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Les conflits en Iran et en Ukraine se caractérisent désormais par une « instabilité maîtrisée », marquée par l’échec des victoires rapides initialement attendues et par une dynamique où la guerre devient un outil de négociation et de coercition prolongée.

Si l’invasion de l’Ukraine est une guerre terrestre à grande échelle, celle opposant les États-Unis et leurs alliés à l’Iran a, elle, pris une forme moins conventionnelle mais partage une logique politique similaire. Dans les deux cas, la puissance militaire dominante a sous-estimé la capacité d’adaptation de l’adversaire, rejetant les espoirs d’une résolution rapide au profit d’un affrontement prolongé centré sur la survie et le rapport de forces.

Des cessez-le-feu intermittents, négociations lacunaires, sanctions économiques, contrôles sur les routes maritimes stratégiques — notamment le détroit d’Hormuz et la mer Noire — ainsi que des attaques ciblées font partie des tactiques récurrentes qui empêchent une solution pérenne. Ces traits définissent une situation où la guerre ne se fige pas en paix, mais se mutualise en un équilibre instable durable.

Les interactions croissantes entre les deux conflits aggravent leur complexité. Depuis 2022, l’Iran soutient militairement la Russie en Ukraine, notamment par la fourniture de drones, tandis que Moscou assiste Téhéran en matière de technologies et de ciblage. Par ailleurs, l’Ukraine partage son expertise anti-drones avec les États du Golfe, comme les Émirats arabes unis, renforçant ainsi leurs capacités face à l’Iran. Cette interdépendance crée un contexte de proxys en double théâtre, où les tensions dans un conflit influent directement sur l’autre, notamment au travers des ressources militaires occidentales mises à rude épreuve par les deux fronts.

Cette situation d’« instabilité maîtrisée » s’inscrit dans un contexte global de fragmentation politique mais aussi d’interdépendance économique, où les grandes puissances sont limitées dans leur escalade en raison notamment des armes nucléaires. Les conflits deviennent ainsi des systèmes où la guerre se prolonge, nourrie par des jeux de pression, de sanctions, et de concessions partielles.

Dans l’Ukraine, le conflit reste bloqué sur un front de près de 1 200 km, sans percée décisive. Les combats s’accompagnent d’une extension de la lutte dans des secteurs comme le transit maritime, l’énergie, et la logistique, transformant la guerre en un ensemble complexe d’arènes stratégiques, tout en ménageant des espaces de négociation partielle sur des questions telles que le grain, les échanges de prisonniers, ou la navigation.

Pour la partie iranienne, la maitrise du détroit d’Hormuz est devenue un levier stratégique central. Les négociations, notamment via un hypothétique arrangement entre l’Iran et Oman pour la circulation maritime, n’ont jusqu’à présent fixé que des compromis temporaires, sans régler les différends fondamentaux autour du nucléaire, des sanctions ou de la sécurité régionale.

Les acteurs régionaux et internationaux ont chacun des raisons de tolérer ce statu quo. La Chine bénéficie d’accès préférentiels à des marchés russes ou iraniens, tandis que certains pays du Golfe profitent indirectement des reconversions logistiques ou économiques. Dans le même temps, la prolongation des conflits sert les intérêts stratégiques et politiques des protagonistes qui préfèrent maintenir leur influence et leurs capacités de pression plutôt que de conclure un accord global.

Pour briser ce cycle, il serait nécessaire d’adopter une approche coordonnée impliquant non seulement les principaux belligérants, mais aussi leurs soutiens extérieurs. Cela impliquerait d’initier des désescalades séquentielles dans chacune des sphères où le conflit s’est étendu — ports, infrastructures énergétiques, sanctions — en combinant coercition et incitations positives telles que des garanties de sécurité ou un allègement progressif des sanctions.

En résumé, les guerres d’Ukraine et d’Iran illustrent un modèle nouveau ou les conflits restent durablement actifs dans une forme d’« instabilité maîtrisée », fruit d’une nouvelle ère géopolitique où la confrontation directe est limitée mais la compétition stratégique et économique se prolonge. Comprendre et dépasser cette dynamique représente un défi majeur pour la stabilité régionale et mondiale à venir.