La Turquie a mis à flot sa sixième frégate de la classe Istanbul, la TCG Karadeniz (F-520), au chantier naval de Sedef, dans le cadre du programme national de construction navale MILGEM. Cette mise à l’eau illustre l’efficacité du processus de construction parallèle établi entre STM et le consortium naval TAIS, permettant d’accélérer les cycles de livraison des bâtiments de guerre.
La répartition de la production des coques entre plusieurs chantiers navals offre à la Marine turque la possibilité de réduire les délais entre les mises à flot tout en menant les équipements en parallèle avant la réception finale des navires.
La TCG Karadeniz, d’une jauge de 3 100 tonnes pour 113,2 mètres de longueur hors tout, est dotée d’un système de lancement vertical Midlas à 16 cellules, associé au système de gestion de combat Advent développé par Havelsan ainsi qu’au radar AESA Cenk-S. Propulsée par une turbine combinée diesel et gaz (CODAG), la frégate peut atteindre une vitesse maximale de plus de 29 nœuds et dispose d’une autonomie de 5 700 milles nautiques à 14 nœuds.
Sur les huit frégates prévues, sept sont simultanément en phase de construction, d’équipement ou d’essais. Ce rythme de production démontre la capacité désormais acquise par la Turquie à maintenir une chaîne de production en série, avec plusieurs navires progressant en parallèle à différents stades d’intégration industrielle et navale.
La première unité de la classe Istanbul, la TCG Istanbul, est entrée en service le 19 janvier 2024, soit environ trois ans après sa mise à l’eau le 23 janvier 2021. Ce délai souligne le long cycle d’intégration et d’essais nécessaire pour un premier bâtiment d’une nouvelle classe. La TCG Izmir a quant à elle atteint la phase des essais en mer, tandis que les quatre coques suivantes sont en phase post-mise à flot, durant laquelle sont installés, raccordés et testés les équipements de propulsion, les réseaux électriques, les capteurs, l’armement, les communications et les systèmes de commandement.
Le chantier Anadolu est chargé de la construction de la TCG Izmir ainsi que des unités suivantes relevant de sa ligne de production. Le chantier Sedef a réalisé la TCG Izmit, ainsi que la TCG Karadeniz, tandis que le chantier Sefine a construit la TCG Içel et participe aux travaux d’achèvement.
Selon l’accord STM-TAIS, chacun des trois chantiers (Anadolu, Sedef et Sefine) a été assigné à la construction simultanée d’une frégate dans un délai de 36 mois. Ce modèle remplace le schéma séquentiel précédent, où un seul navire mobilisait l’essentiel des capacités techniques avant que la production du suivant ne débute.
La construction parallélisée permet de réduire l’intervalle entre les mises à flot, mais impose aussi aux trois chantiers de respecter des normes communes de fabrication, un contrôle strict des configurations, le respect des calendriers fournisseurs et des standards de qualité sur des coques nominalement identiques, mais pouvant recevoir des équipements variés selon les lots.
La frégate de classe Istanbul, également appelée classe Istif ou classe I, dérive de la corvette de classe Ada, mais constitue bien plus qu’une simple version rallongée. Son coque atteint 113,2 mètres, contre environ 99 mètres pour la classe Ada, avec une largeur de 14,4 mètres, un tirant d’eau de 4,05 mètres, et un déplacement en charge complet entre 3 100 et 3 200 tonnes.
Les 14 mètres supplémentaires de longueur et plusieurs centaines de tonnes supplémentaires de déplacement permettent d’intégrer un système de lancement vertical à 16 cellules, soit le double de la capacité de missiles antinavires de la classe Ada, ainsi que des espaces plus larges pour les centres d’information de combat, des compartiments d’équipage et machines agrandis, une capacité accrue de carburant et une puissance électrique renforcée pour les radars, les équipements de guerre électronique et les systèmes de refroidissement.
On estime que la Turquie comptera entre 10 et 15 bâtiments majeurs en construction pour sa propre marine d’ici 2026. Elle occupe ainsi la septième position mondiale, derrière la Chine (avec plus de 40 à 60 unités), les États-Unis (20 à 30), l’Inde et la Russie (15 à 20 chacun), la Corée du Sud (12 à 18) et le Japon (10 à 15). En intégrant les navires destinés aux clients étrangers, la production turque s’élève à 20–30 navires, la plaçant au quatrième rang mondial, derrière la Chine, la Corée du Sud et les États-Unis, mais devant l’Italie.
Cette position élevée s’explique par un portefeuille d’exportations navales réparti entre plusieurs entreprises et chantiers, plutôt que par un seul contrat export important. STM, TAIS, ASFAT, Dearsan et des chantiers partenaires travaillent simultanément sur des frégates, corvettes, patrouilleurs hauturiers, bâtiments de débarquement et navires de soutien destinés à des clients tels que le Pakistan, l’Ukraine, la Malaisie, l’Indonésie, le Nigeria, le Qatar et la Roumanie.