Sept personnes ont été tuées hier lors d’un bombardement terroriste sur la ville de Dnipro en Ukraine. Dans la nuit, une attaque ukrainienne majeure visant des objectifs légitimes en Russie a frappé pour la deuxième fois une station de liaison satellitaire près de Moscou, ainsi qu’un dépôt de pétrole à Novorossiïsk et probablement d’autres cibles. Parallèlement, le Royaume-Uni restructure sa défense à l’image de l’Ukraine, investissant cinq milliards de livres sterling dans une transformation axée sur des systèmes non habités bon marché, notamment des drones en masse, tout en gelant de nouveaux destroyers et frégates, mais en développant une nouvelle classe de navires pour drones et des avions de combat autonomes opérant en escouade avec des appareils pilotés, dans ce que l’on qualifie de concept “leaner and meaner”.
Lors du bombardement terroriste russe contre la grande ville de Dnipro, sept civils ont perdu la vie, dont un homme de 59 ans décédé à l’hôpital des suites de ses blessures. Six hommes et une femme ont été tués. Seize patients restent hospitalisés, dont sept en soins intensifs, ce qui laisse craindre une hausse du bilan.
La station de relais satellitaire de Dubna près de Moscou a de nouveau été bombardée cette nuit par l’Ukraine. Cette installation avait déjà été gravement endommagée lors d’une précédente attaque, avec au moins trois grandes antennes détruites et des dégâts sur des installations secondaires. La station est utilisée pour les communications avec les satellites espions russes. Des images montrent la fumée s’élevant de l’installation, et il est probable que des images satellites des nouvelles destructions seront bientôt publiées.
Du côté russe, Moscou affirme avoir abattu 419 drones ukrainiens, dont 56 en direction de Moscou, un chiffre à comparer aux 154 drones russes lancés contre l’Ukraine, dont 138 ont été neutralisés. Ceci indique que l’Ukraine dispose désormais d’une capacité de frappes par drones presque trois fois supérieure à celle de la Russie. Par ailleurs, un dépôt pétrolier situé en hauteur au-dessus du grand port de Novorossiïsk a également été bombardé cette nuit, déclenchant un incendie visible sur des photographies. Le port a aussi subi des attaques à basse altitude par des drones ou des engins incendiaires, et la défense anti-aérienne a riposté en tirant au-dessus de la ville.
Le Royaume-Uni modernise sa défense en s’inspirant du modèle ukrainien, investissant massivement dans des systèmes de drones peu coûteux et déployables en masse. Selon Politico, le budget drones s’élève à 5 milliards de livres sterling, soit plus de 64 milliards de couronnes suédoises. Le pays cesse d’investir dans la construction de nouveaux destroyers Type 83 et frégates Type 32, et a décidé de commander six navires Common Combat Vessel (CCV). Ces bâtiments serviront de plateformes pour différents systèmes non habités, notamment les chasseurs de sous-marins autonomes Type 93, les plates-formes de combat autonomes Type 91, ainsi que les plates-formes de capteurs Type 92 et 94.
La Royal Air Force prévoit aussi d’équiper ses avions de chasse d’« ailiers » autonomes, c’est-à-dire des drones accompagnant les avions pilotés en missions de combat. Cette stratégie, qualifiée de “leaner and meaner”, vise à développer des systèmes peu coûteux capables de neutraliser des cibles à haute valeur, avec des cycles d’innovation mesurés en semaines plutôt qu’en années. Bien que certains programmes comme les CCV et les “ailiers” autonomes prendront du temps et seront coûteux, cette approche diversifiée enrichira la panoplie des capacités militaires britanniques.
“Mais l’invasion russe de l’Ukraine a bouleversé l’ancien modèle de défense européen. Elle a mis en lumière la vulnérabilité des systèmes coûteux, souligné la nécessité de disposer en grand nombre de drones et munitions bon marché, et accéléré la transition vers les systèmes autonomes, le ciblage assisté par intelligence artificielle et l’innovation rapide sur le champ de bataille.”
Espérons que d’autres pays emboîteront le pas, même si le Royaume-Uni, en tant qu’île éloignée de la future ligne de front, a des besoins spécifiques. La Suède, par exemple, a encore besoin de frégates pour soutenir ses alliés de l’OTAN dans des opérations expéditionnaires, qu’il s’agisse du Groenland, du Svalbard, du Nord de la Norvège, de la Méditerranée, ou pour escorter des missions d’aide au sein des pays baltes et de la Finlande. Néanmoins, comme un artisan dispose de plusieurs outils, la diversification est essentielle.
La Suède reste attachée à des systèmes coûteux nécessitant des années de développement, ce qui a longtemps constitué la base de son industrie de défense. Cette résistance, présente aussi au sein des autorités militaires suédoises, défend ces choix par intérêt et carrière. Il est toutefois à souhaiter que cette posture évolue à court terme, idéalement avant d’être contrainte de l’adopter à travers le dur apprentissage du combat.
Note : L’article fera l’objet de mises à jour régulières. Nous suivons de près le conflit russe en Ukraine, les questions de défense et les enjeux géopolitiques associés.
Razom do peremohi !
Un ancien oligarque ukrainien, son épouse et un enfant ont été blessés dans une explosion à Monaco ce matin. L’oligarque avait renoncé à sa citoyenneté ukrainienne en 2019 pour devenir citoyen chypriote. Ses avoirs ont été gelés en Ukraine et il est sous sanctions ukrainiennes. Cette attaque, dont les circonstances restent floues, est suspectée d’être un acte ciblé et fait l’objet d’une enquête.
La piste d’un règlement de comptes entre oligarques pro-russes ou au sein de réseaux liés à l’économie russe criminelle intégrée est envisagée, tout comme celle d’une action des services ukrainiens contre des traîtres présumés. Cependant, de telles mesures punitives n’ont généralement pas lieu en Occident, Monaco étant considéré comme neutre, même s’il est lié à des intérêts russes.
Note : en Ukraine, le terme « famille » englobe souvent un cercle élargi, comprenant cousins, frères et sœurs des parents, grands-parents, voire leurs parents encore en vie.
Concernant l’intégration étroite entre criminalité organisée et État russe, une étude récente met en lumière la porosité entre ces sphères. Le rapport « Brottets imperium » de l’École de défense suédoise, ainsi qu’une étude d’Acta Publica, démontrent comment la criminalité organisée fait partie intégrante du système étatique russe depuis des siècles, phénomène peu connu mais essentiel à comprendre dans les domaines du contre-terrorisme, de la défense et de l’économie.
De nombreux investisseurs suédois ayant tenté d’opérer légalement en Russie ont subi d’importantes pertes, faisant du 24 février 2022 un point de rupture incitant au retrait. Toute activité profitable d’une entreprise étrangère en Russie suppose à minima des coopérations avec des organisations criminelles, notamment pour la protection (« krysha »), présentées légalement via des factures d’entités proche du crime organisé ou de fonctionnaires corrompus. La loi russe reste un instrument sélectif appliqué uniquement aux ennemis de l’État – la société russe ne souffre pas de corruption, elle en est constituée dans son fonctionnement même.
Quel que soit l’issue du conflit ou l’éventuel départ de Vladimir Poutine, le système russe fondé sur cette symbiose entre pouvoir et crime organisé ne devrait pas fondamentalement changer : les structures d’État remplissent des fonctions plus que refléter une personnalité dirigeante.
Sur le terrain, plusieurs incidents ont été rapportés dans les dernières heures :
- Des files d’attente inhabituelles aux stations-service sur le pont de Kertch, dans les régions de Briansk et du Khabarovsk, malgré les déclarations officielles de disponibilité du carburant.
- Un drone ukrainien a touché une cible dans la région de Moscou, provoquant une explosion et des dégâts matériels, illustrant la persistance des frappes ukrainiennes au plus près de la capitale russe.
- Des signaux faisant état d’une dilution du carburant vendu dans les stations russes, provoquant la panne de véhicules récents particulièrement sensibles, notamment des modèles occidentaux comme Mercedes.
- La Russie remplace le pont Tchongar vers la Crimée détruit par une digue comblant le passage d’eau, sur laquelle une route sera construite. Cette solution rend l’infrastructure beaucoup plus difficile à détruire, bien qu’une éventuelle section temporaire et rapide à rétablir puisse être envisagée.
- Une pièce d’artillerie lourde russe MSTA-S a été incendiée après avoir été touchée par un drone FPV ukrainien, provoquant une détonation spectaculaire de la munition embarquée.
- Les pertes russes hier ont été massives : 1350 soldats, 71 pièces d’artillerie, 492 véhicules logistiques, un système antiaérien lourd, deux unités d’équipements spéciaux, treize véhicules chenillés et sept véhicules blindés (dont un char), selon le général ukrainien.
Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyj a confirmé l’attaque contre la station spatiale de communication de Dubna :
“Aujourd’hui, nos sanctions à longue portée contre la Russie dans cette guerre ont une nouvelle fois frappé le centre spatial de communication de Dubna, dans la région de Moscou. Il s’agit d’une installation satellitaire spéciale utilisée notamment pour la reconnaissance et la coordination des opérations des forces d’occupation russes en Ukraine.”
