L’armée américaine cherche à acquérir des milliers de nouveaux missiles pour remplacer le vénérable système de défense aérienne Stinger, face à la menace croissante des drones d’attaque, peu coûteux et de petite taille.
Introduit en 1981, le missile portatif Stinger s’est avéré redoutable contre les avions soviétiques et afghans après avoir été fourni par les États-Unis aux rebelles moudjahidines. Au fil du temps, le Stinger est devenu un pilier de la défense aérienne américaine. Il a également été monté sur des véhicules, dont un nommé en hommage au sergent de l’armée américaine Mitchel Stout, décoré à titre posthume de la Médaille d’honneur après s’être sacrifié en absorbant l’explosion d’une grenade ennemie en mars 1970. Stout reste le seul soldat d’artillerie sol-air à avoir reçu cette plus haute distinction de l’armée américaine.
Durant la Guerre mondiale contre le terrorisme, l’attention portée aux systèmes de défense aérienne s’est estompée, les principales menaces étant alors les engins explosifs improvisés (EEI) rencontrés en Irak et en Afghanistan. Cependant, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a démontré que l’ère des drones était désormais bien installée.
De nombreuses menaces actuelles, notamment les drones de petite à moyenne taille pesant de 10 à 600 kilogrammes et capables d’attaquer des cibles ou d’assurer une surveillance constante du champ de bataille, n’existaient pas lors de la conception initiale du Stinger. Ces drones, catégorisés par l’armée américaine comme systèmes aériens sans pilote de groupe 2 et 3, représentent un défi majeur. Un exemple est le drone d’attaque iranien Shahed-136, à l’origine du développement par les États-Unis du Low-cost Unmanned Combat Attack System (LUCAS), un drone kamikaze à faible coût.
Face à cette menace, l’armée américaine souhaite remplacer le Stinger par des milliers de missiles dit Next Generation Short Range Interceptor (nouvel intercepteur à courte portée) spécifiquement conçus pour contrer ces types de drones.
En 2023, Lockheed Martin et Raytheon Technologies (désormais RTX Corporation) ont obtenu des contrats pour développer des prototypes. Ces missiles remplaceront les Stinger montés sur les véhicules de défense aérienne Sgt. Stout. L’armée prévoit de choisir un seul fournisseur pour la production des missiles à partir de l’exercice 2028.
En juin dernier, l’armée a lancé une demande d’informations auprès de l’industrie de défense pour une estimation des coûts de production de 11 000 missiles et 2 200 systèmes de lancement de contrôle sur une période de dix ans, avec une production initiale de 200 missiles et 20 systèmes de lancement dès 2028.
Le budget demandé au Congrès pour l’exercice 2027 s’élève à 215 millions de dollars pour le remplacement du Stinger, ainsi qu’à 713 millions de dollars pour la fabrication de 14 systèmes supplémentaires Sgt. Stout. Au total, l’objectif est de remplacer les Stingers sur 248 systèmes mobiles de défense missile.
Le conflit en Iran, débuté le 28 février, a mis en lumière l’importance cruciale des défenses aériennes modernes et la nécessité pour l’armée américaine de ne plus dépendre d’une quantité limitée d’intercepteurs coûteux.
Depuis début 2024, l’Iran a lancé des milliers de drones contre les bases militaires américaines au Moyen-Orient et de ses pays alliés. L’une de ces attaques, survenue le 1er mars à Port Shuaiba, au Koweït, a causé la mort de six soldats américains.
Les missiles sol-air américains, coûtant environ 4 millions de dollars l’unité, ont abattu ces drones iraniens dont le prix est estimé entre 20 000 et 30 000 dollars chacun. Depuis le début du conflit, les réserves américaines de missiles Patriot et THAAD ont chuté de manière alarmante, au point que les experts estiment qu’il faudra au moins trois ans pour reconstituer ces stocks d’intercepteurs.