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MBDA a réalisé avec succès les premiers tirs de son missile CROSSBOW OWE Heavy, marquant une avancée majeure dans le développement d’une arme d’attaque terrestre européenne capable d’atteindre des cibles à plus de 800 km. Cette étape clé s’inscrit dans la volonté de renforcer la capacité de frappe à longue portée des forces terrestres européennes dans le contexte de la reconstruction stratégique du continent.

Le programme CROSSBOW est passé de la phase de conception aux essais de tir en seulement neuf mois, grâce à une architecture modulaire intégrant des composants militaires et commerciaux français, britanniques et européens. Cette rapidité illustre une tendance générale vers une production accélérée, des options d’engagement modulaires et une dissuasion adaptée aux conflits de haute intensité.

Positionné entre l’artillerie à roquettes de courte portée et les missiles de croisière haut de gamme, le CROSSBOW OWE Heavy se définit comme un missile terrestre à longue portée destiné à neutraliser des cibles statiques à haute valeur stratégique. Il ne doit pas être confondu avec un drone réutilisable ou une munition capable de chercher des cibles mobiles sur une large zone.

Les caractéristiques principales du missile indiquent une longueur d’environ 5,3 mètres, un poids d’environ 750 kg, une envergure de 3 mètres, une vitesse de vol subsonique et une baie de charge utile modulaire pouvant transporter jusqu’à 300 kg de charges cinétiques ou non-cinétiques. Ces spécifications le placent au-dessus des drones d’attaque jetables, tout en restant plus abordable et moins complexe que les missiles de croisière traditionnels.

Le cœur du concept réside dans la charge utile modulable. Avec 300 kg de capacité, les ingénieurs disposent d’une large marge pour diverses missions :

  • Une ogive unique à fragmentation explosive pour détruire dépôts, radars, postes de commandement, réservoirs de carburant, aéronefs au sol ou infrastructures légères,
  • Une charge pénétrante ou à action retardée adaptée aux installations renforcées,
  • Ou une charge non cinétique dédiée à l’attaque électronique, la désinformation ou les missions de guerre électronique.

MBDA n’a pas précisé les types d’ogives, les options de détonation, le poids précis de l’explosif ou les caractéristiques du système de guidage, qui restent donc à confirmer. Néanmoins, la charge utile est suffisamment conséquente pour rendre le CROSSBOW pertinent contre des cibles opérationnelles de grande envergure, au-delà des simples véhicules tactiques ou petits abris de campagne.

Le système de guidage combine plusieurs technologies essentielles à la précision sur de longues distances. En effet, un missile volant sur plus de 800 km ne peut se fier exclusivement au positionnement par satellites, sujet aux brouillages.

Les informations disponibles indiquent que le CROSSBOW intègre :

  • Une navigation inertielle assurant la continuité en cas de perte de signal,
  • Un système GNSS protégé contre les interférences,
  • Un guidage par corrélation d’images avec intelligence artificielle,
  • Et un capteur terminal.

Cette navigation multi-couches est particulièrement adaptée à la guerre électronique moderne, telle qu’elle est pratiquée souvent par la Russie, où brouillage et spoofing GPS sont monnaie courante. Le missile peut ainsi maintenir sa précision malgré ces contestations.

Dans un contexte opérationnel, le CROSSBOW serait principalement employé au niveau des corps d’armée ou des théâtres d’opération, plutôt qu’au niveau brigadier. Il viserait non pas les combats rapprochés, mais des infrastructures arrière stratégiques telles que :

  • Dépôts de munitions,
  • Points de transbordement ferroviaire,
  • Centres de distribution de carburant,
  • Radars de défense aérienne,
  • Quartiers généraux,
  • Zones de préparation de missiles,
  • Bases aériennes situées à plus de 800 km.

La chaîne de mission hypothétique mobiliserait une détection précise via renseignement national, drones, surveillance électronique, forces spéciales ou ISR alliées, avant la planification, le lancement et l’évaluation post-mission. La nature statique des cibles implique que la qualité du renseignement et la synchronisation optimale restent fondamentales. Ce missile s’avère moins adapté aux cibles mobiles comme les lanceurs mobiles ou certaines défenses anti-aériennes, à moins que la localisation soit à jour et les délais de réaction très courts.

Le potentiel tactique du CROSSBOW dépend largement de son coût, de la quantité disponible et de sa capacité à survivre face à des défenses aériennes étagées, éléments que MBDA n’a pas encore dévoilés en détail. Le constructeur souligne que cette arme offre un compromis intéressant entre capacité, complexité réduite, coût moindre et évolutivité de la production, avec une mise en fabrication possible dès 2026 et un objectif de hausse de 40 % de production par rapport à 2025.

Le principal enjeu pour les gouvernements européens sera d’acquérir le CROSSBOW en nombre suffisant pour influer significativement sur la planification des frappes. Une production limitée limiterait sa concurrence avec les missiles de croisière, tandis qu’une acquisition massive permettrait des frappes répétées visant à neutraliser des infrastructures arrière.

Ce missile s’intègre également dans la gamme plus large des missiles d’attaque profonde de MBDA, qui inclut :

  • Le THUNDART, avec un rayon d’action de 150 km,
  • Le DELUGE, destiné aux missions de saturation à moindre coût,
  • Et le missile de croisière terrestre NCM-LCM MK2, prévu pour plus de 1000 km, offrant une haute précision métrique, des capacités de salve synchronisée, une résistance accrue au brouillage GNSS et une meilleure survie en environnement hostile, avec un lancement terrestre envisagé en 2029.

Ces premiers tirs témoignent de progrès techniques significatifs, mais laissent encore en suspens plusieurs questions clés pour l’acquisition militaire : prix unitaire, précision, rythme de production, moyens de lancement, capacité de résistance face aux défenses aériennes ou localisation des fournisseurs européens dans la chaîne d’approvisionnement.

Au vu des éléments disponibles, le CROSSBOW propose une option novatrice qui se positionne entre l’artillerie rapide à roquettes et les missiles de croisière avancés. Pour les armées européennes, cette zone d’action n’est plus théorique : elle incarne désormais le besoin d’une munition capable d’atteindre des cibles arrière à grand rayon, avec une charge utile et une capacité de stockage suffisantes pour préserver les missiles de croisière coûteux pour les objectifs les plus critiques.

Evan Lerouvillois