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L’artillerie, souvent surnommée le « roi de la bataille », conserve sa place centrale sur les champs de bataille modernes, malgré l’essor des drones. Après le succès éprouvé des systèmes HIMARS et M270, Lockheed Martin et Rheinmetall dévoilent le Global Mobile Artillery Rocket System (GMARS), un lance-roquettes mobile à la fois puissant et polyvalent.

GMARS double la puissance de feu du HIMARS, tout en offrant la mobilité d’un véhicule sur roues similaire. Ce système inédit constitue une solution intéressante pour les pays de l’OTAN et d’autres armées recherchant une alternative produite localement et plus rapidement disponible que les lance-roquettes américains.

Qu’est-ce que GMARS ?

GMARS est le fruit d’une collaboration entre Lockheed Martin, basé aux États-Unis, et le constructeur allemand Rheinmetall. Il est construit sur le châssis du camion tactique HX 8×8 de Rheinmetall. Ce lance-roquettes peut tirer :

  • 12 roquettes guidées GMLRS (Guided Multiple Launch Rocket System) d’une portée de 70 à 150 kilomètres,
  • 2 missiles tactiques terrestres ATACMS (Army Tactical Missile System) pouvant atteindre jusqu’à 300 kilomètres,
  • et 4 missiles de précision PrSM (Precision Strike Missiles) dotés d’une portée supérieure à 500 kilomètres.

Cette combinaison de portée et de puissance confère à GMARS une capacité de feu précise et hautement mobile, essentielle sur les champs de bataille contemporains où les drones sont omniprésents.

Comment se positionne GMARS ?

Le camion HX 8×8 apporte à GMARS une autonomie routière d’environ 600 kilomètres, une garde au sol importante, ainsi qu’un système de gonflage centralisé des pneus pour s’adapter aux terrains difficiles ou meubles. En comparaison, le camion FMTV 6×6 utilisé par le HIMARS et le châssis chenillé du M270 offrent une autonomie opérationnelle d’environ 480 kilomètres.

Cette supériorité en mobilité renforce la capacité de GMARS à accompagner des déploiements rapides et des opérations de ravitaillement efficace. Par ailleurs, le système s’intègre parfaitement aux infrastructures logistiques et aux programmes d’entraînement existants au sein de l’OTAN, partageant les mêmes munitions, systèmes de contrôle de tir, et pouvant opérer en synergie avec les batteries HIMARS et M270.

Par rapport à ses concurrents, GMARS surclasse les systèmes russes Tornado (portée d’environ 200 km), chinois PHL-16 (jusqu’à 360 km avec différents calibres) et iraniens Fadjr-5 (environ 200 km).

Pourquoi ce système voit-il le jour maintenant ?

L’essor des drones a profondément transformé la guerre d’artillerie. Des quadricoptères bon marché aux drones de surveillance de longue durée, la capacité à détecter des cibles en profondeur derrière les lignes ennemies est désormais vitale. La difficulté reste de frapper ces cibles rapidement et efficacement.

Les drones à fibre optique FPV sont limités à environ 50 kilomètres de portée, tandis que certains drones comme les Shaheds, malgré leur nombre, restent relativement lents et vulnérables aux tirs. Les frappes aériennes doivent composer avec un espace aérien contesté et un délai parfois important avant d’atteindre la cible.

Un lance-roquettes tel que GMARS, capable de tirer rapidement à plusieurs centaines de kilomètres dès la transmission des coordonnées, puis de se repositionner pour éviter les tirs de contre-batterie, incarne parfaitement le cycle « repérer vite, tirer vite, se déplacer immédiatement » essentiel à l’artillerie moderne.

Qui pourraient être les acheteurs de GMARS ?

Aucune commande formelle n’a encore été enregistrée, mais Lockheed Martin et Rheinmetall indiquent que le système est disponibles à la vente. Le Pentagone, déjà équipé de HIMARS, M270 et engagé dans plusieurs programmes de modernisation, n’est pas un client probable, néanmoins les forces américaines pourraient s’entraîner et coopérer avec des alliés qui adopteront GMARS.

Parmi les clients potentiels, la Pologne figure en tête. Le pays, qui partage une frontière avec la Biélorussie, augmente ses dépenses de défense, notamment sur les systèmes de lance-roquettes multiples (MLRS). Warsaw a passé commande de 486 lanceurs HIMARS pour son programme Homars-A, et 126 systèmes K-239 Chunmoo fabriqués par Hanwha Aerospace (Corée du Sud) pour le Homar-K. Dans les deux cas, la société polonaise WB Group adapte ces lanceurs sur des camions produit localement, Jelcz 6×6 pour HIMARS et Jelcz 8×8 pour Chunmoo, un modèle qui s’inscrit précisément dans la philosophie de GMARS.

En Europe, des pays plus petits dotés de capacités industrielles limitées comme l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie, tous membres de l’OTAN et utilisateurs d’HIMARS, pourraient également être séduits par GMARS. Sa plateforme HX et sa compatibilité avec le matériel HIMARS et M270 faciliteraient son intégration dans l’architecture stratégique et logistique alliée.

En résumé

GMARS fusionne la mobilité et la puissance de feu sur le champ de bataille, doublant la capacité du HIMARS grâce à un camion 8×8 robuste et une autonomie étendue. Ce système représente un progrès majeur dans l’artillerie moderne : des systèmes longue portée, mobiles, capables de survivre dans un environnement saturé de drones et de frapper des cibles profondes en quelques minutes. GMARS illustre ainsi la tendance stratégique et technologique qui façonnera les forces d’artillerie de demain.