Le Royaume-Uni doit intégrer la « guerre orbitale » dans son lexique militaire et réorienter ses efforts de défense terrestre vers des capacités offensives en orbite, selon un nouveau rapport du Council on Geostrategy. Ce document souligne que l’espace est désormais un domaine concret de conflit, et que la politique britannique, ainsi que celle de ses alliés, reste freinée par une approche trop passive.
Intitulé « Embracing orbital warfare » (Adopter la guerre orbitale), ce rapport rédigé par Gabriel Elefteriu, chercheur principal en puissance spatiale, affirme que le langage militaire autour de l’espace, avec des termes comme « contrôle spatial » ou « opérations contre l’espace », maintient les décideurs dans une zone de confort. Cette approche privilégie des moyens moins coûteux basés au sol, comme la guerre électronique, le cyber ou la surveillance spatiale, alors que le véritable enjeu stratégique se joue en orbite.
Le document insiste : la guerre orbitale sous-seuil est déjà une réalité opérationnelle, avec des actions agressives visant à espionner, harceler et contraindre les systèmes spatiaux alliés, adoptant des tactiques similaires aux confrontations en zone grise sur mer ou terre. Il cite notamment une récente manœuvre russe où plusieurs engins spatiaux se sont rapprochés d’un satellite radar finlandais ICEYE, utilisé pour fournir des renseignements aux forces ukrainiennes, provoquant parfois des manœuvres d’évitement de la part des alliés.
L’étude dresse également un portrait accéléré des capacités chinoises contre-espace. Elle relate une simulation où une équipe chinoise a modélisé 99 satellites capables de traquer et d’intercepter près de 1 400 satellites Starlink en seulement 12 heures, grâce à un nouvel algorithme d’intelligence artificielle pouvant être réutilisé rapidement. Moscou et Pékin considèrent Starlink comme une menace militaire majeure et développent activement des moyens spatiaux pour y faire face.
Face à la congestion croissante en orbite — plus de 16 000 satellites actifs aujourd’hui contre seulement 3 000 il y a cinq ans, et une projection à 100 000 d’ici 2030 — l’auteur souligne que ces vastes constellations deviennent des cibles militaires à fort impact. Cette saturation complique par ailleurs le suivi des objets spatiaux et offre aux acteurs hostiles de meilleures occasions de dissimuler leurs activités. Le récent dépôt SpaceX pour une constellation de troisième génération de 100 000 satellites illustre l’ampleur du phénomène.
« Le Royaume-Uni et ses alliés ne peuvent pas faire face à une menace qu’ils ne nomment pas », écrit Gabriel Elefteriu. « Continuer à englober le combat en orbite dans des concepts généraux comme le contrôle spatial ou les opérations contre l’espace maintiendra les politiques attachées à des notions trop larges… Or, l’arène décisive pour l’avantage dans la puissance spatiale reste l’orbite elle-même, et le moyen clé est la capacité orbitale directe. »
Le rapport propose une définition stricte de la « guerre orbitale », limitée aux engagements entre engins spatiaux et comprise comme l’emploi d’actifs spatiaux pour contrôler le domaine spatial par des effets cinétiques ou non cinétiques, incluant le mouvement et la manœuvre en orbite. Il recommande d’intégrer officiellement ce terme dans la doctrine britannique et alliée en tant que mission centrale de la puissance spatiale nationale, à l’image de la « guerre de surface » dans la Royal Navy. Il préconise également une priorisation de financements pour des capacités de manœuvre agile et soutenue en orbite, une posture nationale plus offensive, ainsi qu’un renforcement des moyens de suivi pour faire face à la congestion et aux tentatives d’opacité des adversaires.
Gabriel Elefteriu, ancien directeur de la recherche et de la stratégie au sein de Policy Exchange, conclut que la clarté du langage constitue le premier acte de préparation. Selon lui, les nations capables de nommer clairement le combat seront celles équipées pour le gagner.