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Une enquête conjointe révèle que des sociétés lituaniennes auraient fourni à la Russie des terminaux Starlink, des moteurs de drones et d’autres équipements à usage dual, malgré les sanctions européennes en vigueur. Ces livraisons auraient été effectuées via des sociétés intermédiaires, en recourant à de fausses déclarations douanières et d’autres méthodes destinées à contourner les restrictions.

Les enquêteurs, après examen des registres douaniers, ont établi que la société lituanienne UAB Eseka continuait d’exporter vers la Russie des terminaux Starlink, des câbles et des pièces détachées. Pour éviter des contrôles plus stricts, elle aurait acheminé ses expéditions via la Lettonie, réputée pour des vérifications douanières moins rigoureuses, et déclaré la marchandise comme des carreaux en céramique afin d’échapper à l’attention accrue des autorités avant leur entrée en Russie.

Les terminaux internet par satellite Starlink sont utilisés dans le cadre du conflit par les forces ukrainiennes mais aussi russes. Or, selon l’enquête, la Russie ne peut officiellement pas acquérir ces terminaux en raison des restrictions à l’exportation actuelles, ce qui a favorisé le recours à des réseaux d’évasion des sanctions.

Par ailleurs, UAB Eseka aurait fourni à la Russie 124 moteurs O.S. Engines, fabriqués au Japon et d’une valeur estimée à environ 65 000 dollars, décrits dans les documents douaniers comme destinés à des modèles réduits radiocommandés à usage récréatif. Il est toutefois précisé que des moteurs similaires ont été intégrés dans des drones produits localement en Russie.

Les registres douaniers mentionnent aussi l’exportation de capteurs industriels, de compteurs de particules en aérosol, de composants d’automatisation, ainsi que de semi-remorques et de caisses pour poids lourds. Plusieurs de ces matériels sont classés comme technologies à double usage, pouvant servir aussi bien à des applications civiles qu’à des activités militaires ou industrielles de défense.

Drone russe Forpost
Un drone russe Forpost s’est écrasé en août 2014 à Novopetrivske, en Ukraine. Son numéro de série a permis de l’identifier comme appartenant aux forces armées russes.

Un réseau d’évasion des sanctions

L’enquête rapporte que de nombreux envois ont transité par Moscou via des intermédiaires basés en Asie. Les déclarations douanières indiquaient des entreprises du Kazakhstan, du Kirghizistan et du Tadjikistan en tant qu’acheteurs, alors que les registres russes mentionnaient des sociétés russes comme destinataires finaux.

Certaines opérations faisaient également intervenir IPM Limited, une société enregistrée à Hong Kong et sanctionnée par les États-Unis. Ce système illustre un schéma plus vaste de réseaux destinés à contourner les sanctions pour acquérir des technologies réglementées par la Russie.

Une enquête récente du New York Times a mis en lumière que les réseaux d’approvisionnement russes s’appuient de plus en plus sur des pays tiers pour se procurer des biens contrôlés sur les marchés étrangers. Le Japon y apparaît comme une source majeure de composants de haute technologie, avec une unité du renseignement militaire russe ayant mis en place des circuits d’approvisionnement à Tokyo.

Ces composants sont ensuite acheminés via des pays comme le Vietnam, la Chine, le Sri Lanka ou l’Ouzbékistan avant d’arriver en Russie, témoignant de la complexité et de la discrétion des filières d’importation clandestines.