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Le ministère de la Défense britannique refuse de préciser quelles actions russes envers les citoyens, entreprises et intérêts britanniques franchiraient le seuil déclenchant une riposte armée, estimant que fournir de tels détails aiderait les adversaires du Royaume-Uni.

Le 2 juillet, Graeme Downie, député travailliste de Dunfermline and Dollar, avait adressé deux questions au secrétaire à la Défense visant à clarifier la notion de « seuil inférieur » en lien avec les menaces et actions offensives russes contre le Royaume-Uni, ainsi qu’à définir quelles activités ne seraient pas considérées comme franchissant ce seuil. La ministre déléguée à la Défense, Louise Sandher-Jones, a répondu à ces interrogations le 7 juillet.

Concernant la définition, la ministre s’est appuyée sur des publications déjà existantes plutôt que sur une définition interne. « Des rapports récents, notamment celui du comité de la Défense de la Chambre des communes intitulé ‘Défense dans la zone grise’ ainsi que la Revue stratégique de défense, soulignent l’étendue et la gravité des menaces issues des activités sous le seuil d’activation militaire, » a-t-elle expliqué. « La Russie reste la menace la plus pressante et immédiate dans ce domaine, menant des actions malveillantes sous le seuil qui représentent une menace active contre le Royaume-Uni et ses alliés. Les États opérant ainsi, en deçà du seuil de conflit armé, cherchent à exploiter toutes les failles potentielles de nos sociétés et alliances pour tirer un avantage. »

Quant à la question des activités pouvant être considérées comme dépassant ce seuil, la réponse a été brève : « Nous ne pouvons pas fournir de détails sur la manière dont le ministère de la Défense réagirait à certaines activités plutôt qu’à d’autres, car cela aiderait nos adversaires, » a-t-elle déclaré.

Cette réponse laisse donc la notion de seuil non définie en termes gouvernementaux, le ministère décrivant uniquement la nature des activités sous ce seuil et leur principal acteur sans indiquer où se situe exactement la ligne à ne pas franchir ni ce qui constituerait un déclencheur à une riposte armée. Ce point soulève régulièrement des débats en matière de politique de défense, car le vocabulaire autour des activités dites « sous-seuil » ou de « zone grise » désigne des actes hostiles calibrés pour ne pas provoquer de riposte ouverte. L’absence de définition claire peut être interprétée soit comme une ambiguïté délibérée permettant au gouvernement de garder sa liberté d’action, soit comme une ouverture laissant les adversaires accroître leurs actions progressivement sans crainte de représailles. Ces deux visions ont été exposées lors de la commission d’enquête parlementaire sur la zone grise, à laquelle la ministre a fait référence dans sa réponse.

Graeme Downie avait déjà interpellé le gouvernement à plusieurs reprises sur l’ampleur des activités russes dirigées contre le Royaume-Uni.

Dans un entretien accordé récemment au UK Defence Journal, après des révélations faisant état d’un vol de données d’identifiants gouvernementaux par des hackers russes, il a dressé un tableau des différentes formes d’attaques : « attaques sur le territoire national, empoisonnements de citoyens britanniques, incendies criminels ciblant la voiture du Premier ministre, incursions de drones dans l’espace aérien, menaces contre les câbles sous-marins et désormais une nouvelle cyberattaque après l’ingérence dans l’attaque contre Jaguar Land Rover. » Il a appelé le gouvernement à renforcer rapidement la préparation du pays et à informer la population des impacts et coûts de ces attaques, de sorte que les citoyens « exigent ensuite des mesures de protection face à ce conflit permanent avec la Russie. »

Ces échanges surviennent à un moment où le secrétaire à la Défense, Dan Jarvis, a déclaré devant la Chambre des communes que le Royaume-Uni était l’objet d’attaques quotidiennes de la part d’adversaires cherchant à nuire à la société et à la prospérité du pays. Il a notamment évoqué les menaces russes dans tous les domaines, citant notamment les nombreuses approches hostiles du porte-avions HMS Prince of Wales. Par ailleurs, un rapport récent de l’International Institute for Strategic Studies a évalué que la Russie a très probablement mené une campagne soutenue de drones à travers l’Europe, y compris au-dessus de bases aériennes britanniques, en agissant avec une impunité effective.