La Grande-Bretagne déploie une installation d’impression 3D directement à la base navale de Clyde pour produire sur demande des pièces destinées à ses sous-marins. Cette avancée vise à réduire la durée des périodes d’immobilisation des bâtiments entre les patrouilles opérationnelles.
Ce nouveau dispositif résulte de deux contrats passés avec l’équipe d’impression additive du Submarine Delivery Group. La solution intégrée « Additive Manufacturing All In One », accompagnée de la Market Access Cell, permet la fabrication sur place de composants pour sous-marins, en collaboration entre QinetiQ et les sous-mariniers de la Royal Navy, avec une livraison immédiate aux unités concernées.
Une capacité souveraine pour accélérer la maintenance
Selon QinetiQ, cette solution « All In One » constitue une capacité souveraine britannique de proximité conçue pour réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement externes complexes et accélérer les délais de réparation des sous-marins de la Royal Navy.
Le système combine deux fonctions : les containers All In One assurent la production courante sur site, tandis que la Market Access Cell gère des pièces plus complexes qui ne peuvent être fabriquées localement. Les containers All In One, conçus et fabriqués par les équipes techniques de QinetiQ à Farnborough, ont été transférés à Faslane, où l’un des containers sert à la numérisation des pièces afin de créer des plans numériques. Ces pièces sont ensuite ré-ingénierées dans l’atelier voisin par impression polymère.
La Market Access Cell fait appel à des installations spécialisées réparties au Royaume-Uni pour le rétro-conception des pièces, dont les plans numériques sont partagés avec un réseau accrédité de petites et moyennes entreprises britanniques et australiennes, issues notamment du secteur de la Formule 1.
QinetiQ opèrera ces containers à Faslane avec le soutien des sous-mariniers de la Royal Navy, apportant son expertise technique et ses connaissances des plateformes pour aider le Submarine Delivery Group à qualifier les composants produits par ces deux voies en vue de leur intégration dans la chaîne d’approvisionnement globale.
Une réponse aux enjeux de disponibilité des sous-marins
Will Blamey, Directeur général Défense Royaume-Uni chez QinetiQ, souligne que cette capacité combinée répond à une contrainte majeure pour la disponibilité des sous-marins. « Notre expertise éprouvée dans l’impression 3D, associée à la technologie de pointe installée à la base navale de Clyde, nous permettra d’imprimer, scanner et rétro-concevoir des pièces pour sous-marins à la demande, rapidement et au quai, facilitant ainsi un retour accéléré des bâtiments à leurs missions, » explique-t-il.
Le First Sea Lord, le général Sir Gwyn Jenkins, qui a lancé en janvier le plan de récupération de la maintenance sous-marine, a salué cette mise en œuvre comme une avancée concrète. « L’arrivée de ces ateliers déployables marque une étape dans la réalisation du Submarine Maintenance Recovery Plan. Cette nouvelle technologie a le potentiel de transformer la maintenance de nos sous-marins, réduire leur temps d’immobilisation et augmenter leur disponibilité. C’est un progrès tangible pour renforcer la flotte sous-marine de la Royal Navy, » a-t-il déclaré.
Ce plan a été initié face aux préoccupations persistantes concernant la disponibilité des sous-marins nucléaires britanniques, ainsi que la longueur croissante des périodes de maintenance à quai. Les sous-marins d’attaque de la classe Astute et les sous-marins lanceurs d’engins de la classe Vanguard ont particulièrement souffert de ces allongements, Faslane, base de ces deux flottes, étant au cœur des efforts de redressement.
Une expertise éprouvée en conditions réelles
QinetiQ a déjà une expérience solide dans le domaine de l’impression 3D appliquée à la maintenance sous-marine. Récemment, lors d’une période de maintenance à Perth (Australie-Occidentale) en mars 2026 du HMS Anson, cinquième sous-marin Astute, l’entreprise a rapidement conçu et réalisé les pièces critiques nécessaires, livrant des remplacements en environ quatre semaines, bien en deçà des délais habituels des circuits d’approvisionnement classiques. Cette expérience a contribué à la conception et à la mise en œuvre du système All In One déployé à Faslane.
Paul Duff, scientifique associé en matériaux chez QinetiQ, souligne la rapidité du passage du concept à la capacité opérationnelle : « Travailler dans la structure Additive Manufacturing All-in-One avec le personnel de la Royal Navy nous offre une opportunité unique de démontrer comment l’impression 3D peut révolutionner la maintenance courante des sous-marins. Voir le dispositif prendre forme à Farnborough puis être déployé à la base navale de Clyde est extrêmement gratifiant. »
Le commandant Max, responsable de l’impression additive au sein du Submarine Delivery Group, insiste sur les bénéfices directs pour les sous-marins : « En permettant aux ingénieurs de produire des pièces sur site, nous réduisons la dépendance à des chaînes logistiques complexes et accélérons les délais de réparation, améliorant ainsi l’état matériel et la disponibilité des sous-marins. »
L’impression 3D, moteur d’innovation dans la maintenance navale
L’impression additive est sortie du stade de prototype pour s’imposer progressivement dans l’ingénierie de défense ces dix dernières années. Les marines alliées, notamment celles des États-Unis, d’Australie et des Pays-Bas, ont mené des projets parallèles afin d’intégrer cette technologie dans leurs chaînes d’approvisionnement. Celle-ci s’avère particulièrement adaptée à la fabrication de composants à faible volume et haute spécification, destinés à des plateformes anciennes, où les chaînes logistiques classiques sont lentes ou où les fabricants d’origine ne proposent plus certaines pièces.