Cambridge Aerospace, spécialisée dans la défense aérienne, vient de finaliser une levée de fonds de série C d’un montant de 300 millions de dollars, valorisant la société à 3,4 milliards de dollars. Cette injection de capital servira à accroître la production industrielle et à honorer les contrats en cours, notamment pour les forces armées britanniques, précise l’entreprise.
Cette levée a été conduite par DFJ Growth avec le soutien de plusieurs investisseurs dont Lux, Accel, Lakestar, Never Lift, Ora Global et Elad Gil & Co. Après une série B en avril dernier qui avait rapporté 200 millions de dollars pour une valorisation d’1,3 milliard de dollars, la valeur papier de la société a ainsi augmenté de plus de 2 milliards de dollars en seulement quatre mois.
Fondée en 2024, Cambridge Aerospace emploie aujourd’hui plus de 250 personnes, dont deux tiers dans des fonctions techniques et d’ingénierie. L’entreprise est implantée au Royaume-Uni, mais aussi en Allemagne, Pologne, Norvège, Ukraine et Australie. Son équipe dirigeante associe le professeur Steven Barrett au poste de PDG, Chris Sylvan en tant que directeur commercial, un ancien des Royal Marines avec plus de dix ans d’expérience avant de rejoindre la technologie de défense, ainsi que Junaid Hussain, entrepreneur ayant créé plusieurs sociétés technologiques.
Le premier produit développé par la société est Skyhammer, un intercepteur modulaire à faible coût conçu pour neutraliser les drones d’attaque de type Shahed. Un second système, Starhammer, est en cours de développement : il s’agit d’un intercepteur plus rapide et destiné à détruire des missiles plus précieux, dont la mise sur le marché est prévue pour 2027. Le catalogue de produits inclut également un radar multistatique nommé Looking Glass et des moteurs-fusées solides sous l’appellation Nightstar. La société affirme utiliser exclusivement des chaînes d’approvisionnement sécurisées conformes aux normes de l’OTAN.
Depuis la levée de fonds de série B, Cambridge Aerospace a décroché plusieurs contrats avec le ministère britannique de la Défense. Parmi eux figure un marché pour fournir des intercepteurs à faible coût aux forces armées, annoncé par le secrétaire à la Défense lors de la London Defence Conference. Le programme Low-Cost Effectors and Autonomous Platforms (LEAP) a été lancé en juillet dans ce cadre.
Dans un communiqué, le professeur Barrett a déclaré que cette levée reflète le travail collectif de toute l’équipe et que les financements permettront d’augmenter la production et les livraisons « afin de répondre à la rapidité des menaces et aux besoins des nations alliées ».
Pour Randy Glein, fondateur et associé directeur de DFJ Growth, la société répond à l’un des défis majeurs de la guerre moderne avec un système anti-drones à la fois économique et performant. Après une étude approfondie du paysage mondial, son entreprise a conclu que Cambridge dispose « de la meilleure équipe et de la technologie la plus avancée pour bâtir l’infrastructure de défense aérienne la plus moderne pour l’Europe et ses alliés ».
Le secrétaire à la Défense britannique, Wes Streeting, a qualifié cette valorisation de gage de confiance envers le Royaume-Uni. Il a souligné que Skyhammer illustre parfaitement le type de missiles intercepteurs à bas coût dont les forces armées ont besoin, ajoutant que ce succès correspond « précisément à l’objectif de notre programme nation« unicorn »», en référence à la politique gouvernementale visant à faire grandir les start-ups de défense britanniques jusqu’à atteindre la valeur d’un milliard de livres sterling.
La logique économique des intercepteurs à faible coût repose sur un problème d’échange de coûts devenu crucial depuis 2022. Les drones d’attaque à sens unique de type Shahed, largement employés par la Russie, coûtent une fraction du prix des missiles surface-air habituellement utilisés pour les détruire. Les forces ukrainiennes et leurs alliés se retrouvent ainsi à dépenser des munitions coûteuses pour éliminer des cibles à moindre valeur, une stratégie financièrement insoutenable sur la durée. Ce même raisonnement s’applique aux tirs de drones houthistes contre les navires dans la mer Rouge, où des navires de guerre occidentaux ont utilisé des missiles coûtant plusieurs millions de livres pour neutraliser des objectifs d’une valeur très inférieure.
Plusieurs acteurs, en Europe et aux États-Unis, rivalisent désormais pour combler ce déséquilibre en développant des effecteurs moins coûteux, des solutions basées sur l’armement d’artillerie, les systèmes à énergie dirigée ou encore les drones intercepteurs. Le gouvernement britannique s’attaque à cette problématique via une combinaison de programmes, incluant notamment le laser DragonFire et diverses expérimentations de contre-drones, en parallèle des initiatives dans le cadre du programme LEAP.