Ces dernières années, l’Inde a importé des Jaguar britanniques, français et omanais retirés du service, ainsi que des composants détachés, afin de fournir des pièces détachées à sa flotte existante.
L’Armée de l’Air indienne (IAF), unique opérateur du chasseur-attaque anglo-français SEPECAT Jaguar, a reçu neuf appareils retirés de la Royal Air Force (RAF) depuis le début de l’année 2026, selon les archives parlementaires britanniques datées du 13 juillet. Cette information a été révélée dans une réponse écrite du secrétaire d’État à la Défense, Luke Pollard, à une question posée par le député Ben Obese-Jecty, qui souhaitait connaître le nombre de Jaguar désaffectés transférés vers l’Inde depuis le 1er janvier 2026.
Luke Pollard a précisé que ces avions comprenaient cinq variantes GR1 et quatre biplaces d’entraînement T2. Les versions utilisées par l’Inde sont dérivées du GR1, également appelé Jaguar S, et du T2, aussi connu sous le nom de Jaguar B.
Cette réception fait suite à des rapports de décembre 2025 indiquant que New Delhi cherchait également à acquérir des pièces détachées issues de 20 à 24 avions ayant appartenu à Oman, tout en considérant des aéronefs nigérians et équatoriens mis hors service, afin de maintenir sa flotte opérationnelle.
Une image publiée sur Reddit en juin, partagée par l’utilisateur « MindCorrupt », montrait prétendument trois Jaguars sans ailes, recouverts de bâches protectrices, dans un port du Royaume-Uni non identifié. Le fil de discussion affirmait que ces aéronefs étaient destinés à l’Inde.
La France et le Royaume-Uni ont retiré leurs Jaguar respectivement en 2005 et 2007. Toutefois, l’Inde est toujours contrainte d’opérer ces appareils plus anciens pour pallier les lacunes capacitaires, alors que le MiG-21 est progressivement retiré du service, que le programme LCA Tejas Mk1A accuse des retards dus à l’approvisionnement tardif des moteurs GE F404-IN20, que les nouveaux Rafale ne sont pas attendus avant plusieurs années, que l’actualisation des moteurs des Su-30MKI n’est pas planifiée, et que l’avion de combat moyen avancé de 5e génération (AMCA) est encore en phase de conception.
Il est important de souligner que les Jaguar de l’IAF, ainsi que les Su-30MKI, ont participé à des entraînements avec les F-35B britanniques dans le cadre d’exercices simulant des frappes contre porte-avions, notamment contre le HMS Prince of Wales lors de l’exercice Konkan de l’année dernière.
Avant le transfert de ces neuf appareils, le Royaume-Uni disposait en stockage de 51 Jaguar retirés du service. Luke Pollard a livré un rapide état des lieux de la flotte Jaguar désaffectée encore conservée au Royaume-Uni : « Sur les 42 Jaguar que le ministère de la Défense possède toujours, 13 sont de la variante GR1 et aucun n’est de la variante T2 ».
La composition des 29 avions restants n’a pas été précisée dans la réponse, la question parlementaire ne portant pas sur cet aspect. On estime cependant que ces appareils sont un mélange de monoplaces GR3 modernisés et de biplaces T4.
Parallèlement, l’initiative omanaise s’est concrétisée lors de la 13e réunion du Comité conjoint de coopération militaire, tenue le 24 novembre 2025. Cette acquisition auprès du pays du Golfe est qualifiée par des officiers de la Force aérienne indienne de « type arbre de Noël », c’est-à-dire une commande portant uniquement sur des pièces et composants sélectionnés, plutôt que sur la totalité d’appareils, dont environ deux douzaines seraient disponibles.
Les efforts de l’Inde pour exploiter les ressources liées au Jaguar
Ce n’est pas la première fois que l’Inde achète des Jaguar retraités à d’anciens opérateurs pour récupérer des pièces, notamment après l’arrêt de la production locale par Hindustan Aeronautics Limited (HAL). En 2018, l’Inde a acquis 31 Jaguar hors service en France pour en utiliser les composants.
Oman a également fourni deux appareils supplémentaires avec huit moteurs Rolls-Royce Adour Mk 811 et plus de 3 500 références de pièces détachées. De son côté, le Royaume-Uni a vendu deux Jaguar biplaces et 619 pièces réparables pour environ 400 000 dollars.
Selon le dernier bilan du rapport World Air Forces 2026, la flotte de Jaguar de l’Armée de l’air indienne compterait 130 appareils après trois pertes survenues en 2025, tandis que d’autres estimations avancent un total de 120 avions. Ces aéronefs sont répartis en six escadrons, chacun opérant généralement entre 18 et 20 avions.
Ce bimoteur anglo-français reste un pilier de la mission d’interdiction en profondeur sur le champ de bataille pour l’IAF, mission désignée localement sous l’appellation « Deep Penetration Strike Aircraft » (DPSA). Le Jaguar est entré en service dans l’Armée de l’air indienne en 1979, avec la livraison initiale de 40 appareils prêts à voler.
Les exemplaires suivants ont été produits sous licence entre les années 1980 et 2008 par HAL, grâce au transfert de technologie réalisé par SEPECAT, la coentreprise franco-britannique entre Breguet et British Aircraft Corporation.
Connu sous le nom local de « Shamsher » (épée vaillante), les versions IS, IB et IM (attaque maritime) de l’IAF ont bénéficié des mises à jour DARIN I/II/III (Display Attack Ranging Inertial Navigation), développées en Inde.
Les Jaguar de l’IAF ont longtemps volé avec les anciens turboréacteurs à postcombustion Rolls-Royce Adour Mk 811, dont le remplacement, finalement annulé, a limité les performances exceptionnelles du standard DARIN III. Cette version, introduite en 2008, fut équipée en premier d’un radar israélien à balayage électronique actif (AESA) ELTA EL/M-2052, faisant du Jaguar le premier avion de la flotte indienne doté d’un tel capteur, suivi d’un premier vol équipé en 2012.
Parth Satam