Le Royaume-Uni place la puissance aérienne future au cœur de son plus important programme de dépenses de défense depuis plusieurs décennies, avec un engagement de 8,6 milliards de livres sterling (11,5 milliards de dollars) sur les quatre prochaines années pour le Programme Aérien de Combat Global (GCAP). Cette initiative s’inscrit dans un plan d’investissement en défense plus large, totalisant 298 milliards de livres sterling (395 milliards de dollars), qui inclut également un renforcement des capacités dans les domaines des drones, des véhicules autonomes et de l’intelligence artificielle.
Ce plan, annoncé par le Premier ministre Keir Starmer lors d’un discours prononcé chez Malloy Aeronautics le 30 juin, ajoute 15 milliards de livres (19,5 milliards de dollars) au précédent budget défensif issu de la Revue stratégique de défense de l’année dernière, portant ainsi les dépenses de défense britanniques à près de 300 milliards de livres (396 milliards de dollars) sur quatre ans.
La Royal Air Force, acteur central de cet investissement majeur, bénéficiera en particulier d’un financement dédié au développement du chasseur de sixième génération, conjointement avec le Japon et l’Italie. Ce volet intègre le programme GCAP issu de la fusion du projet britannique Tempest avec l’initiative japonaise FX, qui vise à concevoir un avion de combat furtif doté de capacités avancées en intelligence artificielle, de capteurs interconnectés en réseau, ainsi que d’une puissance de traitement bien supérieure aux avions actuels. Ce futur appareil doit remplacer l’Eurofighter Typhoon à partir de la seconde moitié des années 2030.
Lors de cette présentation, Keir Starmer a réaffirmé l’engagement du gouvernement à construire les « avions de combat Tempest » à travers un investissement de 8,6 milliards de livres sterling, précisant que ces chasseurs furtifs de sixième génération seront déterminants pour la sécurité aérienne du Royaume-Uni dans les décennies à venir, tout en revitalisant l’industrie aéronautique britannique.
Le Premier ministre a également souligné que cette injection de fonds exceptionnelle répondait à l’évolution rapide du contexte sécuritaire mondial : « Cet investissement record priorise la protection du public britannique, transformant nos forces armées et leur fournissant les moyens nécessaires pour défendre la nation. » Il a ajouté : « Le monde est devenu plus dangereux et instable. Il est donc légitime d’augmenter nos effectifs sur le terrain, de reconstituer nos réserves de munitions et d’investir dans une technologie de pointe pour surpasser nos adversaires générations après générations. »
Le programme GCAP, l’un des plus importants au sein du Plan d’Investissement en Défense, concerne les phases de conception et d’étude du projet. Il constitue un pilier stratégique renforçant la base industrielle aéronautique britannique et approfondissant la coopération de défense avec le Japon et l’Italie, en particulier dans les zones Indo-Pacifique et Euro-Atlantique.
Par ailleurs, la flotte actuelle de Typhoon continuera à être modernisée jusqu’aux années 2040, assurant ainsi la continuité de la capacité de défense aérienne britannique jusqu’à la mise en service du nouvel avion de combat.
La stratégie aérienne britannique prépare une intégration accrue des drones et des systèmes autonomes, conçus pour opérer comme des coéquipiers des chasseurs pilotés. En complément du GCAP, le gouvernement investira plus de 5 milliards de livres (6,7 milliards de dollars) sur quatre ans pour accélérer l’adoption de drones et de systèmes autonomes au sein des forces armées. Parmi ces crédits, 650 millions de livres serviront à financer des systèmes autonomes jetables à faible coût, qu’il s’agisse de drones aériens ou de véhicules terrestres sans pilote, destinés à augmenter rapidement la puissance de combat sur tous les théâtres d’opérations.
Cette approche s’inscrit dans la vision d’un « système de systèmes », où les chasseurs pilotés travailleront en synergie avec des aéronefs sans pilote capables d’effectuer des missions de reconnaissance, de guerre électronique, de leurre et d’attaques de précision. Ce modèle sera soutenu par des réseaux de ciblage intégrant des logiciels d’intelligence artificielle pour améliorer la rapidité et l’efficacité des décisions tactiques.
Le programme prévoit aussi un investissement massif de plus de 63 milliards de livres (83,3 milliards de dollars) visant à renforcer la dissuasion nucléaire britannique. Cela inclut le financement des nouveaux sous-marins lanceurs d’engins Dreadnought, du sous-marin nucléaire d’attaque SSN-AUKUS, de nouvelles ogives, ainsi que d’autres travaux cruciaux relatifs à la composante nucléaire. Le Premier ministre a par ailleurs annoncé l’acquisition de 12 avions F-35A supplémentaires ainsi que la participation du Royaume-Uni à la mission nucléaire de l’OTAN.
Un autre axe important du plan concerne le développement des systèmes de défense aérienne intégrée et des capacités antibalistiques, notamment face aux menaces posées par les drones peu coûteux mises en lumière dans les conflits récents en Ukraine et au Moyen-Orient. Le gouvernement consacrera 790 millions de livres (1,04 milliard de dollars) sur quatre ans à de nouveaux radars, capteurs et systèmes intégrés de commandement et contrôle. Ces financements soutiendront également l’amélioration des capacités antibalistiques Sea Viper de la Royal Navy, les investissements dans les armes à énergie dirigée, ainsi que la création d’un Centre intégré d’opérations pour la défense aérienne, spatiale et antimissiles.
Ce Plan d’Investissement en Défense article une hausse du budget annuel dédié à la défense, qui passera de 54 milliards de livres (71,4 milliards de dollars) à près de 80 milliards de livres (105,5 milliards de dollars) en 2029. Il portera ainsi les dépenses militaires à 2,7 % du PIB et devrait générer environ 60 000 emplois directs et indirects supplémentaires dans l’industrie britannique d’ici la fin de la décennie.
La ministre des Finances, Rachel Reeves, a indiqué que ce plan traduit la volonté du gouvernement de renforcer la sécurité nationale tout en soutenant l’industrie nationale : « Le premier devoir de tout gouvernement est de protéger le peuple britannique. Ce plan équipe nos forces armées pour relever les défis présents et à venir auxquels le Royaume-Uni fait face. »
Le chef d’état-major de la Défense, le maréchal de l’air Rich Knighton, a quant à lui souligné que ce plan détaillait les modalités d’investissement pour la mise en œuvre de la Revue stratégique de défense, construisant la force intégrée nécessaire pour la nation. « Il illustre également l’importance de la défense nationale et la contribution essentielle que nos forces armées apportent chaque jour à la sécurité du pays. Plus d’argent, dépensé de façon plus efficace, pour garantir la sécurité nationale », a-t-il conclu.
Au-delà du volet nucléaire, naval, des munitions et des exportations, ce plan confirme l’engagement de Londres à maintenir une capacité souveraine d’avions de combat à réaction, en marquant une évolution stratégique : la RAF prévoit de combattre dans les prochaines décennies non seulement avec des chasseurs pilotés, mais aussi avec des aéronefs de sixième génération opérant en réseau avec des drones autonomes, des systèmes de ciblage intelligents et des plates-formes non pilotées sophistiquées, formant ainsi une force aérienne de combat intégrée.
