Dan Jarvis, nouveau ministre de la Défense, a inauguré à Swindon le plus grand centre européen de test de drones lors de sa première prise de parole officielle depuis sa nomination, suite à la démission de John Healey. Ce nouveau site doit permettre aux forces armées britanniques de développer et déployer des capacités sans pilote en quelques semaines, au lieu d’années, selon le ministère de la Défense.
Le Centre des systèmes sans pilote, installé au sein de la nouvelle installation DroneTEX, sera le cœur du Royaume-Uni pour le développement et les essais de technologies de drones. Il favorisera également la coopération avec l’industrie, les alliés et les partenaires. Avec ses 50 600 m², soit plus de dix terrains de football, ce centre est, d’après le ministère, la plus grande installation européenne dédiée aux drones.
Au cours de sa visite, Jarvis a rencontré des acteurs de l’industrie de la défense, des investisseurs et des spécialistes militaires. Il a souligné que « la nature de la guerre change, et elle évolue rapidement ». Citant les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, il a précisé que les systèmes sans pilote « évoluent rapidement et redéfinissent les conflits, que ce soit sur terre, dans les airs ou en mer ». Selon lui, cette nouvelle installation permettra au Royaume-Uni « d’adopter des technologies qui révolutionnent la guerre », et de rendre accessibles des équipements qui prenaient auparavant des années à arriver sur le terrain « en quelques semaines, car dans cette nouvelle ère, ce sont les plus rapides à innover qui gagneront ».
Fait notable, la presse initialement invitée à l’inauguration a finalement été exclue, sans doute pour éviter des questions embarrassantes sur le Plan d’Investissement de la Défense et les récentes démissions de John Healey et du ministre des Armées Al Carns, partis le même jour en raison de désaccords sur le financement du plan. L’événement s’est donc déroulé sans présence médiatique, la communication officielle s’étant faite par un communiqué du ministère.
Le ministère explique que les conflits en Ukraine et en Iran ont motivé la création de ce centre, où des systèmes peu coûteux détruisent des cibles de grande valeur, avec des cycles d’innovation mesurés en semaines. Il précise que l’Ukraine utilise environ 200 000 drones par mois, et que lors du pic du conflit en Iran, près de 700 drones étaient lancés quotidiennement.
Le centre travaillera étroitement avec les entreprises britanniques, notamment les PME, en appuyant les exportations et en créant des emplois qualifiés. Il s’appuiera sur la gestion des données et l’intégration numérique, alors que le Royaume-Uni mise sur l’intelligence artificielle et l’autonomie, notamment via la nouvelle Task Force RAID (Rapid AI Delivery), annoncée la semaine dernière par le Premier ministre et le chef d’état-major de la Défense.
Les chiffres liés à cette annonce illustrent l’importance accordée à l’autonomie par le gouvernement. La Revue stratégique de défense prévoit une augmentation de 2 milliards de livres sterling des investissements dans l’autonomie au cours de ce mandat, portant à 4 milliards le total consacré aux systèmes autonomes. Depuis juillet 2024, le ministère de la Défense a engagé plus de 450 millions de livres dans les systèmes sans pilote, dont 300 millions en recherche et développement. Sur la dernière année, UK Defence Innovation, l’agence d’innovation du ministère bénéficiant d’un budget annuel protégé de 400 millions de livres au minimum, a injecté plus de 142 millions dans des investissements rapides pour accélérer la production de drones et d’armes anti-drones.
Cette inauguration offre au nouveau ministre une tribune favorable dès son arrivée, dans un contexte difficile marqué par un héritage complexe. Le Plan d’Investissement de la Défense, qui a précipité la démission de son prédécesseur, reste pour l’instant inédit. Par ailleurs, le sommet de l’OTAN à Ankara approche, tandis que les représentants de l’industrie, la commission de la Défense et un des auteurs de la Revue stratégique dénoncent depuis vingt-quatre heures un financement nettement insuffisant au regard des enjeux actuels.