Les forces américaines ont largement épuisé leurs stocks de missiles de précision longue portée au cours de la guerre qui dure depuis cinq mois contre l’Iran, révèle un rapport exclusif, soulevant des interrogations sur leur capacité à faire face à de futurs conflits.
Selon des sources proches des données, ces armements concernent principalement les systèmes sol-sol de l’Armée américaine, à savoir le système tactique de missile de l’Armée (ATACMS) et le plus récent Precision Strike Missile (PSM). Deux des sources indiquent que les États-Unis ont utilisé « quasiment la totalité » de ces munitions.
La gravité de l’épuisement des stocks d’ATACMS et de Precision Strike Missiles n’avait pas été rendue publique auparavant, et les sources se sont refusées à préciser le nombre exact de missiles encore disponibles.
Les personnes consultées par le rapport expriment leur inquiétude quant à la diminution des capacités militaires américaines, susceptible de réduire l’effet dissuasif face à des puissances telles que la Russie ou la Chine, la guerre s’étant prolongée bien au-delà des anticipations du président Donald Trump lorsqu’il l’a lancée en collaboration avec Israël en février.
Ces missiles offrent la capacité d’atteindre des cibles avec précision depuis des distances dépassant la portée de la plupart des systèmes de défense. L’ATACMS, missile balistique sol-sol de longue date, est lancé depuis l’artillerie à roquettes M270 sur chenilles ou le lanceur HIMARS sur roues, avec des variantes pouvant atteindre environ 300 kilomètres. Ces missiles, fournis aux forces ukrainiennes, ont joué un rôle majeur dans le conflit en Ukraine, permettant des frappes précises derrière les lignes russes et, après l’assouplissement des restrictions, à l’intérieur du territoire russe.
Le Precision Strike Missile, développé par Lockheed Martin, est censé remplacer l’ATACMS. Il offre une portée accrue et un diamètre réduit, permettant de doubler le nombre de missiles par pod de lancement. Les premières versions opérationnelles ont été déployées ces dernières années, avec des améliorations successives visant une portée étendue et un système de guidage capable d’engager des cibles mobiles en mer.
Les analystes soulignent que ces missiles, dont le coût dépasse un million de dollars l’unité, seraient également cruciaux dans un éventuel conflit avec la Chine.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la profondeur des stocks de munitions de précision est une préoccupation constante parmi les arsenaux occidentaux. Les cadences de production sont régulièrement pointées comme un frein à la fois pour soutenir les alliés et conserver des réserves nécessaires à un conflit majeur. Cette situation a entraîné des investissements importants des deux côtés de l’Atlantique, notamment l’engagement britannique récent de construire de nouvelles usines d’énergétiques et de munitions, ainsi que les efforts américains pour accroître la production de munitions guidées, dont un contrat-cadre de sept ans avec BAE Systems visant à quadrupler la production du chercheur infrarouge destiné à l’intercepteur THAAD.
Par ailleurs, le ministère britannique de la Défense a mis en garde de façon générale sur les pressions qu’un conflit prolongé exerce sur les stocks de munitions. Le Plan d’investissement en défense du Royaume-Uni prévoit un budget de 11,1 milliards de livres dédié aux munitions et armes, destiné à augmenter les stocks et assurer aux forces armées la disponibilité d’un parc adapté aux enjeux futurs.