Le gouvernement allemand retire ses deux navires de la marine déployés dans le Golfe d’Aden, envoyés il y a plusieurs semaines en état d’alerte pour soutenir une éventuelle mission de sécurité dans le détroit d’Ormuz après le déclenchement du conflit. Cette décision intervient alors que les espoirs à Berlin d’une fin rapide de la guerre en Iran s’amenuisent.
Le ministère de la Défense a annoncé jeudi que les autorités militaires ont ordonné au chasseur de mines Fulda et au navire de soutien Mosel de se déplacer depuis Djibouti, un important centre naval européen et international situé à l’entrée sud de la mer Rouge, vers la Méditerranée orientale. Les bâtiments et leurs équipages y resteront en attente de nouvelles instructions, dans l’éventualité où la mission internationale dans le détroit d’Ormuz viendrait à se concrétiser.
Depuis le début du conflit opposant États-Unis et Israël à l’Iran fin février, plusieurs pays européens s’étaient engagés à déployer des bâtiments militaires dans le cadre d’une mission multinationale destinée à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz, passage maritime crucial à la fois économiquement et sur lequel l’Iran revendique sa souveraineté. Les gouvernements européens ont conditionné ce déploiement à une diminution notable des hostilités, afin d’éviter que leurs navires ne soient exposés à des attaques dans ce conflit que beaucoup jugent inutile.
Berlin estime désormais que les perspectives d’un « environnement permissif » se font rares, comme l’indique le communiqué du ministère de la Défense, le regain des affrontements directs entre l’Iran et les États-Unis ayant repris après une période de relatif calme.
Outre les enjeux géopolitiques liés à ce redéploiement, une raison plus pragmatique est avancée par les officiers de la marine allemande : les systèmes de refroidissement de ces deux navires, utilisant de l’eau de mer, ne sont pas conçus pour supporter les hautes températures du Golfe d’Aden. La Méditerranée orientale devrait offrir des conditions plus adaptées à ces bâtiments, construits il y a plusieurs décennies pour opérer dans l’Atlantique Nord et en eaux proches de l’Allemagne.
Le déplacement du Fulda et du Mosel a été coordonné avec des partenaires internationaux, selon le ministère. Les navires attendent la possibilité de rejoindre un dispositif d’escorte antiaérienne robuste avant d’entreprendre leur transit vers la Méditerranée. En juin, lors de leur voyage vers Djibouti, le destroyer britannique de défense aérienne Dragon avait assuré leur protection durant le segment dans la mer Rouge.
« J’imagine que Donald Trump critiquera cette décision, la percevant comme une absence de permanence dans la région », a déclaré Sebastian Bruns, membre de la Société royale suédoise des sciences navales (KÖMS), faisant référence aux plans allemands de redéploiement naval.
Il estime cependant que les autres nations européennes comprendront cette démarche, toutes étant déconcertées par le rythme effréné des annonces contradictoires du président américain, alternant l’annonce d’attaques militaires et l’ouverture possible à des accords de paix.
Bruns a également critiqué la position initiale du gouvernement allemand, qu’il jugeait davantage motivée par une politique symbolique visant à manifester un soutien aux États-Unis, alors que le contexte sécuritaire restait incertain.
« Pour des unités aussi spécialisées que les chasseurs de mines, ce rôle a dû paraître une perte de temps pour leurs équipages », a-t-il ajouté.
Le ministère de la Défense allemand a indiqué que les navires Fulda et Mosel resteront prêts à être déployés dans une future opération dans le détroit d’Ormuz. Les autorités militaires restent attentives à tout « signe fort » permettant un déclenchement rapide de la mission.