Le président américain a ordonné au Pentagone d’ouvrir la construction des navires de guerre américains aux chantiers navals étrangers, selon un modèle permettant que les deux premiers bâtiments d’une classe soient construits à l’étranger, à condition que le constructeur crée ou acquière un chantier naval aux États-Unis et réalise ensuite toute la production sur le sol américain, d’après un mémorandum présidentiel publié le 13 août.
Ce même mémorandum demande au Secrétaire à la Guerre d’élaborer un plan pour retirer le système de lancement électromagnétique d’aéronefs (EMALS) et les élévateurs d’armes avancés du porte-avions CVN-81, afin de les remplacer par des catapultes à vapeur et des élévateurs hydrauliques, revenant ainsi à la configuration utilisée sur la génération précédente de porte-avions.
Adressé au Secrétaire à la Guerre, au Directeur du Bureau de gestion et du budget (OMB) et au conseiller à la Sécurité nationale, le document souligne que la Marine « a connu une série de revers dans la construction navale dus à des conceptions trop complexes et à des procédures itératives de modifications de conception, entraînant des augmentations de coûts, des retards et des annulations ». Il pointe également un manque de capacité et de concurrence parmi les constructeurs navals, provoquant des arriérés conséquents sur six programmes majeurs et un secteur commercial peu compétitif au niveau mondial.
Le modèle Finlande
Le mécanisme d’intégration des constructeurs étrangers est présenté dans le mémorandum sous le nom de « modèle Finlande », s’inspirant d’un protocole d’accord signé avec la Finlande en octobre 2025 concernant la construction de brise-glaces moyens. Ce modèle peut être appliqué à un maximum de trois classes de navires.
Selon les conditions établies, un fournisseur étranger doit simultanément construire un nouveau chantier naval américain ou acquérir une participation majoritaire dans un chantier existant, et réaliser toutes les constructions après les deux premiers navires sur le territoire américain. Il doit engager et former une main-d’œuvre américaine, accorder une licence des techniques et technologies propriétaires utilisées dans son chantier d’origine aux chantiers américains, et s’approvisionner auprès d’une chaîne logistique américaine pour la construction et la maintenance.
La construction de bâtiments de guerre dans des chantiers étrangers est en général interdite par la loi américaine. Le mémorandum délègue au Secrétaire à la Guerre l’autorité de décider, pour des raisons de sécurité nationale, de l’octroi d’une dérogation et l’obligation d’informer le Congrès de chaque décision, sans qu’aucun contrat ne puisse être conclu avant 30 jours suivant cette notification.
Une nouvelle compétition pour les frégates
Dans un délai de 90 jours, le Secrétaire à la Guerre doit présenter un plan pour ce que le mémorandum qualifie de « nouvelle approche compétitive d’acquisition pour les combattants de surface dotés de capacités intrinsèques suffisantes pour la lutte anti-sous-marine, la guerre de surface et l’escorte de convois », autorisant explicitement des propositions basées sur le modèle d’approvisionnement international.
Cette description correspond aux frégates britanniques Type 26 et Type 31, toutes deux déjà exportées. BAE Systems a vendu le design du Type 26 à l’Australie, au Canada et à la Norvège, ce dernier contrat s’élevant à 10 milliards de livres sterling signé en 2025, tandis que le Arrowhead 140 de Babcock, base du Type 31, a été sélectionné par la Pologne et l’Indonésie. Les deux configurations sont des conceptions matures en production, conformément aux prérequis mentionnés dans le mémorandum.
L’insistance sur la stabilité des conceptions est récurrente dans le document. Il précise que la Marine « ne doit pas imposer de modifications itératives sur les conceptions originales matures des modèles de référence » dans les programmes concernés, et qu’aucune modification ne peut être validée sans l’accord du Secrétaire à la Guerre, en consultation avec le Secrétaire à la Marine, l’OMB et le conseiller à la Sécurité nationale.
Si le texte ne cite pas explicitement sa cible, la frégate de classe Constellation constitue un précédent évident. Issue du design italien FREMM et envisagée comme un achat à faible risque sur la base d’un navire éprouvé, la frégate a subi de nombreuses modifications américaines, ce qui a progressivement réduit la compatibilité avec la conception d’origine, entraînant d’importants retards et critiques sévères du Government Accountability Office.
Chantiers et capacités de maintenance
Dans un délai de 120 jours, le département devra soumettre un plan visant à améliorer la disponibilité des sous-marins nucléaires et des porte-avions, incluant la création d’un cinquième chantier naval public de la Marine. Les États-Unis exploitent actuellement quatre chantiers publics situés à Portsmouth (Maine), Norfolk, Puget Sound et Pearl Harbor.
Ce plan doit répondre à l’augmentation prévue de la flotte de sous-marins d’attaque au cours des vingt prochaines années, en prévoyant des capacités de forme sèche à proximité de la flotte du Pacifique, réparties entre le continent américain, l’Alaska, Hawaï et les territoires américains, avec des options pour jusqu’à trois nouvelles formes sèches adaptées à toutes les classes actuelles et futures de sous-marins. Des partenariats public-privé sont envisagés comme modalités de financement.
Un plan distinct, à remettre sous 90 jours, concernera la création d’un Centre de Réparation de Composants chargé de recevoir les pièces neuves et de remettre en état les pièces usagées pour la base industrielle de maintenance des sous-marins, avec la garantie de disposer d’au moins un équipement complet de rechange pour les classes Los Angeles, Virginia, Seawolf, Ohio et Columbia.
Une revue de la Naval Sea Systems Command (NAVSEA) est également prévue dans un délai de 120 jours, avec des recommandations attendues portant sur le personnel, l’organisation et la structure. L’objectif affiché est d’instaurer une responsabilisation basée sur les résultats pour la direction du NAVSEA, mesurée en fonction de la rapidité de livraison, de réduire la bureaucratie, d’éliminer les priorités concurrentes au sein du commandement, et de l’empêcher d’imposer des modifications aux conceptions matures.
Ce mémorandum s’inscrit dans le prolongement d’un décret exécutif signé en avril 2025, intitulé Restaurer la domination maritime des États-Unis. Il souligne que sa mise en œuvre dépend de la disponibilité des crédits budgétaires et ne crée aucun droit ou avantage légal contraignant.