La France a engagé des négociations exclusives avec le consortium formé par Safran et MBDA pour l’acquisition d’un système national de lance-roquettes multiple (LRM) et ses munitions, a annoncé la ministre des Armées, Catherine Vautrin, lors du salon Eurosatory près de Paris.
Cette décision intervient après le rejet d’une offre concurrente présentée par un consortium regroupant Thales et ArianeGroup, ainsi que des propositions étrangères comme le système HIMARS de Lockheed Martin et le lanceur Chunmoo de Hanwha Aerospace. La ministre a souligné que la France privilégiait une solution souveraine.
Les forces terrestres françaises réclament depuis plusieurs années un successeur à leurs lance-roquettes multiples LRU M270, désormais dépassés. Le besoin en capacités d’attaque à longue portée est considéré comme une des carences majeures des armées de Terre, particulièrement alors que la France se prépare à un conflit de haute intensité. Le gouvernement s’était engagé à choisir une solution basée sur le meilleur compromis entre les délais de livraison, les performances, le coût et la souveraineté industrielle.
« Nous sommes actuellement en négociations exclusives avec un consortium souverain formé par Safran et MBDA », a déclaré Catherine Vautrin. « Je tiens à remercier tous les candidats pour la qualité de leurs propositions ».
À ce jour, l’Europe ne produit pas en masse de systèmes modernes de lance-roquettes multiples conçus indépendamment, et dépend principalement de technologies américaines, sud-coréennes et israéliennes. Le gouvernement français a étudié en avril dernier les deux offres nationales ainsi que des solutions commerciales étrangères.
Lors d’une conférence de presse à Eurosatory, le général Philippe de Montenon, commandant des forces terrestres et opérations françaises, a insisté sur le rôle essentiel de l’artillerie de roquettes dans la montée en puissance d’une division pleinement opérationnelle en 2027, puis d’un corps d’armée en 2030.
« Nous en avons besoin, évidemment, aussi rapidement que possible », a précisé le général de Montenon. « L’Armée est bien consciente qu’il faut disposer d’une capacité initiale pour remplacer dès 2030 les lance-roquettes à usage unique existants. C’est crucial ».
Safran et MBDA ont indiqué en avril qu’ils sont en mesure de livrer les premiers systèmes de lancement multiple en 2029, sous réserve du choix favorable des forces armées françaises.
Cette annonce intervient après la première campagne d’essais menée par les deux entreprises avec leur munition Thundart, développée pour le programme français d’attaque terrestre longue portée, réalisée début juin sur le site d’essais de l’île du Levant en Méditerranée.
Ce missile sol-sol affiche une portée de 150 kilomètres, avec des études en cours pour développer des munitions à plus longue distance.
Safran précise que le missile Thundart est compatible avec le système de conduite de tir d’artillerie Thales Atlas et utilise un guidage issu du kit bombes planeuses AASM Hammer, offrant une précision métrique. Parmi les évolutions possibles présentées à Eurosatory figurent un allongement de la portée jusqu’à 300 kilomètres ainsi que des versions pouvant être lancées depuis des avions ou des navires.
Le lance-roquettes exposé par Safran au salon était monté sur un camion Scania, illustrant une solution mobile et agile.