F5 serait un avion « nouveau », proche du modèle actuel mais avec des systèmes internes repensés, notamment les moteurs grâce au système T-REX. « Tous les capteurs seront modernisés, en particulier le radar », a-t-il indiqué. L’objectif est également que le Rafale F5 puisse opérer en coopération avec un drone de combat avancé ou des drones collaboratifs de combat (CCA). La version navale disposera par ailleurs d’un système d’appontage automatique sur le porte-avions France Libre.